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Fally Ipupa, à jamais le premier!

Légendaire. Historique. Icônique. Le week-end aura marqué l’histoire. Deux soirs de suite, une même ferveur! Il y a des concerts… et il y a des moments d’histoire, comme celui que s’est offert Fally Ipupa au Stade de France, les 2 et 3 mai. Un instant de gloire dont rêverait n’importe quel artiste. L’antre de Saint-Denis a alors vécu une grande première. Sous des lumières à perte de vue, l’enceinte de la banlieue parisienne a finalement vu un artiste basé en Afrique titiller les sommets européens, 28 ans après son inauguration en 1998.

Deux soirées, deux spectacles et surtout deux sold-out pour l’artiste RD-congolais. Ce doublé historique est, pour plusieurs mélomanes, un coup de maître et une signature indélébile dans la musique africaine moderne. Dans le sixième plus grand stade d’Europe, Fally a définitivement inscrit son nom dans le panthéon de la musique africaine. La question n’est plus de savoir s’il est une légende dans son pays, mais s’il peut s’asseoir à la table des grands du continent comme Youssou N’Dour, Salif Keïta, Luambo Makiadi, Angélique Kidjo, Tabu Ley ou encore Koffi Olomide, son maître!

Durant ces deux nuits, celui qu’on surnomme «The King» a proposé une parfaite symbiose entre la rumba et les sonorités modernes, mariant, pour l’occasion, la culture kino-congolaise et l’exigence des grandes scènes. Mais pour comprendre la portée de ce doublé, il faut remonter le fil. Revenir à la source. Parti de son Bandalungwa natal, Fally Ipupa, né le 14 décembre 1977, n’était pourtant pas promis à un avenir si brillant. Issu d’une famille modeste et sans grand parcours scolaire, le jeune Ipupa se voyait footballeur. Mais les rues vibrantes de Kinshasa l’ont vite fait déchanter. Il découvre très vite ses talents d’artiste, prestant dans plusieurs «petits» orchestres de son quartier, notamment «Talent Latent», où il obtient un brin de succès à faible échelle.

Quartier latin, le déclic!

L’histoire s’accélère lorsqu’il rejoint, en mai 1999, le mythique Quartier latin international de Koffi Olomide. Dans cette école de rigueur et de rythme, Fally apprend la discipline du détail, la science du public, l’art de tenir une scène. Mais déjà, dans l’ombre des projecteurs, il est une lumière que le Grand Mopao n’arrive pas à cacher longtemps. Lors de son test, il impressionne tellement par sa voix et ses pas de danse que son intégration est immédiate. Il se voit offrir une place dans le groupe qui preste en mai 2000 à Bercy. Un voyage en Europe, tout juste 12 mois après avoir été recruté. Immense! L’année suivante, il est propulsé chef d’orchestre à seulement 24 ans. Précoce!

Très vite, l’élève devient une signature. En 2006, il se lance dans une carrière solo, initialement avec la bénédiction de Koffi Olomide. Mais l’idylle ne va pas durer: l’élève et le maître sont en froid depuis quelques années. Affranchi, Fally Ipupa s’est aussi déchaîné, enchaînant les tubes à succès. Depuis, c’est huit albums et toujours autant de succès, au point de devenir le guide d’une génération qui a pris le pouvoir. Comme un symbole, il est celui qui a montré la voie à divers échelons.

Pour Fally, les années passent, les scènes grandissent et les «premières fois» s’accumulent. Premier RD-congolais à conquérir l’Accor Arena dans sa forme actuelle, premier à faire vibrer l’O2 Arena de Londres, premier à être certifié par le SNEP, premier à inscrire son nom dans les standards internationaux. À chaque étape, Fally suit un même schéma, tracé à l’encre du risque sur une feuille de courage.

Faire un Stade de France pour un artiste parti de Kinshasa est déjà un exploit. Deux fois, cela relève de l’imaginaire. C’est justement dans cette catégorie qu’a décidé d’évoluer depuis quelque temps Dicap La Merveille. Deux dates, deux marées, deux confirmations. Il aura tellement banalisé la performance ces 20 dernières années, au point d’en faire une récurrence. C’est peut-être aussi là son plus grand adversaire. À force de défier avec succès les sommets, l’artiste semble se retrouver dans une forme de routine et de laxisme. Au Stade de France, certains spectateurs se sont plaints du manque d’innovation. Mais justement, pourquoi changer quand cela marche encore?

