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Vernis semi-permanent, le prix caché des ongles sublimés

Tout au long de ce mois, le monde est mobilisé autour d’Octobre rose, une campagne annuelle qui vise à sensibiliser le grand public au dépistage précoce du cancer du sein et à récolter des fonds pour soutenir la recherche scientifique. Mais au-delà de ce seul cancer, c’est toute la santé des femmes qui est au centre de l’actualité. À Kinshasa, une autre pratique devenue culte auprès de la gent féminine interroge sur les risques qu’elle fait peser sur la santé. Depuis quelque temps, filles et femmes kinoises préfèrent recourir à la pose du vernis semi-permanent.

Pour plusieurs femmes, ce choix s’explique par la longue tenue de la technique. Pourtant, cette technique comporte des risques réels sur la santé. Fait à base du gel acrylique mélangé à du vernis classique notamment, le vernis semi-permanent ne sèche pas à l’air libre, contrairement au vernis traditionnel. Ce type d’ornement des ongles nécessite en effet d’être chauffé sous une lampe UV ou LED pour durcir. Si le vernis en lui-même présente des risques d’allergie ou de fragilisation de l’ongle, c’est l’usage des lampes de séchage UV/LED qui inquiète le plus les scientifiques, déclare Dr Ruth, une dermatologue approchée par «AfricaNews».

«L’utilisation fréquente des lampes de séchage UV/LED expose les mains à des rayonnements UVA concentrés. Ces rayons pénètrent profondément dans le derme et augmenteraient, selon certaines études, le risque de développer des cancers de la peau, comme des carcinomes ou des mélanomes sur le dos de la main ou autour des ongles. À cela s’ajoutent des risques majeurs d’allergies aux acrylates et une fragilisation sévère de la plaque de l’ongle qui favorise l’apparition d’infections et de mycoses», avertit-elle. Praticienne en prothésie ongulaire -pose et embellissement d’ongles-, Minel travaille dans un salon de coiffure à Kinshasa.

Depuis un an, elle propose également du vernis semi-permanent à ses clientes. «Au début, je me suis surtout formée en regardant plusieurs vidéos sur TikTok, puis j’ai commencé à pratiquer moi-même. Pour me perfectionner, j’ai également suivi une formation d’une semaine sur l’onglerie», explique-t-elle. Toutefois, cette prothésiste reconnait les dangers de l’usage des rayons UV utilisés pour sécher le vernis semi-permanent. Elle explique qu’il faut en moyenne entre 1 heure et 1 heure 30 minutes pour effectuer une pose complète, embellissement compris.

«Ce type de vernis ne s’enlève pas simplement avec du dissolvant. Mes poses tiennent généralement pendant trois à quatre semaines», ajoute-t-elle.

Le retrait du vernis semi-permanent est aussi fastidieux que la pose. Minel évoque un exercice qui peut prendre jusqu’à 30 minutes. «Tout commence par la machine pour poncer délicatement la matière. Ensuite, j’utilise du coton, du papier aluminium et de l’alcool. Je laisse agir pendant environ 20 minutes afin de bien ramollir et décoller le produit. Oui, il m’arrive très souvent que des clientes reviennent parce que leurs ongles leur font mal ou sont devenus trop fins à cause d’une pose mal réalisée. Cela peut arriver lorsqu’elles ont trop agressé leurs ongles ou lorsque la pose et la dépose n’ont pas été correctement effectuées», poursuit cette spécialiste.

Cependant, Minel trie ses clientes. Chez elle, la qualité des ongles passe avant tout. «Je ne peux pas effectuer une pose sur des ongles déjà abîmés, car cela pourrait aggraver l’état et provoquer des problèmes comme des mycoses ou d’autres infections», insiste-t-elle. Du côté des clientes, les expériences sont diverses. Certaines affirment avoir eu des effets secondaires. D’autres, en revanche, soutiennent appliquer des règles de prévention précises pour leurs ongles. «Mon médecin m’a conseillée d’appliquer de la crème solaire sur mes mains avant de mettre mes doigts sous la lampe. Il m’a expliqué que les rayons UV sont dangereux et peuvent créer des cancers de la peau. Mais j’oublie toujours de le faire», reconnait C. Bola, une habituée du vernis semi-permanent.

Elodie, 26 ans, a carrément arrêté avec la pratique après avoir commencé à ressentir des picotements très chauds sous la lampe UV. «Lorsque le vernis a finalement été retiré, mes ongles étaient devenus complètement mous, affinés à l’extrême et douloureux au moindre choc du quotidien», dévoile-t-elle. Comme lui, Grâce, 31 ans, a également choisi de ne plus appliquer ce type d’ornement ongulaire. Pour son cas, l’intervention de son médecin a été salutaire pour mettre fin à de violentes démangeaisons et des rougeurs qui sont apparues autour de ses doigts. Les spécialistes sont unanimes sur le danger que représente le vernis permanent et conseillent de ne pas vouloir la beauté à tout prix. Certains dermatologues conseillent notamment des temps d’arrêt pour laisser les ongles respirer à l’air libre.

Djenny LUSAKUENO

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