
C’est la vaste et décisive opération d’assainissement annoncée par les autorités pour sauver la capitale de l’insalubrité et du désordre urbain. Le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik va déployer dès ce week-end 5.000 ex-délinquants urbains, formés deux ans au Service national de Kaniama Kasese et devenus des bâtisseurs, dans une importante offensive d’assainissement. Elle a fait l’objet d’une série de réunions à la Cité de l’Union Africaine et sera pilotée depuis la Présidence de la République, signe de la priorité accordée au dossier. Curage des caniveaux, évacuation des déchets, enlèvement des véhicules abandonnés, démantèlement des marchés pirates, lutte contre les constructions anarchiques et les violations du Code de la route: la «légion» du général a pour mission de «nettoyer Kinshasa au Karcher», selon l’expression désormais martelée par les officiels.
Une armée de bâtisseurs formée à Kaniama Kasese
Ils s’appelaient «kulunas». Ils reviennent «bâtisseurs». Pendant deux ans, les 5.000 jeunes ont été encadrés au Service national à Kaniama Kasese, dans le Haut-Lomami. Au programme: discipline militaire, formation agricole, maçonnerie, mécanique, menuiserie et civisme. Le 18 juin, lors de sa Parade à Kaniama Kasese, le général Kabwik a revendiqué leur transformation devant les troupes en bleu et jaune: «Vous étiez kulunas. Vous êtes maintenant bâtisseurs. La discipline, c’est ça qui a changé vos vies», a-t-il lancé, poing levé.
500.000 FC par mois: la dignité par le salaire
Les bâtisseurs sont désormais engagés comme agents à temps plein du Service national. Chacun a désormais droit à un salaire mensuel de 500.000 francs congolais, l’équivalent de 200 dollars américains. Séance tenante, le jour même de la causerie morale, chacun d’eux a reçu son premier salaire, en main propre. Face aux 5.000 hommes alignés, le commandant du Service national a martelé le message de réinsertion: «Bâtisseurs disciplinés. Chaque mois, vous aurez cinq cent mille francs. Ainsi en a décidé le président de la République Félix Tshisekedi. Le Service national ne vous abandonne pas», a promis le général. Un salaire annoncé comme preuve que ces ex-délinquants sont désormais «des citoyens utiles à la Nation».
Pilotage au sommet de l’État
Preuve de l’enjeu politique: l’ensemble de l’opération sera supervisé directement par la Présidence de la République, face au constat de défaillance de l’hôtel de ville dans ce domaine. À Kaniama Kasese, le général a insisté sur la chaîne de commandement: «Le Commandant suprême, c’est le chef des Forces armées, de la Police nationale congolaise. Mais aussi Commandant suprême du Service national», a-t-il rappelé. Un message clair: l’ordre de «nettoyer Kinshasa» vient du sommet de l’État.
Objectif: reprendre Kinshasa en 90 jours
Le plan est militaire. Le déploiement est imminent dans les 24 communes. À partir de ce week-end, chaque équipe aura des zones ciblées. Première urgence: les points noirs d’insalubrité. Les caniveaux bouchés de la Gombe et de Ngaliema, les montagnes d’ordures de Masina et Ngaba, les marchés pirates de Matete et Limete sont dans le viseur. Les bâtisseurs interviendront aussi contre les constructions anarchiques qui obstruent les voies d’évacuation des eaux, et appuieront la Police de circulation routière contre les infractions flagrantes.
Des méthodes dissuasives face à l’indiscipline chronique
Kinshasa croule sous ses propres habitudes. L’administration urbaine estime le parc automobile à 4 à 5 millions de véhicules et plus de 6 millions de motos. Une pression qui asphyxie la voirie et nourrit l’anarchie. Dans son speech lors de la Parade à Kaniama Kasese, le général Kabwik a indexé ce comportement des Kinois: «Certains ont perdu le sens du civisme. Ils déversent les immondices dans les caniveaux, ils relient leurs fosses septiques aux tranchées». Emprises publiques occupées, trottoirs transformés en marchés: les Kinois sont désormais, en partie, pointés du doigt comme responsables de l’image crasseuse de la ville.
Pour rectifier le tir, les autorités assument le choix de la fermeté. La tolérance zéro est décrétée. Les bâtisseurs agiront avec l’appui de la Police. Les vendeurs installés sur les trottoirs seront déguerpis sans préavis. Les véhicules en stationnement anarchique et les véhicules abandonnés seront mis en fourrière. Les récidivistes s’exposent à des amendes lourdes et à des travaux d’intérêt général. «Le temps de l’impunité est fini. Kinshasa doit respirer», a-t-on martelé. Le général Kabwik l’a dit à Kaniama Kasese: ses hommes agiront avec fermeté pour restaurer l’ordre et la discipline environnementale, bafoués dans la capitale. L’opération mise sur la dissuasion pour briser les réflexes d’incivisme ancrés depuis des années.
Kinshasa retient son souffle. La légion du général Kabwik entre en scène ce week-end, sous l’œil de la Présidence. Premier verdict dans 90 jours.