Plus de 50 titres en deux jours!

Sur scène, l’artiste a déroulé bien plus qu’un répertoire. Il a déroulé ses deux décennies de carrière. Des classiques aux titres récents, des pas de danse millimétrés aux envolées vocales, chaque séquence racontait une progression. Au total, plus de 50 chansons, puisées dans le riche répertoire de l’artiste, dont certaines interprétées avec une dizaine d’invités, dont neuf le premier jour. Du grand Youssou N’Dour au duo Calema, en passant par Wizkid, Diamond, Tayc, Lynsha et M. Pokora, «l’Aigle royal» n’a pas fait dans la dentelle.

A côté de ces stars internationaux, Fally a également invité deux grands noms de la musique de son pays: Jossart Nyoka Longo et Pascal Lokua Kanza de qui il disait être le plus grand de tous les temps. En même temps, il a offert à la rumba son plus grand espace d’exposition depuis son inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO, voire avant.

Mais cette «rumba made by Fally» est différente. Elle s’est modernisée sans se perdre, permettant ainsi d’exporter l’identité culturelle de la RD-congolaise sans la diluer. Maître dans cet art, celui qu’on a surnommé «Anelka» par le passé semble surtout avoir trouvé l’équilibre rare entre l’universalité de sa musique et son attachement à la rumba.

Au Stade de France, les tribunes, noires de la Diaspora RD-congolaise et africaine plus largement, ainsi que des milliers d’Européens, reprenaient quasi à l’unisson ses titres devenus des tubes. Après avoir pris le «Droit chemin», Fally a offert un «Arsenal de belles mélodies» à ses «Warriors». En véritable charmeur, et plein de «Power» dans sa voix, il a fait du «Tokooos» pour prouver que tout était sous «Control», suivant sa «Formule 7», qui reste encore inconnue pour la concurrence, véritable «XX». Mais pour ses fans, ses «Warriors», la communion aura été totale. Car derrière l’artiste, c’est toute une musique, toute une culture, tout un continent qui a crié sa fierté dans les hauts lieux parisiens.

Ambassadeur de la culture, sans passeport!

Symbole de cette flamme portée à la culture RD-congolaise, Fally Ipupa a offert de la lumière aux plus jeunes. Petit Fally, Tidiane Mario, Junior Mpiana, René Soso ou encore Gaz Mawete: chacun a eu son temps d’exposition devant plus de 50 000 spectateurs. Catalyseur. Mais au centre de tout, il y a bien sûr l’homme: Fally Ipupa, «Aigle» pour ses fans. Sa constance. Son exigence. Sa capacité à transformer chaque étape en symbole. Bien plus que collectionner des salles, Fally Ipupa construit plutôt un récit, un récit fait de premières fois, encore et toujours. Premier à rêver grand. Premier à franchir les murs. Premier à transformer les doutes en routes. Premier à faire du «jamais vu» une habitude.

Aujourd’hui, Fally Ipupa est, à n’en point douter, le meilleur ambassadeur de la culture RD-congolaise, même s’il n’a toujours pas obtenu ce titre officiellement. De passage sur «RFI» en avril dernier, il l’a même rappelé avec humour: «Je ne suis pas un ambassadeur de la rumba, du moins pas officiellement: le pays ne me l’a pas octroyé», a-t-il déclaré. Il a cependant réaffirmé, dans la foulée, sa détermination à pousser «encore plus loin la musique RD-congolaise».

Ce week-end, au Stade de France, il n’a pas seulement rempli des gradins. Il a comblé un vide: celui de l’absence africaine à ce niveau de récurrence. Et en le comblant, il a ouvert une voie. Une voie où d’autres passeront, peut-être. Mais une voie dont il restera le premier pas. Le décor est planté et Fally s’est installé en pionnier, comme une évidence: à jamais le premier!

WIDAL

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