
Le président Félix Tshisekedi a lancé, samedi 22 juin à Kinshasa, les travaux de construction des quatre premières rocades du pays. Ces routes de contournement vont permettre de fluidifier la circulation dans la capitale de la RD-Congo. La construction de ces quatre rocades, dont deux pour la première phase -Sud-Ouest et Sud-Est- sera financée par les fonds provenant de la renégociation de la convention de collaboration entre la RD-Congo et un groupement d’entreprises chinoises.
Le 20 janvier, à son investiture, le président Tshisekedi avait annoncé qu’un accord a été trouvé pour dégager 7 milliards de dollars des bénéfices de la Sicomines afin de financer la construction des routes, en raison de 350 millions par année. Deux mois plus tard, l’accord a été finalement signé avec l’annonce d’un premier décaissement de 700 millions de dollars, soit le double de la somme initiale suite notamment aux fonds de 2023 gelés durant les négociations.
Destinées à former une ceinture routière autour de la ville de Kinshasa, ces rocades, voie de circulation à grande vitesse de quatre bandes, s’étendront sur une longueur linéaire de 63 kilomètres. La première rocade Sud-Ouest partira de Mbudi, dans la commune de Mont-Ngafula, longeant la route de caravane jusqu’à Mitendi avant de faire jonction avec la deuxième rocade Sud-Est partant de Mitendi jusqu’à l’aéroport international de N’Djili. Ensemble, ces deux rocades vont traverser quatre communes: Mont-Ngafula, N’Djili, Kimbaseke et N’sele.
Mettre fin au casse-tête des embouteillages
Selon les prévisions, ces deux premières rocades devront être intégralement livrées dans trois ans pour un coût global de 300 millions de dollars américains. «La construction de cette rocade fait partie d’un vaste programme de construction d’une route périphérique qui formera une boucle tout autour de la ville de Kinshasa», a fait savoir Nicodème Nzau, directeur général de l’Agence congolaise des grands travaux -ACGT. A terme, cette boucle de rocades devra constituer une voie de contournement dans une ville qui ne s’est pas mise au niveau de son boom démographique avec pour conséquence des embouteillages monstrueux à longueur de journées. Pour l’ACGT, maître d’ouvrage délégué du projet, la livraison de ces rocades permettra de «réduire les coûts et le temps de transport dans la ville, augmenter le volume des activités économiques dans la zone du projet, réduire les embouteillages et améliorer les conditions de la vie de la population riveraine».
Fière chandelle à l’IGF
Le lancement de la construction de ces rocades est également une preuve supplémentaire de la qualité des relations sino-congolaises. L’ambassadeur de Chine en poste en RD-Congo, Zhao Bin, a salué «un nouveau cycle d’infrastructures» dans le cadre de cette coopération. Selon le diplomate chinois, ces rocades sont gage «de prospérité» pour la RD-Congo et son peuple. «La construction de cette route va effectivement permettre d’alléger les embouteillages sur la RN1 pour des tronçons entrant et sortant de la ville de Kinshasa, et de faciliter le déplacement de la population le long des rocades contribuant ainsi à l’essor de la capitale RD-congolaise sur le plan économique et social», a-t-il estimé.
La construction de ces rocades relève du premier projet de la nouvelle phase de la coopération sino-congolaise «ressources contre projets», voulue par le président Tshisekedi. Alerté par un rapport de l’Inspection générale des finances -IGF- en février 2023, le président Tshisekedi a ordonné, un mois plus tard, le réexamen du contrat. A l’époque, l’IGF avait décelé un déséquilibre dans les termes de l’accord, largement à l’avantage de la partie chinoise. Une sorte de «colonisation économique inacceptable», selon le flic financier en chef, Jules Alingete Key, qui ne s’est pas fait prier pour saisir le président de la République en vue d’un «rééquilibrage».
Partout, un chef a toujours besoin de s’entourer des collaborateurs capables de lui apporter des solutions. En République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi a trouvé le sien: Jules Alingete. L’audace de l’Inspecteur général chef de service de l’IGF dans la révélation et le pilotage de ce dossier sensible mérite d’être objectivement souligné. Dans la genèse de la démarche, les sceptiques n’accordaient guère de chance à Alingete. «Les Chinois sont durs en affaire», ont alors rappelé les réticents. Dans un premier temps, l’ambassade de Chine avait même dénoncé un rapport «dont le contenu est plein de préjugés» et qui «ne correspond pas à la réalité». Quelques jours plus tard, une structure regroupant des sociétés chinoises avait épousé ce discours en dénonçant, dans un courrier adressé au président Tshisekedi, «de nombreuses accusations sans fondement».
Pourtant, la ténacité de l’IGF et de son chef de service sous le leadership du Président a fini par payer. Jouissant de la pleine confiance du Cher de l’Etat, de qui ce service technique dépend, Alingete a également joué un rôle important, aux côtés du directeur de cabinet du chef de l’État en charge de l’Ecofin, dans les négociations. Un rôle que le président Tshisekedi n’a pas raté de saluer à plusieurs reprises, notamment le 19 septembre à New-York devant la presse internationale. «Nos partenaires chinois… ont été enthousiasmés par la proposition de la RD-Congo de revoir ce partenariat dans le but de faire gagner aussi notre pays. Et nous sommes repartis dans une nouvelle aventure, cette fois-ci pour ne pas laisser un des partenaires frustré», a encensé Tshisekedi lors d’un café de presse, non sans rendre fière chandelle à Alingete, «un homme très brillant», qui a pu fouiller de fond en comble la mouture chinoise pour placer la RD-Congo dans l’orbite de profiter pleinement de cette convention.
Le lancement des travaux de construction de premières rocades de Kinshasa dénote une fois de plus un courage doublé de patriotisme de l’IGF Alingete. Cette même année, les Chinois ont également entamé des travaux préliminaires dans trois projets jugés prioritaires. Dans les mois à venir, la Chine va cette fois lancer d’autres travaux comme la réhabilitation de la Route nationale n°1 dans son tronçon Mbujimayi-Nguba et celle de la route Kananga-Kalamba Mbuji. Avec les rocades, ces deux autres projets vont contribuer à la modernisation du réseau routier de la RD-Congo.


