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Les corridors de l’avenir sortent de terre: Tshisekedi désenclave le pays par la RN

Il est entré à Kolwezi à minuit passé, le 1er juillet. Douze jours plus tôt, il était parti de Kinshasa avec une colonne de 4×4. Entre les deux, John Banza Lunda a traversé neuf provinces, inspecté des érosions, rompu des contrats, débloqué des financements. Sa mission: faire de la RN1 l’épine dorsale d’un pays grand comme l’Europe de l’Ouest. Reportage au cœur des nouveaux corridors qui doivent recoudre la République Démocratique du Congo.

Kinshasa, Gombe, 19 juin 2026. Le cortège s’est ébranlé à 9h00. Devant le ministère des Infrastructures et Travaux publics -ITP-, le signal est donné: la «caravane des infrastructurelle» quitte la capitale. Objectif poursuivi par Félix Tshisekedi: connecter l’Est et le Sud à l’Ouest par la route, coûte que coûte. Pour la Première ministre Judith Suminwa, c’est la vitrine de l’action gouvernementale. Aux commandes, John Banza Lunda. Pas de séminaire, pas de discours.

Du terrain. Douze jours, 3000 km, bottes de chantier aux pieds. Le cap est clair: rallier Kinshasa à Lubumbashi par la Route nationale 1, en traversant neuf provinces. Kinshasa, Kwango, Kwilu, Kasaï, Kasaï-Central, Kasaï-Oriental, Lomami, Haut-Lomami, Lualaba, avant l’arrivée dans le Haut-Katanga, aux portes de la Zambie et de la Tanzanie. 

Kwilu, la traversée du territoire

Avant d’atteindre le Kasaï, la caravane a inspecté les travaux de lutte anti érosions à Kenge dans le Kwango et enchaîné trois points d’arrêt dans le Kwilu. À Kikwit, le chef-lieu, le ministre inspecte l’érosion de Kazamba, 1,1 km. Elle verrouille l’axe vers Feshi, Kahemba et la frontière angolaise. Les travaux de stabilisation sont assurés par Safrimex. Entre Kikwit et Idiofa, le tronçon Gungu-Kakobola est sur la table. L’axe est stratégique pour désenclaver l’arrière-pays agricole du Kwilu et le raccorder à la RN1. Sa réhabilitation, confiée à SISC, est présentée comme une priorité pour fluidifier la traversée de la province.  Un point nodal: la route Idiofa-RN1. Cet embranchement qui connecte Idiofa à la Route nationale 1 via Ingundu, 80 km, fait aussi l’objet de travaux de modernisation. Il est vital pour que le territoire du Kwilu bascule entièrement dans le corridor national, au lieu de rester en cul-de-sac. 

Plus à l’intérieur, un stade de 10 000 places sort de terre. Le symbole est politique: un territoire longtemps coupé se rebranche à la RN1. Sur ce chantier, la société chinoise SISC est à pied d’œuvre. 

Tshikapa, la porte vers l’Angola 

C’est ensuite à Tshikapa, dans le Kasaï, que le cap change. La ville est pensée comme le corridor commercial ouest. Safrimex et JMC y asphaltent et contiennent les ravins. Dépossédée du dossier aéroport au profit d’une autre société à choisir à l’issue d’un avis d’appel d’offres, Horizon Corporation, propriété de l’entrepreneur Horizon Masamba, connu pour ses pressings dans la ville de Kinshasa, est écartée pour lenteur. La chinoise SISC prend le relais sur certains lots. Sur le tronçon Tshikapa-Kandjaji, long de 117 km vers la frontière angolaise, la société Toha Investment reçoit un ultimatum pour relier la capitale du Kasaï à l’Angola. Le projet global Tshikapa-Kandjaji, avec bretelles vers Kamonia et Kamako, totalise 137 km.

Autre chantier symbolique: l’université en projet dans la ville. L’enjeu dépasse l’asphalte. Il s’agit d’ancrer une capitale régionale sur un axe transfrontalier. 

Kalamba-Mbuji, la «route de l’espoir»

À Kananga, capitale du Kasaï-Central, la caravane marque un temps fort sur 230 km. La route Kalamba-Mbuji concentre toutes les attentes. Vingt kilomètres d’enrobé sont posés, vingt autres en mono-couche par SISC. Mais cinquante kilomètres restent bloqués, faute d’intrants dédouanés. Le ministre exige leur libération immédiate. 

