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Isidore Kwandja concocte un Plan B en cas d’échec de Juliana Lumumba de l’OIF

À Phnom Penh, la République Démocratique du Congo joue plus qu’un poste. Elle joue son rang. Candidate déclarée à la succession du secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie -OIF- avec Juliana Amato Lumumba, Kinshasa aborde le sommet de novembre en position d’outsider ambitieux. Mais que se passera-t-il le lendemain, victoire ou défaite? C’est à cette question taboue que s’attaque le politologue Isidore Kwandja Ngembo. L’ancien Directeur des IXes Jeux de la Francophonie de Kinshasa 2023 publie une tribune qui se veut une doctrine: «Après Phnom Penh, de la diplomatie de candidature à la diplomatie d’influence et de résultats». Un texte qui invite Kinshasa à sortir de l’émotion pour entrer dans la stratégie.

Si Juliana Amato Lumumba gagne: l’épreuve du dépassement

Premier scénario, celui de la victoire. Pour Kwandja, l’élection d’une Congolaise ne devrait pas accoucher d’une «Francophonie congolaise». Il faudra, écrit-il, une «Francophonie au service de tous ses États et de tous ses peuples», avec une attention assumée pour l’Afrique, devenue le poumon démographique de l’espace francophone. Il trace six chantiers. Le premier est celui de la crédibilité: passer «d’une Francophonie des déclarations à une Francophonie des résultats». Moins jugée sur ce qu’elle promet que sur ce qu’elle réalise. Le second est économique.

Faire du français une «langue des affaires, de l’investissement et de la création de richesse». Kwandja rêve d’une OIF qui facilite le commerce intra-francophone, qui finance les PME, les start-up, les femmes et les jeunes, et qui capte la force des diasporas. Le troisième est générationnel: «Qu’est-ce que la Francophonie apporte concrètement à la jeunesse francophone?» Emploi, formation, numérique, intelligence artificielle et mobilité doivent devenir le cœur du mandat. Quatrième chantier: faire du français une langue d’avenir, une «langue d’innovation», de science et d’IA. Cinquième chantier, politique: redonner à l’OIF une voix dans la médiation et la prévention des conflits.

Dernier chantier: réformer la maison OIF elle-même, la rendre «plus efficace, moins bureaucratique, plus transparente».

Si Juliana Amato Lumumba perd: le piège du retrait

C’est le second scénario, celui que l’on murmure à Kinshasa sans oser l’écrire. Et c’est là que Kwandja se fait le plus incisif. Il faut, prévient-il, tuer dans l’œuf la tentation du retrait. Ce réflexe du «puisqu’on a perdu, on quitte». «Une telle décision serait une erreur stratégique majeure», tranche-t-il. «Une candidature peut échouer; les intérêts d’un État, eux, demeurent». L’argument est imparable. Avec 112,8 millions de francophones revendiqués selon le rapport 2026 de l’OIF, la République Démocratique du Congo est le géant démographique de la Francophonie.

«On ne quitte pas une organisation dans laquelle on dispose d’un poids aussi important; on utilise ce poids pour y défendre ses intérêts». L’OIF n’est pas qu’un fauteuil. C’est un réseau de coopération éducative, culturelle, économique et sécuritaire. C’est aussi un héritage: les Jeux de Kinshasa 2023, qui ont laissé à la République Démocratique du Congo un siège au Conseil d’orientation du Comité international des Jeux de la Francophonie.

La doctrine Kwandja: l’influence plutôt que le poste

Kwandja propose alors une nouvelle doctrine en cinq axes: peser plus au Conseil permanent de la Francophonie, placer davantage de cadres congolais dans les institutions, faire de l’espace francophone un levier d’investissement pour la République Démocratique du Congo, utiliser la jeunesse, le sport et la culture comme instruments de soft power, et bâtir des coalitions durables autour des intérêts africains et congolais. Le mot d’ordre: passer de la «conquête d’un poste à la conquête d’influence». «La candidature est une étape. L’influence est la stratégie. Les résultats sont l’objectif», conclut-il.

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