
Kampala, 12 mai 2026. L’image est forte. Félix Tshisekedi, président de la République Démocratique du Congo, assiste en première ligne à la prestation de serment de Yoweri Museveni. Septième mandat pour l’inamovible homme fort de l’Ouganda. Dix chefs d’État, défilé militaire, solennité de Kololo. Le symbole est assumé: l’axe Kinshasa-Kampala se resserre. Mais derrière le faste, il y a le business.
Et le sécuritaire. Arrivé le 11 mai, Tshisekedi n’est pas venu seulement applaudir. En tête-à-tête au State House d’Entebbe, les deux présidents ont verrouillé un nouveau deal. Six protocoles d’accord paraphés sous le sceau «Accélérer la prospérité partagée». Sécurité, commerce, pétrole. Les trois piliers d’un pacte qui redessine la carte régionale.
Shujaa prolongée, pétrole partagé
Premier front: la guerre contre les ADF. L’opération Shujaa, lancée conjointement en 2021, est réaffirmée. Les deux armées restent soudées face aux rebelles qui ensanglantent l’Est congolais. Coopération militaire renforcée, renseignement mutualisé. Kinshasa et Kampala jouent la carte de la fermeté. Second front: l’or noir. La gestion du pétrole transfrontalier du lac Albert est désormais sur la table. Pipelines, exploitation, partage des revenus. Après des années de méfiance, le dossier avance. Museveni et Tshisekedi veulent transformer la manne en «prospérité partagée», loin des querelles de bornage.
Museveni VII, le saut qualitatif
À la tribune de Kololo, Museveni a déroulé sa feuille de route 2026-2031: «Protéger les acquis, faire un saut qualitatif vers le statut de revenu intermédiaire supérieur». Traduction: consolider, industrialiser, moderniser. L’Ouganda vise plus haut. Et compte sur la République Démocratique du Congo comme partenaire stratégique.
La dernière rencontre Tshisekedi-Museveni remontait à octobre 2024. Il s’agissait déjà des ADF. Dix-neuf mois plus tard, le spectre s’élargit. Aux armes s’ajoutent les affaires. Le commerce transfrontalier, les infrastructures, l’énergie.
Pragmatisme ou dépendance?
Pour Kinshasa, l’équation est claire. Sécuriser l’Est, désenclaver l’économie, capter des investissements. Pour Kampala, c’est l’accès au géant congolais et à ses ressources. Un deal gagnant-gagnant, clament les deux capitales. Jusqu’où ira cette «prospérité partagée»? Entre deux États aux agendas complexes, le nouveau pacte Tshisekedi-Museveni est un pari. Pragmatique, assumé, mais sous haute surveillance.
Natine K.