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L’heure de la décrispation: 3 mois pour sceller le pacte

C’est exactement le ton de l’adresse à la Nation prononcée jeudi par Félix Tshisekedi. Un discours calibré au millimètre, à la fois ouverture et fermeté, qui esquisse sa sortie de crise politique et fixe le cap pour les prochains mois. Le chef de l’État a annoncé donner instruction au gouvernement d’engager, en concertation avec les institutions compétentes et dans le respect de la séparation des pouvoirs, la préparation de mesures de confiance et de décrispation politique, tout en précisant que celles-ci devront préserver l’indépendance de la justice et garantir les droits des victimes. La formule est prudente, juridiquement verrouillée. Elle vise à désamorcer le procès en instrumentalisation tout en répondant à une demande pressante de l’opinion et des partenaires extérieurs: desserrer l’étau politique pour mieux affronter l’urgence sécuritaire à l’Est.

Il a également lancé un appel direct à ses adversaires politiques, ceux de ses compatriotes que «les épreuves de l’histoire récente» ont conduits à se tenir en marge de l’unité nationale, y compris ceux engagés dans des voies contraires à l’intérêt national, les invitant à «renouer avec la République» et à reprendre leur place dans la communauté nationale. C’est le passage le plus politique de son intervention. Une main tendue, à peine voilée, aux opposants en exil, aux acteurs politiques en rupture et aux mouvements armés qui continuent de défier l’autorité de l’État. Une ouverture dont il a assuré qu’il veillerait personnellement à en réunir les conditions de sécurité et de confiance, se plaçant ainsi au-dessus de la mêlée partisane. À Kinshasa, l’ouverture est lue comme un signal à triple détente. Un signal envoyé à la diaspora politique, souvent basée dans les capitales voisines. Un signal adressé aux capitales régionales et aux chancelleries occidentales qui conditionnent une partie de leur soutien à des gestes d’apaisement intérieur. Et un signal interne, destiné à recadrer les faucons de la majorité qui voyaient dans toute idée de dialogue une prime à la déstabilisation.

Félix Tshisekedi a ensuite détaillé l’architecture de son dialogue national en trois actes, sur une durée maximale de trois mois: d’abord des consultations dans les provinces, puis des assises nationales à Kinshasa. L’idée est de rompre avec le tropisme kinois des dialogues passés. En commençant par les provinces, le pouvoir veut donner la parole aux territoires les plus affectés par la guerre, le déplacement et la défiance envers l’État, et ancrer le processus dans le pays profond avant de le ramener à la capitale. Le chef de l’État a insisté sur le caractère inclusif du processus, associant notamment les confessions religieuses pour leur autorité morale et leur proximité avec les populations, tout en le voulant rigoureusement encadré afin d’éviter l’enlisement et les manœuvres dilatoires. La référence n’est pas anodine. Chaque grand dialogue congolais, de Sun City à la Cité de l’Union africaine, a été accusé d’avoir été rallongé à dessein pour obtenir des partages de postes. Cette fois, le verrou temporel est assumé.

Les assises devront déboucher sur un pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, dont la mise en œuvre sera précisée par une matrice politique attribuant à chaque institution ses engagements, un calendrier et des résultats mesurables. «C’est par la transparence que nous reconstruirons la confiance. C’est par l’exécution que nous distinguerons ce dialogue de tous ceux qui l’ont précédé», a martelé le président, annonçant un mécanisme de suivi assorti de rapports publics périodiques. L’objectif n’est plus seulement de dialoguer, mais de livrer. Pour donner une traduction concrète à cette initiative, le chef de l’État a annoncé la signature prochaine d’une ordonnance instituant un comité d’organisation du dialogue national pour la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État, chargé d’en assurer la préparation administrative, matérielle et logistique. Ce comité aura la lourde tâche de fixer la liste des participants, les critères de représentation et la logistique d’un processus à l’échelle d’un continent.

Sur la base du rapport préliminaire que lui remettra ce comité, il a précisé qu’une seconde ordonnance viendrait ensuite convoquer formellement le dialogue et en fixer les principes directeurs, les étapes, les modalités de représentation ainsi que les mécanismes de suivi de ses conclusions. Une séquence en deux temps qui vise à donner une légitimité juridique inattaquable au processus. Enfin, il a posé sa ligne rouge: la prise en charge des combattants s’inscrira dans les mécanismes de désarmement, démobilisation, réintégration, relèvement communautaire et stabilisation – PDDRCS –, mais «la paix ne saurait signifier l’impunité», excluant que les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, actes de génocide et violences sexuelles graves puissent être effacés par une amnistie générale ou sacrifiés au nom d’un compromis politique. «Nous ne construirons pas la réconciliation sur l’oubli». L’équilibre est délicat: ouvrir la porte au retour sans offrir un blanc-seing judiciaire. C’est tout le pari de ce dialogue en trois actes.

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