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Doudou Fwamba: 29 mois aux affaires, 16 chantiers pour sceller la crédibilité financière

Kinshasa sort du purgatoire financier. Vendredi 30 octobre 2026, depuis Paris où il séjourne pour une importante mission de service public, le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi a annoncé sur X la sortie de la République Démocratique du Congo de la liste grise du Groupe d’action financière -GAFI. Inscrit depuis octobre 2022 pour manquements dans la lutte contre le blanchiment des capitaux, le pays payait cette surveillance renforcée au prix fort: correspondants bancaires frileux, coûts de transaction majorés, crédibilité écornée. Ce jour-là, la parenthèse se referme. Et ce n’est pas une opération de com’. Le GAFI ne fait pas de cadeaux. Il ne blanchit pas, c’est le cas de le dire. Si Kinshasa sort, c’est que Kinshasa a bossé. Le ministre, lui, fête ce lundi 3 novembre ses 28 mois révolus aux Finances, le début de son 29e mois.

Nommé le 12 juin 2024 en plein dérapage -22% d’inflation, franc congolais en glissade-, ce n’est pas un universitaire parachuté, c’est un technocrate maison. Parcours classique du haut fonctionnaire congolais qui a gravi tous les échelons: BAC+5 en Sciences Économiques et de Gestion à l’UNIKIN, BAC+3 à l’École Nationale des Finances de Kinshasa, puis Diplôme supérieur en finances publiques de l’ENFiP de France, promotion Simone de Beauvoir 2015. Entré dans l’administration en 2010, il a tout connu: vérificateur, contrôleur, assistant technique du Directeur du Trésor, chef de bureau à l’Audit et au Contrôle de gestion, expert au COREF, le comité de pilotage de la réforme des finances. Passage par le Fonds forestier national et l’Office National du Tourisme. En 2021, il devient Directeur Général Adjoint de la DGRAD en charge des réformes, puis Directeur d’Administration publique fin 2023. En 2024, il publie même un ouvrage sur la réforme des finances publiques. Un insider qui connaît les tuyaux pour les avoir lui-même débouchés.

Une fois aux affaires, il se met au travail. Il sait où il veut aller, sous l’impulsion du Président de la République Félix Tshisekedi et la coordination de la Première ministre Judith Suminwa. Seize chantiers. Pas des colloques, des chantiers. Ouverts entre août 2024 et octobre 2026. Une boulimie réformatrice qui, rétrospectivement, dessine une méthode: reprendre le contrôle de l’argent, de son entrée à sa sortie.

La reconquête des recettes

Fwamba attaque par le bas de la pyramide, là où tout fuit. La facture normalisée. Ça semble technocratique, c’est révolutionnaire en République Démocratique du Congo. Une facture unique, infalsifiable, traçable par QR code. Fini le commerçant qui déclare 10% de son chiffre d’affaires et planque le reste. L’État veut et doit voir enfin ce que les commerçants vendent. Sauf que la mayonnaise n’a pas encore totalement pris. Le ministère des Finances, qui vient de faire ses premières évaluations, a identifié le point de blocage: les grandes surfaces. Certaines enseignes résistent encore à la réforme en fraudant. L’administration fiscale est montée au front et a sanctionné. Des établissements de Kinshasa, dont l’enseigne SK et ses pairs pris dans la triche, ont été scellés. Le message est clair: la réforme ira jusqu’au bout. Dans la foulée, la télédéclaration obligatoire de la TVA et de l’IPR. L’objectif est simple: couper le lien physique entre le contribuable et l’agent des impôts. Moins de bureaux, moins de bakchich. C’est la réforme que le GAFI adore.

Le big bang, c’est le 1er janvier 2026. Ce jour-là, le pays enterre son code fiscal colonial. Il invente enfin l’Impôt sur les Sociétés et l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques. Jusque-là, on taxait en miettes, par cédules, un système incompréhensible qui permettait à tous les gros poissons de passer entre les mailles. Désormais, on taxe le bénéfice réel. C’est une refonte copernicienne que le FMI exigeait depuis dix ans. Pour les miniers, le message est encore plus clair: en septembre 2024, Fwamba signe avec l’OCDE les conventions anti-BEPS. Fini l’optimisation fiscale qui consiste à loger ses bénéfices à Dubaï ou aux îles Caïmans quand on extrait le cobalt à Kolwezi. Et pour que la boucle soit bouclée, il s’attaque à la vache sacrée: les subventions pétrolières, ce tonneau des Danaïdes opaque qui engloutissait des centaines de millions au profit de quelques importateurs bien introduits. Résultat: les caisses se remplissent. 18 110 milliards de CDF mobilisés à fin août 2025, 98% des prévisions.

