
L’Alliance pour la patrie -AP-, une nouvelle plateforme de la Société civile, a été lancée le lundi 31 août dernier au Centre d’études pour l’action sociale -CEPAS-, dans la commune de la Gombe. Cette initiative, portée notamment par Jean-Jacques Lumumba et Carbone Beni, vise à regrouper les organisations de la Société civile et les mouvements citoyens autour de la défense de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et de l’intérêt général en RD-Congo. Au cours de cette manifestation qui a connu la présence de plusieurs acteurs de la Société civile, Carbone Beni, coordonnateur des Patriotes en action pour l’émergence de la République -PACTE-, a jugé nécessaire une révision des méthodes d’action des organisations citoyennes, afin d’améliorer leur réponse aux différentes crises qui fragilisent le pays.
«Nous nous sommes dit qu’il fallait simplement changer de méthode, changer de tact, mettre en place une stratégie qui pourrait nous rassembler, mais aussi nous ressembler, afin que nous puissions, à la fois en tant que génération qui a un rôle à jouer, et surtout en répondant à l’appel qui est le nôtre, ne pas être responsables de la balkanisation de notre pays et ne pas laisser la mauvaise gouvernance continuer à battre son plein», a déclaré Carbone Beni.
Selon les prometteurs de l’AP, le patriotisme ne se limite pas à la simple défense de l’intégrité territoriale face aux menaces et à l’agression extérieure. Elle implique également une gestion responsable des affaires publiques, la défense de l’intérêt collectif et la lutte contre la corruption et contre toutes les formes de mauvaise gouvernance. L’activiste Carbone Beni a insisté sur cette conception élargie du patriotisme qui, selon lui, implique une responsabilité aussi bien des dirigeants que des citoyens. «Le patriotisme, ce n’est pas seulement dire que le Rwanda dégage. Le patriotisme, c’est simplement l’amour, l’attachement à la patrie et le sens du sacrifice pour la patrie», a-t-il insisté.
L’AP en faveur d’un dialogue national inclusif
La question du dialogue national occupe également une place importante dans le positionnement de l’Alliance pour la patrie. Ses initiateurs soulignent que la plateforme n’a pas été mise en place pour profiter d’un hypothétique processus de dialogue, mais bien pour y porter des propositions et participer au suivi de ses conclusions. «Le dialogue que nous voulons va au-delà de la crise sécuritaire. C’est un dialogue qui devrait résoudre nos causes profondes: la gouvernance du pays, la qualité des dirigeants que nous avons, des réformes qui peuvent nous mettre sur le rail d’un vrai développement», a soutenu Carbone Beni.
Dans son intervention, Jean-Jacques Lumumba, initiateur du mouvement, a souligné qu’il est essentiel d’impliquer la Société civile dans le débat national afin de trouver des solutions durables aux nombreuses crises que traverse le pays de Patrice-Émery Lumumba. «Dans cette grande crise que nous traversons, cette crise sécuritaire et plusieurs autres crises multiformes, notamment de gouvernance, nous voulons apporter des solutions par l’intelligence et par notre implication collective, afin d’aider les choses à aller de l’avant pour un Congo meilleur», a suggéré Jean-Jacques Lumumba. Il a également souligné la nécessité d’un dialogue réellement inclusif, affirmant que le débat sur l’avenir du pays ne devrait pas être réservé aux seuls acteurs politiques.
«Le terme inclusivité veut dire faire entendre la voix du peuple dans toutes ses diversités. Il ne s’agit pas de faire entendre uniquement la voix des politiciens, mais celle de tous les RD-Congolais, dans leur diversité et dans tous les coins de la République», a-t-il expliqué. Par ailleurs, Jean-Jacques Lumumba a appelé à combattre les facteurs internes qui, selon lui, contribuent à fragiliser davantage la RD-Congo. «Le patriotisme voudrait aussi que chacun d’entre nous, ici présent et dans les quatre coins de la République, se lève contre le mal qui détruit la RD-Congo, que ce soit chez les gouvernants ou dans l’Opposition», a-t-il déclaré.
Dans cette optique, l’Alliance pour la patrie indique plusieurs domaines d’intervention, dont la gouvernance, la justice et la refondation du pacte républicain. La plateforme AP entend également mener des actions de sensibilisation auprès de différentes couches de la population et porter des initiatives de plaidoyer auprès des institutions publiques, des acteurs politiques, des organisations de la Société civile et des missions diplomatiques.
Un «cahier citoyen» en préparation
Dans les étapes annoncées pour la suite, il est prévu d’élaborer un «cahier citoyen», censé recueillir des propositions venant de la Société civile et être transmises au Chef de l’État. L’AP prévoit également de participer aux travaux préparatoires d’un éventuel dialogue national et de suivre les recommandations qui pourraient en résulter. La plateforme veut donc passer de la dénonciation à une démarche plus orientée vers la formulation de propositions et le plaidoyer institutionnel. Ses initiateurs visent à créer une force citoyenne structurée, capable d’intervenir dans les grands débats qui déterminent l’avenir de la RD-Congo.
Après son lancement officiel, l’Alliance pour la patrie a lancé un appel à l’adhésion. La plateforme entend s’ouvrir aux mouvements citoyens et aux organisations de la Société civile, aux lanceurs d’alerte, aux chercheurs et aux universitaires, aux organisations de jeunes et de femmes, aux associations de victimes, aux organisations professionnelles, aux acteurs culturels, aux confessions religieuses, aux membres de la Diaspora ainsi qu’aux personnalités indépendantes. Jean-Jacques Lumumba précise toutefois que l’adhésion à l’Alliance n’entraîne pas, pour les organisations participantes, l’abandon de leur identité ou de leur autonomie.
«Rentrer dans l’Alliance ne veut pas dire perdre son identité. Cela veut dire mutualiser les forces, afin que chacun, dans sa diversité, apporte sa contribution pour constituer une force capable de faire entendre la voix des citoyens», a-t-il conclu. Avec le lancement de l’Alliance pour la patrie, ses initiateurs veulent ainsi ouvrir une nouvelle séquence de mobilisation citoyenne en RD-Congo, fondée sur la mutualisation des forces, la défense de l’intérêt général et une participation accrue de la Société civile aux grands enjeux nationaux.
