
Dès le lancement de Water Forward, le 15 avril à Washington, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a changé de tonalité: «Parler de l’eau aujourd’hui, ce n’est pas seulement parler de développement. C’est parler d’avenir», a‑t‑elle lancé, convertissant une revendication politique en un appel à l’action collective. Aux yeux de la cheffe du gouvernement, la République Démocratique du Congo ne doit plus être seulement perçue comme un réservoir, mais comme un «pays‑solution» capable de transformer ses ressources en bénéfices partagés.
Pour appuyer son propos, la Première ministre a rappelé un fait géopolitique: «La RDC détient plus de 50% des réserves d’eau douce de l’Afrique». Ce constat a servi de point d’appui à une ambition chiffrée, présentée ensuite comme indispensable: mobiliser 20 milliards de dollars pour porter l’accès à l’eau potable à 60% de la population d’ici 2035. Water Forward, qui vise à desservir 300 millions d’Africains, devient ainsi le cadre privilégié pour catalyser ces financements.
En exposant le paradoxe national -abondance naturelle et accès insuffisant-, Suminwa a mis en exergue la nécessité d’une traduction concrète de la ressource: infrastructures, maintenance et emplois. Elle a ainsi situé «Kin Elenda», à Kinshasa, comme un laboratoire opérationnel destiné à desservir près de trois millions d’habitants et à démontrer rapidement des gains sanitaires et économiques.
Parallèlement, la Première ministre a insisté sur la dimension énergétique: «Notre vision est claire: faire de la République démocratique du Congo un acteur central de la transformation hydrique et énergétique mondiale». Dans son raisonnement, Grand Inga et le Compact énergétique ne sont pas des projets isolés mais des maillons d’une stratégie intégrée eau‑énergie visant à créer des chaînes de valeur locales. Pourtant, et Suminwa l’a reconnu, les mots doivent suivre les actes.
Les interlocuteurs présents à Washington ont rappelé l’impératif d’un pipeline de projets bankables, d’une gouvernance transparente et de mécanismes de maintenance pérennes, conditions nécessaires pour attirer le secteur privé et sécuriser les investissements.
En outre, la Première ministre a souligné la dimension régionale de l’enjeu: la gestion des bassins transfrontaliers exige une coopération renforcée et des cadres juridiques clairs pour partager ressources et risques. Sur ce point, elle a appelé à une «logique d’impact, d’innovation et de responsabilité partagée» entre États, bailleurs et investisseurs.
Au terme de son intervention, Suminwa a tendu la main aux partenaires internationaux et lancé un défi opérationnel à Kinshasa: convertir l’affirmation politique en dossiers prêts à l’emploi et en chantiers visibles sur le terrain. Les étapes à franchir sont connues -préparation de projets, réformes institutionnelles, instruments financiers innovants.