
L’Inspection générale des mines -IGM- l’avait vendue comme la révolution sécuritaire du secteur. Une «Garde minière»paramilitaire. 20 000 agents. 100 millions de dollars. Le tout «gracieusement injecté par les partenariats stratégiques avec Washington et Doha».
L’annonce a tenu 24 heures. Ce mardi 28 avril 2026, l’ambassade des États-Unis à Kinshasa sort la hache: «Le gouvernement des États-Unis ne finance actuellement aucune unité de patrouille ou de garde des mines en RDC». La phrase est sèche. Le démenti est total. Le colosse aux pieds d’argile s’effondre avant d’avoir marché.
L’alerte avait sonné! Lundi 27 avril encore, des voix s’élevaient. L’ancien ministre des Mines Eugène Diomi Ndongala, dans une tribune au vitriol, dénonçait une dérive. Inconstitutionnelle. Illégale. Dangereuse. Il pointait trois fautes. Trois lignes rouges franchies.
Un coup de force contre la Constitution
L’article 188 ne négocie pas: les Forces armées sont républicaines, uniques, sous l’autorité exclusive du Chef de l’État. La loi organique de 2011 sur les FARDC verrouille le monopole de la force. Créer une milice de 20 000 hommes sous tutelle d’une administration civile? Sans vote du Parlement? Sans contrôle démocratique? C’est contourner l’ordre constitutionnel. C’est bâtir une armée parallèle.
L’article 190 interdit, lui, précisément ces structures qui fragmentent l’État. L’IGM l’a ignoré.
Un doublon inutile, une loi bafouée
Le Code minier de 2018 avait déjà tranché. Il existe une Police des mines et hydrocarbures. Elle relève de la Police Nationale Congolaise. Son rôle: sécuriser les sites.
Que fallait-il faire? Réponse de Diomi: «La renforcer. L’équiper. La professionnaliser». Qu’a choisi l’IGM ? Inventer une nouvelle milice. Déconnectée. Incontrôlable. Budgetée sur du vent. Résultat: chevauchement, gaspillage, et un risque majeur. Celui de briser le monopole de la force qui revient aux FARDC et à la PNC.
«Le mensonge» des 100 millions
«Partenariats stratégiques avec Washington». L’argument massue. L’argument qui rassure. L’argument qui fait passer la pilule. Sans attendre, Washington a répondu. C’est faux. «Les gouvernements des États-Unis et de la République Démocratique du Congo sont engagés à promouvoir une croissance économique partagée, la stabilité et la prospérité par le biais de l’Accord de partenariat stratégique États-Unis–RDC. Cet effort soutient une base pour un plus grand investissement américain en RDC, reconnaissant que la croissance économique durable constitue le fondement de la stabilité à long terme. Le gouvernement des États-Unis ne finance actuellement aucune unité de patrouille ou de garde des mines en RDC», a fait savoir l’ambassade US à Kinshasa.
Le rappel à l’ordre
Alors où est l’argent? Qui paie? Avec quel contrôle? Le flou budgétaire d’hier devient l’opacité totale d’aujourd’hui. Et la question qui tue: veut-on vraiment confier nos minerais stratégiques à une force armée financée dans l’ombre, hors de tout cadre légal?
Ce démenti américain n’est pas une note diplomatique. C’est une gifle institutionnelle. Il braque le projecteur sur l’improvisation du ministère des Mines et de l’IGM.
Au lieu de réformer dans le cadre légal, on a choisi la prothèse. Coûteuse. Risquée. Condamnée à craquer. Elle a craqué en 24 heures. Pas plus. Pas moins.
Mardi sur X, Diomi Ndongala est revenu à la charge et a enfoncé le clou: «L’IGM et le ministère des Mines doivent immédiatement réévaluer leur projet. Qu’ils reviennent dans le cadre légal existant: renforcement de la Police des mines, application stricte du Code minier, intégration réelle des forces armées et création d’un Fonds transparent pour les Ressources Naturelles. C’est la seule voie qui renforce l’État de droit au lieu de le fragiliser et qui n’embarrasse pas nos partenaires. La RDC n’a pas besoin d’une nouvelle milice. Elle a besoin d’un État qui respecte ses propres lois».
Le message est sans équivoque. L’humiliation est publique. La balle est dans le camp du gouvernement. Enterrer la «Garde minière» ou enterrer l’État de droit.


