
Il n’est pas venu avec des promesses en l’air. Le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo, a choisi de parler robinets et ampoules lors de la séance de redevabilité du gouvernement Suminwa II, pensée et organisée par son collègue de la Communication et Médias Patrick Muyaya.Devant la presse, le tableau dressé est celui d’un géant qui s’ignore. La République Démocratique du Congo dispose de 167 000 MW de potentiel hydroélectrique, le plus important d’Afrique, porté par le deuxième fleuve le plus puissant au monde.
Et pourtant, seul un Congolais sur cinq a accès à l’électricité. Un chiffre qui a progressé de 9% en 2018 à 21,5% en 2025, mais qui reste très insuffisant. L’eau potable, elle, progresse aussi: de 8% en 2019 à 22% aujourd’hui selon la Banque mondiale. Mais le pays compte encore 78 000 villages non électrifiés et son industrie minière, qui assure plus de la moitié des recettes budgétaires, cherche désespérément 2 000 MW pour transformer localement son cuivre et son cobalt.
La boussole retrouvée de l’eau
Dans le secteur de l’eau, longtemps privé d’une orientation nationale unifiée, la première étape a consisté à fixer un cap commun. Le 26 décembre 2025, le Gouvernement a approuvé la Politique nationale du service public de l’eau -PNSE. Un document attendu de longue date qui met fin à une dispersion historique entre opérateurs, provinces et partenaires techniques et financiers. Il donne désormais à tous un même référentiel pour planifier les investissements et évaluer les résultats. Deuxième verrou qui saute: l’Autorité de régulation du service public de l’eau -ARSPE. Soutenu par le projet AGREE de la Banque mondiale, le processus de recrutement de ses dirigeants a été engagé: candidatures reçues, commission d’évaluation installée. Sans régulateur indépendant, transparent et crédible, aucun investissement d’envergure ne s’inscrit durablement.
L’ARSPE doit apporter la visibilité indispensable pour faire de l’eau un véritable secteur d’investissement, garant impartial d’un service qui ne souffre ni l’arbitraire, ni l’à-peu-près.Les réformes de fond n’ont pas éclipsé l’urgence. À Kinshasa, un programme porté par la REGIDESO a été approuvé lors de la 69e réunion du Conseil des ministres le 5 décembre 2025. L’achèvement des modules 2 et 3 de l’usine de traitement d’eau à l’ozone doit porter la capacité totale à 330 000 mètres cubes par jour. À terme, plus de six millions d’habitants répartis dans dix communes bénéficieront d’un approvisionnement sensiblement amélioré. Derrière ces chiffres, une mère qui ne consacre plus des heures à la quête de l’eau, un enfant qui étudie dans un environnement plus sain.
À Kamina, dans le Haut-Lomami, une nouvelle centrale d’eau potable alimente 230 000 personnes. Une première depuis l’indépendance. Les procédures pour Kananga et Tshikapa sont engagées. La création progressive des Régies provinciales du service public de l’eau a débuté. La République ne se construit pas depuis un seul point du territoire, mais dans le maillage patient de ses provinces. Parallèlement, la loi sur l’eau est vulgarisée, ses mesures d’application et normes techniques sont élaborées.
Le réveil des centrales endormies
Côté mégawatts, le ministre a fait le choix de rendre utiles les infrastructures déjà construites. Il y a Kakobola, d’abord. 10,5 MW dans le Kwilu, lancé et abandonné sous Kabila faute de bouclage financier mais relancé et mis en service sous le tandem Tshisekedi-Suminwa en mars dernier. «Nous avons levé les préalables», assure Sakombi Molendo. La centrale tourne désormais, alimente progressivement Kikwit, Idiofa et Gungu, avec un programme de compteurs intelligents prépayés. Objectif: près de 200 000 personnes.