La sécurisation de la dépense publique

Deuxième axe: empêcher que l’argent ne s’évapore une fois rentré. Le chantier le plus politique. Là, il fallait déterrer une loi de 2011, la LOFIP, jamais appliquée. La déconcentration de l’ordonnancement. Jusqu’en février 2026, l’absurde était la norme: le ministre de la Santé ou de l’Éducation devait supplier le ministère des Finances pour payer une boîte de craies ou un lot de médicaments. Tout était centralisé, donc tout était bloqué, donc tout se négociait en coulisses. Fwamba fait sauter le verrou. Quatre ministères pilotes -Éducation, Santé, Développement Rural, Infrastructures- puis cinq autres dont la Défense, deviennent ordonnateurs. Ils peuvent dépenser eux-mêmes.

Pour éviter le Far West, il forme une garde rapprochée: 55 comptables publics, formés par l’École nationale des finances -ENF-, qui prêtent serment en janvier 2026. Et il ressuscite la Direction générale du trésor et de la comptabilité Publique -DGTCP. C’est technique, mais c’est la fin du paiement au faciès. Le Graal, c’est le Compte unique du trésor -CUT. Dans la vraie vie, chaque ministère, chaque régie, chaque entreprise publique avait ouvert ses petits comptes dans les banques commerciales. Des milliers de comptes, des milliards qui dormaient hors de tout contrôle de l’État, qui servaient à faire du business. Le CUT, c’est tout centraliser à la Banque Centrale. Un seul compte, un seul robinet. Pour le GAFI, c’est la preuve ultime de la traçabilité.

La consécration internationale

Reste le quatrième axe, celui qui fait rêver les marchés. Le 13 avril 2026, Kinshasa joue dans la cour des grands. Premier eurobond de son histoire. Nom de code: «Mbote». 1,25 milliard de dollars levés, sursouscrits. Pourquoi c’est historique? Parce que pour la première fois, les grands fonds achètent de la dette congolaise. Ils ne parient plus sur le cuivre, ils parient sur la signature de la République Démocratique du Congo. Et ils le font à un taux meilleur que celui de l’Angola. Le 20 août 2026, autre symbole: la loi créant la Bourse est promulguée. L’ex-Zaïre, deuxième producteur mondial de cuivre, premier de cobalt, n’avait pas de Bourse. La Kinshasa Stock Exchange -KSE- est attendue depuis 55 ans. On ajoute à cela le Fonds de Garantie des Dépôts et le Guichet Unique des Recettes des Conventions de Collaboration.

Les résultats de l’évaluation

Sur le fond, le GAFI reconnaît plusieurs progrès réalisés par la République Démocratique du Congo. Le pays a d’abord finalisé son évaluation nationale des risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Ce n’était pas une formalité, mais une cartographie complète de ses vulnérabilités. Sur cette base, il a adopté une stratégie nationale de lutte, une feuille de route qui a servi de boussole à toutes les réformes. La République Démocratique du Congo a également désigné des autorités de supervision pour l’ensemble des entreprises et professions non financières désignées -avocats, notaires, agents immobiliers, négociants de matières précieuses- jusque-là angle mort du dispositif. Elle a, dans la foulée, développé un plan de supervision fondé sur les risques, permettant de concentrer les moyens là où la menace est la plus forte.

Le GAFI relève aussi le renforcement de la Cellule nationale des renseignements financiers. La CENAREF a été dotée de ressources supplémentaires et a vu ses capacités d’analyse opérationnelle et stratégique significativement améliorées. Elle est devenue le centre névralgique du renseignement financier, capable de produire des analyses exploitables par la justice. Les capacités des autorités chargées des enquêtes et des poursuites en matière de blanchiment et de financement du terrorisme ont également été renforcées.

L’organisme souligne enfin que le pays a démontré une mise en œuvre effective des sanctions financières ciblées liées au financement du terrorisme et au financement de la prolifération. Sur ce terrain où beaucoup de capitales échouent encore, Kinshasa a prouvé qu’elle savait geler et tracer.

C’est tout ça que le GAFI a audité. Pour sortir, il fallait cocher 23 cases. L’équipe Fwamba en a coché 18 après 17 mois de travail assidu. Il fallait une CENAREF connectée au monde: adhésion au Groupe Egmont le 8 juillet 2026. Il fallait un programme FMI qui tienne: 3e revue validée, 348,5 millions décaissés. L’argentier national en poste a fait en 29 mois ce que les autres ont promis en 14 ans. Normal: il connaissait la maison de l’intérieur.

Tino Mabada

Doyen de la rédaction, Tino Mabada en est également le couteau suisse. Attaché à la rigueur journalistique, il suit avec une attention particulière les enjeux liés à la gouvernance, à la justice et à la vie publique. À travers ses reportages et ses analyses, il s'attache à fournir une information claire, contextualisée et fiable, contribuant ainsi à la mission d'AfricaNews : offrir une information crédible, vérifiée et sans filtre.

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