
Un texte bref, mais un signal politique majeur. Onze capitales occidentales et l’UE appellent à un dialogue inclusif en République Démocratique du Congo. Et visent pour la première fois nommément le nouveau Front de Joseph Kabila. C’est le genre de déclaration qui se lit entre les lignes. Vendredi 30 octobre, le Groupe de contact international pour la région des Grands Lacs -GCI-, présidé par la France, a publié un communiqué commun sur la crise en République Démocratique du Congo. Signataires: l’Allemagne, la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse et l’Union européenne.
Sur la forme, c’est un rappel des principes. Sur le fond, c’est un recadrage. Le GCI salue d’abord l’appel à la retenue lancé le 19 octobre par le président de la Commission de l’Union africaine, puis enfonce le clou: il «rejette catégoriquement la poursuite d’objectifs politiques par le recours à la violence, comme le prône le FRN -Front pour la Refondation de la Nation-, récemment créé». La formule n’est pas anodine. C’est la première fois que les Occidentaux nomment aussi directement le FRN, cette nouvelle coalition qui s’est structurée autour de l’ancien président Joseph Kabila. L’homme, qui a longtemps observé le silence depuis son départ du pouvoir, revient au centre du jeu, entouré de figures de l’opposition et d’anciens chefs rebelles. Pour le GCI, la réponse est sans ambiguïté: «la nécessité pour toutes les parties de respecter l’état de droit et la Constitution» et un «dialogue inter-congolais pacifique et inclusif» impliquant «toutes les parties prenantes». Autrement dit, pas de solution militaire sans solution politique à Kinshasa.
Le message s’adresse aussi à Tshisekedi. Depuis plusieurs mois, le pouvoir congolais écarte toute discussion avec le FRN, qu’il accuse d’être la vitrine politique de la rébellion. En appelant à un dialogue inclusif, les onze capitales prennent le contre-pied de cette ligne. Un désaveu diplomatique, à peine voilé, qui intervient au moment où la passe d’armes entre les deux anciens alliés vire à la confrontation ouverte. L’autre volet de la déclaration concerne l’Est. Là, le ton se durcit à l’égard de Kigali. Le GCI exhorte au respect du cessez-le-feu de Doha du 19 juillet 2025, s’alarme de «l’utilisation croissante de drones» contre les civils et les humanitaires, et rappelle la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU. Le passage le plus ferme vise les Forces de défense rwandaises, qui doivent «cesser leur soutien au M23 et se retirer immédiatement, sans condition», tandis que les «administrations parallèles» mises en place dans les zones sous contrôle du M23 doivent être démantelées.
Mais le Groupe demande aussi des gages à Kinshasa, en exigeant un «calendrier clair» pour la neutralisation des FDLR. C’est la reprise de la vieille équation régionale: retrait rwandais d’un côté, action congolaise contre les FDLR de l’autre. Une équation qui, jusqu’ici, n’a jamais vraiment fonctionné. Enfin, le GCI revient sur l’urgence humanitaire. Dans un Est où les besoins explosent et où Ebola refait surface, le groupe appelle toutes les parties à garantir un accès humanitaire «total, sûr et sans entrave».
Deux messages en un seul texte, donc. À Kigali: retirez vos troupes. À Kinshasa et à Kabila: parlez-vous. C’est toute la doctrine occidentale pour les Grands Lacs qui se résume là: pas de victoire militaire à l’Est sans décrispation politique à Kinshasa.




