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Hypothèse après les sanctions: Washington craint un Kabila candidat ou faiseur de roi en 2028

Pourquoi l’OFAC a dégainé le 30 avril 2026. Les questions fusent depuis la publication des sanctions américaines contre Joseph Kabila. S’agissant de la punition choisie contre l’ancien président, les USA ont opté pour le schéma suivant. D’abord, il y a eu le communiqué. Une ligne, sèche, sur le site du Trésor américain: «Joseph Kabila, ex-président de la RDC, ajouté à la Specially Designated Nationals List». Nous sommes le 30 avril 2026. Officiellement, Washington sanctionne pour «atteinte à la paix et corruption». Pourtant, dans les salons politiques, la perception et le symbole sont perçus différemment. La vraie cible, pense-t-on, porte un chiffre: 2028.

L’hypothèse tient la route. Car depuis l’affaire Maduro, une doctrine s’est imposée dans les couloirs du Département d’État. Sanctionner, oui. Mais surtout, anticiper. En janvier 2026, la Delta Force a cueilli Nicolás Maduro dans son palais de Caracas. Il était blacklisté depuis 2017. Sept ans après l’annonce des sanctions, Maduro a réussi à se faire réélire en 2024. Dès lors, pourquoi attendre six ans encore? Parce que 2030 approchait. Parce que Washington refusait un nouveau mandat de six ans. En somme, l’hélicoptère de nuit n’est que la dernière étape. La première, c’est l’OFAC. Or, pour Joseph Kabila, le compte à rebours a commencé. Constitutionnellement, rien ne l’empêche de revenir. Deux mandats achevés en 2019, une alternance consommée, la voie est libre. De ce fait, la perspective d’un Kabila candidat en 2028 glacerait Washington. Car un président sanctionné à la tête du pays du cobalt, du coltan et du lithium, c’est un cauchemar diplomatique. Impossible de l’inviter au G7, impossible de signer un accord minier, impossible de le laisser siéger à l’ONU sans braquer les projecteurs sur l’impuissance américaine.

Mais il y a plus grave encore aux yeux de la Maison-Blanche. Même sans se présenter, Kabila reste un faiseur de roi. Patron du PPRD, avec des tentacules dans la sous-région, il tient les cordons de la bourse et les réseaux de l’armée. En 2018, il a s’est fait allié de Tshisekedi. Par conséquent, en 2028, il peut défaire ou refaire le pouvoir. Si son poulain penche vers Pékin ou Moscou, Washington perd l’accès aux minerais critiques pour cinq ans voire dix ans. Et dans la guerre des batteries, cinq ans, dix ans, c’est une éternité. D’ailleurs, le timing fin avril-début mai ne doit rien au hasard. Quatre mois plus tôt, Maduro tombait. Le message est limpide: l’ère des ex-présidents intouchables est close. Washington ne laissera plus un sanctionné dérouler une campagne jusqu’aux urnes. Il le neutralise en amont. Ainsi, frapper Kabila trois ans avant la présidentielle, c’est lui couper l’herbe sous le pied financier et médiatique. Car l’OFAC ne se contente pas de geler des comptes. Elle délégitime. Dès qu’un nom apparaît sur la liste, il devient radioactif. Les banques RD-congolaises ferment les vannes par peur des sanctions secondaires. Les donateurs disparaissent. Les chaînes internationales collent l’étiquette «corrompu» à chaque apparition. En d’autres termes, on transforme un candidat potentiel en paria avant même le dépôt des candidatures. Demandez à Oleksandr Dubinsky. Sanctionné par les USA en janvier 2021, le député ukrainien a été exclu de son parti trois semaines plus tard. Fin de l’histoire.

Parallèlement, une autre angoisse taraude Washington: l’Est. L’OFAC accuse Kabila d’entretenir des liens avec des groupes armés. Le scénario redouté est cousu de fil blanc. Attiser l’insécurité en 2027, puis se présenter en 2028 comme le seul homme capable de ramener la paix. C’est la méthode Poutine en Tchétchénie, transposée au Kivu. Dès lors, la sanction du 30 avril est préventive. On assèche ses finances pour qu’il ne puisse plus payer de commandants, équiper des rebelles, ou monnayer des allégeances.

En toile de fond, enfin, il y a la Chine. Aujourd’hui, 70 % du cobalt RD-congolais file vers Pékin. Or, Trump 2.0 a fait du «découplage minier» une priorité. Son mandat s’achève en janvier 2029. Il veut des résultats avant. Et dans ce grand jeu, Kabila incarne le verrou. Les contrats Sicomines de 2008, c’est lui. Des inconditionnels hypocrites au sein de l’Union sacrée et des conseils d’administration des sociétés d’Etat? Possible! Des alliés dans la sous région? Sans nul doute. Par conséquent, le sanctionner revient à sanctionner le principal lobby chinois à Kinshasa. On élimine le VRP avant que le client ne signe.

Au final, le secret des sanctions américaines tiendrait en une phrase: elles ne corrigent pas le passé, elles verrouillent l’avenir. Saddam fut sanctionné en 1990 pour l’empêcher d’avoir la bombe. Maduro en 2017 pour lui barrer la route de 2024 mais pour y avoir échappé, il a été puni en 2026. Kabila en 2026 pour qu’il n’existe pas en 2028. Derrière chaque communiqué de l’OFAC, il y a donc un calendrier. Et pour Washington, la présidentielle RD-congolaise de 2028 pourrait avoir démarré le 30 avril 2026. À coups de gel d’avoirs.

AKM

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