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RDC: Suminwa défend son troisième budget, le plus ambitieux de l’ère Tshisekedi

C’est un budget record, chiffré à 56.930 milliards de francs congolais, équivalant à 24,8 milliards de dollars américains. Jeudi 29 octobre devant la représentation nationale, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a déballé bien plus qu’une simple «addition de chiffres». Le projet de loi de finances 2027, qui affiche une progression de près de 12% par rapport au budget rectificatif de 2026, se veut surtout un «acte de confiance» envers le peuple et «une décision courageuse en faveur de l’avenir de [la] Nation». Cette ambition se justifie par les priorités choisies, notamment la sécurité, les services sociaux de base, l’emploi et les investissements. Dans son grand oral devant les députés nationaux, Judith Suminwa a dévoilé une architecture qui repose sur six piliers, auxquels sont affectés les 51.242 milliards de francs congolais du budget général, le reste de l’enveloppe globale étant constitué des budgets annexes et des comptes spéciaux.

Le quatrième pilier, consacré à l’accès aux services sociaux de base, bénéficie de la dotation la plus élevée, avec 14.151 milliards de francs congolais, soit environ 6,2 milliards de dollars. Il couvre notamment l’éducation, la santé publique, l’accès à l’eau potable et à l’électricité, la protection sociale ainsi que la jeunesse et les sports. Objectif: consolider la gratuité de l’enseignement primaire et préparer son extension aux 7e et 8e années de l’éducation de base dès l’année scolaire 2027-2028. Dans le secteur sanitaire, le gouvernement entend poursuivre l’extension de la Couverture santé universelle, la gratuité des accouchements et les soins maternels et néonatals, tout en maintenant les dispositifs de riposte aux épidémies. Les pensions, les retraites et l’assistance aux populations vulnérables sont également prises en compte.

La deuxième priorité, la protection du territoire national et la sécurisation des personnes et de leurs biens, reçoit 14.091 milliards de francs congolais, soit environ 6,1 milliards de dollars. Cette enveloppe doit soutenir la défense, la sécurité intérieure, la stabilisation des communautés, la justice et la diplomatie. Elle prévoit notamment le renforcement de la formation, de l’équipement et du soutien logistique des forces de défense et de sécurité. «L’unité et la souveraineté de la République Démocratique du Congo ne sauraient faire l’objet d’aucun compromis», a-t-elle déclaré.

Le premier pilier, consacré à la création d’emplois et à la protection du pouvoir d’achat, mobilise 10.991 milliards de francs congolais, soit 4,8 milliards de dollars. Les crédits doivent notamment soutenir l’agriculture, la sécurité alimentaire, le développement rural, l’industrialisation, l’entrepreneuriat et le commerce. Le programme présidentiel «Debout Jeunes Congolais», consacré à l’emploi et à l’entrepreneuriat des jeunes, figure également dans cette composante.

Autre pilier important, l’aménagement du territoire et à la connectivité. Près de 2 milliards de dollars vont être mobilisés pour poursuivre les efforts de désenclavement du pays tout en renforçant la connectivité numérique. Pour financer toute cette programmation, le gouvernement Suminwa mise principalement sur les ressources intérieures, à hauteur de 82%, le reste provenant des ressources extérieures. Le prochain exercice budgétaire devrait surtout marquer le début de la réduction progressive de la subvention de l’État sur les prix des produits pétroliers pour certains secteurs, notamment les mines, la brasserie, les activités forestières et les télécommunications. 

Si l’exécutif dit compter sur la bonne santé de l’économie RD-congolaises, les défis autour de la transformation de la croissance économique en levier de financement des services publics, des infrastructures et des politiques sociales demeure. «Le véritable enjeu consiste à transformer la croissance économique en augmentation des recettes publiques et à les affecter au financement des services publics, ainsi que des infrastructures pour l’amélioration du bien-être de la population congolaise», a souligné Judith Suminwa. Dans la structure des dépenses du budget général, les investissements constituent l’un des principaux postes de progression. Ils sont évalués à 13 722 milliards de francs congolais, soit 27% des dépenses du budget général, en hausse de 30% par rapport à 2026. Le recours aux marchés internationaux de capitaux a également ouvert une nouvelle possibilité de financement, mais il implique également une attention particulière à la sélection des projets, à leur rentabilité économique et sociale et aux obligations financières associées.

Le précédent de 2026 et l’épreuve de l’exécution

Pour défendre ses orientations, Judith Suminwa s’est également appuyée sur le bilan de l’exécution budgétaire du premier semestre 2026. Selon les chiffres présentés devant les députés, les recettes réalisées ont atteint 22.476 milliards de francs congolais, contre 20.746 milliards de dépenses exécutées, dégageant un solde positif de 1.730 milliards. La Première ministre a toutefois précisé que le solde budgétaire intérieur demeurait déficitaire lorsqu’on considère les dépenses hors dons, bons et obligations du Trésor. 

Au-delà de son montant, le projet de loi de finances 2027 met en avant une volonté de concilier trois impératifs. D’abord préserver la souveraineté nationale, ensuite soutenir le développement et, enfin, renforcer l’efficacité de l’action publique. «Derrière les chiffres de ce budget, il y a des vies à protéger, des familles à soutenir, des emplois à créer, des territoires à reconstruire et l’espoir de millions de Congolaises et de Congolais qui aspirent à la paix, à la sécurité et à une vie meilleure», a rappelé, à juste titre, Judith Suminwa. L’ambition est considérable dans un contexte où les dépenses de sécurité, les besoins humanitaires, les infrastructures insuffisantes et les attentes sociales se disputent les ressources disponibles. En offrant au pays le budget le plus ambitieux de son histoire, Suminwa entend «donner aux générations présentes et futures la perspective d’un pays en paix, souverain et prospère, afin que chacun vive dignement et construise son avenir».

C’est ce vendredi que les députés devraient finalement se prononcer sur la recevabilité de ce projet de Loi. Pour convaincre les élus, Suminwa a mobilisé autour d’un idéal commun, celui de «faire de chaque franc congolais mobilisé un progrès réel dans la vie» des RD-Congolais. En sollicitant la recevabilité du texte pour permettre son examen parlementaire, Judith Suminwa a insisté sur la dimension humaine de l’exercice budgétaire. La Première ministre a conclu en appelant les députés à faire de cette loi de finances un engagement envers la population plutôt qu’un simple exercice comptable. Son message résume l’enjeu du budget 2027 qui sera, certainement, de faire correspondre l’ampleur des ambitions annoncées à des résultats mesurables dans la vie quotidienne des RD-Congolais.

WIDAL

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