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Un huissier de justice à la Primature, compte à rebours à minuit!

Le Collectif des entreprises et prestataires des Jeux de la Francophonie 2023 réclame 38 072 112,07 dollars à 12 officiels congolais, dont Juliana Amato Lumumba. Faute de paiement aujourd’hui, il menace de saisir le secrétariat général de l’OIF à Paris, dirigé par sa rivale rwandaise Louise Mushikiwabo, candidate à un troisième mandat. Dans une déclaration officielle datée du 24 septembre 2026, dont AfricaNews a obtenu copie, le Collectif détaille pour la énième fois le blocage et lance un avertissement direct au gouvernement: ces impayés «risquent, selon le Collectif, de fragiliser la crédibilité de cette candidature et l’image du pays».

C’est une coïncidence de calendrier qui résume à elle seule le dilemme du pays. Mercredi 23 septembre, à New York, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka défendait devant la 81e Assemblée générale des Nations unies la candidature de la République Démocratique du Congo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie. Au même moment, à Kinshasa, un huissier de justice signifiait à son cabinet et à onze autres officiels la troisième mise en demeure du Collectif.

30,6 millions pour les infrastructures, 7,4 millions pour les prestations

Le principal réclamé s’élève à 38 072 112,07 dollars, ventilé en deux volets: 30 649 203,04 dollars pour les infrastructures -volet ITP- et 7 422 909,03 dollars pour les prestations relevant du Comité national des Jeux de la Francophonie -CNJF. Le montant correspond, selon le Collectif, à des Bons de Dépenses et d’Engagement -BDE- émis par l’Etat congolais, mais jamais crédités sur les comptes des bénéficiaires. «Décorées, non décotées», écrivent avec amertume les entreprises, en référence aux médailles remises lors de la clôture des Jeux au stade des Martyrs en août 2023. Derrière ce slogan, 300 entreprises sous-traitantes et des familles qui subissent, dit-il, «salaires en retard, dettes accumulées et activités fragilisées».

Le Collectif détaille la chronologie d’un blocage administratif. Le courrier du ministre des Finances du 18 novembre 2025 demandait déjà l’apurement des obligations. La demande de réengagement du 19 mai 2026 et les instructions de la Première ministre du 5 juin ont suivi. Au 24 septembre 2026, «le paiement intégral reste inexécuté». Plus troublant: selon les informations reçues par le Collectif, «une banque commerciale s’est déclarée prête à permettre le paiement, mais sa mise en œuvre reste suspendue aux instructions attendues» du gouvernement.

Les entreprises «ne comprennent pas la persistance de ce blocage» et demandent que ces instructions soient données sans délai. La troisième mise en demeure, datée du 22 septembre et notifiée par huissier le 23 septembre 2026, fixe à ce vendredi 25 septembre l’échéance ultime. Le Collectif exige «le crédit effectif de l’intégralité des créances validées sur les comptes des bénéficiaires, jusqu’au dernier centime, sans décote imposée».

Une candidature fragilisée à six semaines du Sommet?

L’affaire tombe au plus mauvais moment pour la diplomatie de Kinshasa. Le 30 janvier 2026, le Conseil des ministres a entériné la décision de présenter une candidature congolaise face à la secrétaire générale sortante, au nom du principe de l’alternance. Or, cette secrétaire générale sortante n’est autre que la Rwandaise Louise Mushikiwabo. En poste depuis janvier 2019, élue en 2018 à Erevan puis réélue en 2022 à Djerba, elle a été officiellement présentée par Kigali pour un troisième mandat consécutif, à l’approche du XXe Sommet de la Francophonie prévu en novembre à Phnom Penh.

Si elle était réélue, elle deviendrait la seconde secrétaire générale à effectuer trois mandats, après Abdou Diouf. C’est dans ce duel direct Kinshasa-Kigali que la dette des Jeux de 2023 prend une dimension politique majeure. Le Collectif menace de porter le dossier devant l’OIF elle-même et le Comité international des Jeux de la Francophonie -CIJF-: sa secrétaire générale, son administrateur, son Conseil permanent et la Conférence ministérielle à Paris.

L’argument de la bonne gouvernance retourné contre Kinshasa

Dans sa déclaration, le Collectif adopte un ton mesuré mais ferme. Il réaffirme son soutien à Madame Juliana Lumumba, mais rappelle: «L’OIF œuvre au service des populations, promeut la paix, la démocratie et les droits humains, et fait de la solidarité une dimension de son action. Pour le Collectif, l’ambition de porter une candidature à sa direction doit s’accompagner d’une attention concrète à la dignité de ceux qui ont contribué à son rayonnement».

Pour les chancelleries africaines qui devront voter à Phnom Penh, l’argument est dévastateur. «Le Rwanda met en avant un bilan», explique un ambassadeur francophone à Paris. «La République Démocratique du Congo oppose le principe de rotation. Mais si Kinshasa arrive avec une dette impayée de ses propres Jeux, elle offre sur un plateau l’argument de la mauvaise gestion à Kigali».

Un appel au calme pour éviter l’embrasement Le Collectif alerte sur «l’épuisement des sous-traitants et la difficulté croissante à maintenir un dialogue apaisé». Il appelle au calme et prévient: «Un enlisement risquerait d’amplifier les prises de parole et la couverture médiatique internationale, avec des conséquences difficiles à maîtriser pour l’image de la République».

À défaut de règlement, il entend «exercer les voies de droit et les démarches institutionnelles annoncées, notamment un courrier distinct à l’OIF et au CIJF. Sa priorité demeure un paiement immédiat qui préserve les entreprises, les familles et la crédibilité du pays».

Ni la Primature ni le comité de candidature de Juliana Amato Lumumba n’avaient réagi à la mi-journée ce vendredi. Le compte à rebours expire à minuit.

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