
Tout a été tenté pour étouffer l’initiative, selon ses pourfendeurs. Pourtant, les 56 élus signataires ont tenu bon, jusqu’à obtenir l’alignement d’une motion de défiance contre le vice-Premier ministre UDPS de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, convoqué ce mercredi à l’Assemblée nationale. Initiée par un député d’un parti allié de second couteau et visant l’un des membres les plus influents du gouvernement, le numéro 2 de l’Exécutif, issue comme la Première ministre de l’UDPS, parti locomotive de la majorité, la démarche interroge sur les silhouettes qui se cachent dans l’ombre. Qui tire les ficelles? La question brûle les couloirs du Palais du peuple.
Quatre balles dans le chargeur
Formellement, les motionnaires, crocs dehors, avancent des arguments nets, quatre griefs tranchants: incompétence face à la généralisation de l’insécurité,
ingérence illégale dans les affaires provinciales, entrave au fonctionnement des institutions locales et abus de pouvoir. Ces derniers jours, la diffusion d’un télégramme du vice-Premier ministre convoquant à Kinshasa le gouverneur du Sud-Kivu, lui aussi visé par une motion, et le président de l’Assemblée provinciale a été brandi comme preuve indéniable de l’ingérence dénoncée par les élus nationaux.
Le VPM semble arriver isolé, esseulé. Exposé aux regards de toutes les sensibilités. Au sein de l’Union sacrée comme de l’UDPS, c’est le flou. Aucun mot d’ordre clair de la hiérarchie. Officiellement, on semble respecter la séparation des pouvoirs. Shabani mise son avenir sur l’échelon exécutif national. À défaut, il pourrait se tourner vers une éventuelle motion incidentielle, préparée dans des arènes politiques par ses défenseurs, qui plaident la cohésion. Argument massue: le Nord-Kivu, sa province d’origine, est en feu. Décapiter le patron de l’Interieur en pleine crise sécuritaire? Risqué.
Dans le scénario le plus sombre pour lui, le vote pourrait sonner la fin de son mandat: une issue potentiellement fatale pour le VPM de l’Intérieur, alors que les regards se tournent désormais vers les coulisses d’un Exécutif en pleine tourmente et vers l’issue du scrutin qui s’annonce saignant. Mercredi, Shabani joue sa tête.
