
Il faut arrêter de jongler avec la Constitution. À Kinshasa, certains, à l’instar du député USN Steve Mbikayi, veulent faire croire que la guerre arrête les élections mais laisserait passer les référendums. C’est une illusion. Pire: un mensonge juridique. Car élection et référendum sont deux faces d’une même pièce. La pièce, c’est la souveraineté populaire. Dans les deux cas, le peuple sort du silence. Il vote. Il tranche. Directement. La Constitution ne s’y trompe pas: elle encadre les deux procédures avec la même rigueur, sous le contrôle de la Commission électorale. L’objectif est identique: légitimer. Légitimer un homme par l’élection. Légitimer un texte par le référendum. Oui, l’objet diffère. L’une choisit une personne. L’autre répond «oui» ou «non» à une question.
Mais le corps qui s’exprime est le même. Le bulletin qu’on glisse dans l’urne obéit aux mêmes règles. La liberté qu’il exige est la même. Dès lors, l’évidence s’impose: ce qui tue l’un tue l’autre. Et la guerre les tue tous les deux. Pour cinq raisons qui ne se discutent pas. Un, la sécurité. Un bureau de vote est une cible. Qu’on y élise un président ou qu’on y approuve une nouvelle Constitution, les files d’électeurs offrent la même chair à canon. Penser que l’on peut protéger le citoyen en reportant la présidentielle, puis l’exposer pour un référendum, c’est de l’inconscience. Deux, la liberté. Pas de démocratie sans campagne libre, sans débat ouvert, sans choix éclairé.
En temps de guerre, la parole est bâillonnée, les routes sont minées, la peur règne. Un vote sous la menace n’est plus un vote. Que ce soit pour un nom ou pour un article, le scrutin est vicié. Trois, les déplacés. La guerre fabrique des exilés par millions. Ils fuient leurs villages, leurs territoires, leurs bureaux de vote. Une élection sans eux est une élection amputée. Un référendum sans eux est une Constitution illégitime. La souveraineté ne se compte pas en absents. Quatre, la logistique. Faire voter un pays en guerre relève de la fiction.
Les ponts sautent, les dépôts brûlent, les convois sont attaqués. Urnes, isoloirs, bulletins: qu’ils servent à désigner un chef ou à réécrire la loi fondamentale, ils n’arriveront pas. Cinq, la priorité vitale. Quand la nation saigne, l’État se bat. Il mobilise ses ressources pour tenir le front, pas pour organiser des scrutins. L’état de siège et l’état d’urgence ne sont pas des décors. Ils suspendent le jeu démocratique parce que la survie passe avant le vote.
Le constituant l’avait compris. L’article 219 ne bégaye pas: «Aucune révision ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège». Il ne dit pas «sauf référendum». Il dit «aucune». Parce qu’il savait qu’une Constitution votée sous les obus vaut autant qu’un président élu dans un bunker: rien. Alors le grand écart doit cesser. On ne peut pas invoquer la guerre pour fermer les bureaux de vote en 2028 et les rouvrir dans la foulée pour plébisciter un troisième mandat. La guerre impose le silence. Pas le silence sélectif. Le silence des urnes. Toutes les urnes.
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