Sur le lot 2, entre Mbulungu et Kananga, Arab Contractors, financé par l’Union européenne via la Cofed, annonce un terrassement achevé à 100% sur 70 km. Le pont Miawo compte 24 pieux. Pour les agriculteurs du Kasaï-Central, l’équation change: sortir du sable six mois par an. Le Kasaï-Central ne joue pas que sur la route. Il compte recevoir un nouvel aéroport construit dans les normes, sur la route qui conduit à la nouvelle université de l’ancien Luluabourg. «L’objectif est de doubler le désenclavement routier par une ouverture aérienne», explique le Secrétaire général aux ITP, Georges Koshi, présent dans la suite du ministre. 

Kananga-Ilebo-Idiofa, le centre se reconnecte

Depuis Kananga, la RN41 vers Ilebo et Idiofa prend forme et redessine le maillage du centre sur 550 km. Non loin de là, CFHEEC, dans le cadre du PIRUK, maîtrise une érosion de 25 m de profondeur. Avec la voirie urbaine de Kananga en cours de réfection, un triangle économique se forme entre trois pôles administratifs et agricoles: Kananga, Ilebo et Idiofa. 

Mbuji-Mayi, l’accélération et l’autoroute Kimbangu

Le temps fort est à Mbuji-Mayi, au Kasaï-Oriental. Sur le trajet Mbuji-Mayi-Kabinda-Mbanga, le gouvernement lance la future autoroute Kimbangu. Présentée comme la première 2×2 voies du pays, elle doit relier Kabwe à Bukavu sur plus de 1000 km. Les premiers kilomètres de béton bitumineux sont déjà visibles. Dans le même temps, la RN1 Mbuji-Mayi-Nguba, 846 km, est réorganisée. Délai ramené de dix à trois ans, mise en service visée en 2027. Dans le Lomami et le Haut-Lomami, Banza relance le projet Tshilejelu et inspecte l’axe Mbaya-Musenga, 150 km, vers le Lualaba. 

Kamina, le carrefour logistique du Haut-Lomami

Étape stratégique avant Kolwezi: Kamina. La ville s’impose comme un carrefour multimodal sur la RN1. Routes, port fluvial, aéroport, université et usine de captage d’eau y sont en chantier ou en réhabilitation. L’objectif est de faire de Kamina la plateforme de rupture de charge entre l’axe Kinshasa-Lubumbashi et le corridor vers la Zambie. Le captage d’eau, en particulier, doit sécuriser l’approvisionnement de la ville et des convois miniers. 

Kolwezi, l’arrivée de nuit et la question des moyens 

Le 30 juin, jour d’indépendance, la caravane accélère. Kabondo Dianda, Luena et Lubudi sont traversées, les bases vie visitées. Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, le ministre entre à Kolwezi, chef-lieu du Lualaba. Avec la gouverneure Fifi Masuka, il inspecte la route de Dilolo vers l’Angola. Rencontres avec Sicomines et SISC, deux financiers clés de la RN1. 

Jeudi 02 juillet à 21h30, la caravane entre à Lubumbashi, au Haut-Katanga, aux portes de la Zambie et de la Tanzanie. Fin de course après 3000 km. Au-delà de la communication, quatre enseignements s’imposent. D’abord, la dépendance aux partenaires: Chine, Banque mondiale, Banque africaine de développement, Union européenne, Cofed. Ensuite, l’effort budgétaire: c’est la première fois que le gouvernement engage des milliards pour les routes. Troisièmement, la fermeté: résiliations, ultimatums, injonctions à l’ACGT pour débloquer le bitume retenu à Matadi et Lubumbashi. Enfin, la maintenance: le FONER finance à Mwene-Ditu, l’Office des routes est sur Kananga-Mbuji-Mayi, mais aucun modèle n’est encore systématisé. 

La grande leçon

«La caravane a montré une volonté politique de forcer les verrous. Elle a aussi mis à nu les fragilités: blocages administratifs, approvisionnements, entretien», commente un responsable de la Cellule des infrastructures. Les quatre corridors mis en avant, Tshikapa-Angola, Kalamba-Mbuji, Kananga-Ilebo-Idiofa et Kimbangu, ne tiendront que si les décaissements suivent et si les routes sont entretenues.

L’image finale est celle d’un ministre en bottes sur des chantiers en mouvement, exécutant la vision du président Tshisekedi et le programme Suminwa de reconnecter le pays entier. Elle résume tout: dans un pays de 2,3 millions de km², l’Etat ne se voit que là où passe la route. «Le Président de la République, Félix Tshisekedi, est réellement en train de bâtir le pays», déclare le ministre, déterminé de relier Muanda, sur la côte atlantique, à Bukavu, dans les Grands Kivu, ouverture vers l’océan indien, à Lubumbashi, porte d’entrée à l’Afrique australe. La RN1 est devenue un pari fou. Et une ambition de développement.

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