
«Ceux qui crient au changement combattent subrepticement le chef de l’État», prévient l’ancien député UDPS de la Tshangu. Analyse d’une manœuvre qu’il juge suicidaire en pleine guerre. Dans le débat sur la révision constitutionnelle, Serge Mayamba ne choisit pas la demi-mesure. L’ancien élu UDPS de la Tshangu accuse frontalement: ceux qui poussent Félix Tshisekedi à toucher à la Loi fondamentale ne le servent pas. Ils le combattent.
«Il est illogique de parler de changement de la Loi fondamentale dans le contexte actuel», tranche-t-il. État de siège à l’Est, un pan du territoire occupé par le M23/AFC soutenu par Kigali. Pour Mayamba, insister sur la réforme maintenant revient à faire naviguer le pouvoir «à contre-courant» et à nourrir une «gloutonnerie» qui détruirait sa légitimité, ici et à l’étranger.
Le judo politique, version Kinshasa
Dans un entretien accordé aux médias, l’ex-parlementaire décrit une manœuvre en tenaille. Des adversaires infiltrés parmi les soutiens du président alimenteraient le débat pour faire sortir ses intentions réelles, le pousser à la faute, et réveiller la contestation. La preuve, selon lui: la récente conférence de presse où Tshisekedi s’est dit ouvert à des réformes. Résultat immédiat, dit-il, ses adversaires ont pu le présenter comme celui qui veut passer outre la légalité.
L’opposition se met en ordre de bataille. Les Églises catholique et protestante aussi. Le dommage dépasse les frontières. Tibor Nagy, ex-sous-secrétaire d’État américain pour l’Afrique, a tweeté sa «déception» au lendemain de la sortie. Louis Michel, ancien chef de la diplomatie belge, a dénoncé une image «catastrophique» du régime. Deux signaux envoyés aux capitales occidentales.
Le scénario du lâchage
Mayamba déroule la suite logique: si le projet avance, les groupes de pression occidentaux s’en saisiront pour exiger le respect des verrous constitutionnels. Aide budgétaire, coopération militaire, tout deviendrait conditionnel. Le moment critique?
Les élections de mi-mandat américaines. Les démocrates pourraient instrumentaliser le dossier pour accuser l’administration Trump de complaisance envers Kinshasa. Human Rights Watch et le rétrécissement de l’espace public feraient office de munitions. «Si les Républicains voient que le soutien à Félix Tshisekedi menace leurs sièges au Congrès, ils n’hésiteront nullement à le sacrifier», prévient l’ancien député.
Deux portes de sortie sans toucher aux articles 219 et 220
Mayamba estime pourtant que Tshisekedi peut exercer le pouvoir au-delà de 2028 sans toucher aux dispositions verrouillées de la Constitution. Première hypothèse: l’occupation d’une partie du territoire. Organiser des élections là-bas reviendrait à entériner l’abandon de ces zones. Le report des échéances s’imposerait de fait pour préserver l’intégrité territoriale.
Seconde hypothèse: un dialogue national incluant la rébellion, les partis et la société civile. S’il débouche sur un gouvernement d’union nationale, le pays se doterait d’une nouvelle loi fondamentale par consensus. La Constitution actuelle tomberait alors par accord national, pas par décision unilatérale. Pour Mayamba, le choix est clair. Pousser au changement maintenant, c’est offrir à l’opposition et aux partenaires extérieurs le prétexte rêvé pour isoler Kinshasa. Attendre, ou passer par un consensus, c’est préserver la marge de manœuvre. Reste à savoir si le message passera au sommet.