Il y a ensuite l’ANSER. Vingt-deux centrales rurales financées par l’État étaient achevées mais inexploitées, faute de cadre opérationnel. Une contradiction insupportable: des ouvrages payés par la Nation mais silencieux. Dès sa prise de fonction, le ministre a signé l’arrêté fixant les modalités de leur exploitation. En décembre 2025, seize de ces centrales ont pu être mises en service à titre transitoire, dont deux en partenariat avec la SNEL. Bilan revendiqué: sept centrales redevenues pleinement opérationnelles à Mondonga, Basankusu et Bolombo, soit 100 000 ménages, environ 700 000 bénéficiaires. Une école qui prolonge ses activités, un centre de santé qui sécurise ses soins, un atelier qui produit. Même exigence sur les grands chantiers. Katende, au Kasaï-Central, a bénéficié d’un dispositif de sécurisation institutionnelle et financière, avec part de financement prévue sur les ressources de l’Eurobond. Première turbine attendue en décembre 2027. Dans le Lualaba et le Haut-Katanga, où le déficit dépasse 2 000 MW, des missions de terrain ont précisé les besoins pour construire des réponses adaptées à chaque bassin économique.
La remise sous tension de Kinshasa et la puissance du Sud
Kinshasa exigeait une intervention à la hauteur de la dégradation de son réseau. Un plan d’urgence de 91,89 millions de dollars a été lancé avec la SNEL, assorti d’un cofinancement de l’État lié à l’apurement de ses factures. Quatre objectifs: raccorder les zones non desservies, réparer les pannes moyenne tension, sécuriser les sites stratégiques – hôpitaux, aéroports, institutions – et renforcer les lignes critiques. Pour réduire les interruptions qui abîment la confiance des Kinois. À cela s’ajoute la récupération de mégawatts existants: 75 MW supplémentaires de la réhabilitation de Zongo, 100 MW solaire à Maluku à l’est de Kinshasa, études bouclées, lancement en 2027. Pour le Kwango, la ligne Bukangalonzo-Kenge, entre 22 et 24 millions de dollars, et Kakobola 2 -15 MW- porteront la capacité à 25MW.
Le pari le plus audacieux vient du sud-ouest. Une interconnexion de 1 450 km entre Malange en Angola et Afungirome en République Démocratique du Congo permettrait d’importer 2 000 MW de surplus angolais en 24 mois. De quoi effacer d’un trait le déficit minier du Lualaba et du Haut-Katanga et libérer la politique de transformation locale voulue par le Chef de l’État.
La conquête des géants et la révolution du guichet
Le long terme porte deux noms: Inga 3 -11 000 MW- et Pioka-Tombe -6 450 MW. Sur Inga 3, le ministre ne parle plus de première pierre mais de bancabilité. Priorité: sécuriser les contrats d’achat d’électricité avec la SADC. Un projet tampon de 2×500 MW est fléché vers les miniers, dont 100 MW pour la population via la SNEL. Pioka-Tombe, adopté en Conseil des ministres, voit ses études de 1978 actualisées. Répartition envisagée: 2 000 MW pour le Congo-Brazzaville, 2 000 MW pour les mines, 1 000 MW pour Tshikapa et le Kongo-Central.
Mais réformer ne se limite pas à bétonner. Dans le cadre du programme Business Ready de la Banque mondiale et de la Stratégie nationale de transformation numérique, la SNEL a numérisé les demandes de raccordement et le traitement des plaintes. La REGIDESO a modernisé sa gestion clientèle avec relevé automatisé des compteurs par photographie et cartographie numérique des abonnés. Pour l’usager: moins de déplacements, des délais plus courts, un interlocuteur davantage comptable de ses résultats.
La transparence a progressé avec publication des tarifs électriques et mise en ligne progressive des textes réglementaires. Le cadre de gouvernance du Compact énergétique Mission 300 a été formalisé par décret, et un protocole signé entre Secrétariat général, DGRAD, ANSER et SNEL pour faire de l’accès déjà acquis un levier de solidarité finançant l’électrification rurale. Le ministre y ajoute une dimension sociale et sécuritaire: 500 jeunes formés à l’INPP intégreront SNEL, Regideso et ANSER, et face aux constructions sous les pylônes, des opérations «conformément à la loi, avec indemnisation quand la loi le prévoit». Il annonce une séance spéciale avec les DG, lignes ouvertes au public. L’An 1 a été celui du déblocage et de la refondation. L’An 2 devra être celui des branchements.
YA KAKESA
