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Union sacrée: la guerre bloque les urnes des élections et du référendum

L’Union sacrée semble se lancer dans une aventure incertaine et sans issue. À force de brandir la guerre pour justifier le report des élections, elle se heurte à son propre argument dès qu’il s’agit de réviser la Constitution. Le projet de Steve Mbikayi Mabuluki en est la parfaite illustration. Pourtant, il fut un temps où le député parlait net. Sur X, le 24 novembre 2015, Mbikayi, alors dans l’opposition, barrait la route au camp Kabila: touche pas à la Constitution. Son post était limpide: «Au dialogue, nous devons régulariser le cycle électoral en RDC. Tout le monde aux élections tous les 5 ans. Sans exception».

Le message claquait comme un coup de poing : le calendrier électoral n’était pas négociable, crise ou pas crise. Mais onze ans ont passé, et le banc a changé. Devenu député de l’Union sacrée, Mbikayi défend désormais ce qu’il combattait hier. Le voilà qui plaide pour le changement de Constitution. Plus encore, il milite ouvertement pour le report des élections. L’argument a, lui aussi, basculé: la guerre. Une partie du pays est sous occupation rwandaise, donc pas de scrutin, tranche-t-il.

Dès lors, la séquence du 7 mai 2026 sonne comme une confirmation. Au lendemain de la conférence de presse de Félix Tshisekedi, où le président a lâché: «Il n’y aura pas d’élections tant que la guerre ne sera pas terminée», Mbikayi dégaine sur X. Il exulte, et revendique la paternité de la ligne.  «Après avoir suivi le point de presse du Président de la République, je suis heureux de constater la quasi-totale similitude des points de vue que je défends depuis plusieurs mois et que j’ai récemment repris dans l’interview accordée à Marius Muhunga la semaine dernière».

À l’appui, il déroule une liste de convergences assumées: «Réformes constitutionnelles par voie référendaire, possibilité d’un troisième mandat, adhésion d’une majorité du peuple congolais à cette option, impossibilité d’organiser les élections avant le départ des troupes rwandaises, impossibilité de mettre fin à la guerre par un dialogue politique dès lors que cette guerre nous est imposée par le Rwanda, conviction que l’objectif du dialogue sollicité par l’opposition est avant tout d’intégrer le gouvernement, réfutation du slogan selon lequel le Chef de l’État aurait une mission et non un mandat, lacunes de notre armée suite à l’infiltration et aux trahisons et choix de mettre fin à la guerre par la diplomatie plutôt que par le choc frontal…»

Sa conclusion tombe comme une consécration: «Tout cela démontre la pertinence de mes publications à travers mes cartes blanches ainsi que l’objectivité de mes analyses. Être sur la même longueur d’onde que le Président de la République sur des questions d’importance nationale constitue pour moi un honneur». Seulement voilà, la Constitution ne se lit pas à la carte. Si Mbikayi invoque la guerre pour justifier le report des élections, l’argument peut tenir politiquement. L’article 70 lie le mandat à 5 ans, mais la jurisprudence admet l’impossibilité matérielle d’organiser le scrutin.

En revanche, dès qu’il pousse jusqu’aux «réformes constitutionnelles par voie référendaire», le député se heurte à un mur. L’article 219 coupe court: «Aucune révision ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège ni pendant l’intérim à la Présidence de la République ni lorsque l’Assemblée nationale et le Sénat se trouvent empêchés de se réunir librement». Or le verrou est double. D’abord, l’interdiction est stricte: en temps de guerre, d’état d’urgence ou d’état de siège, pas de révision. Donc pas de référendum pour changer la Constitution. Ensuite, le contexte colle mot pour mot: l’état de siège est en vigueur dans l’Est, et la guerre avec le Rwanda est revendiquée par Kinshasa.

Résultat, l’Union sacrée se retrouve prise à son propre piège. Nourris par le camp anti-Tshisekedi, les débats enflent autour d’une thèse simple: on ne peut pas invoquer la guerre pour geler les élections, et réclamer dans le même temps un référendum pour toucher à la loi fondamentale. Soit le pays est en guerre et tout est gelé, scrutin comme révision. Soit il ne l’est pas, et le calendrier électoral s’impose.

Au final, le grand écart saute aux yeux. En 2015, Mbikayi exigeait «tout le monde aux élections tous les 5 ans. Sans exception». En 2026, il théorise l’exception : pas d’élections sans départ des Rwandais, mais référendum possible pour un 3e mandat. Le député opère une lecture sélective. Il convoque l’argument «guerre» quand il arrange le report du scrutin, puis l’oublie dès qu’il s’agit de réviser la Constitution.

L’article 219, lui, n’oublie rien. La guerre bloque les urnes. Elle bloque aussi le référendum. L’aventure avait des allures incertaines. L’issue, elle, est déjà écrite.

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