Les ambitions se dévoilent. Trois noms circulent déjà pour occuper le poste vacant de la présidence de l’Assemblée nationale, suite à la démission forcée de Vital Kamerhe, provoquée par une pétition initiée par le député national Crispin Bindule, qui a recueilli 262 signatures sur 500 au sein de la chambre basse du Parlement. Le premier vice-président et président intérimaire du bureau de l’Assemblée, Jean-Claude Isaac Tshilumbayi Musau, a exprimé publiquement sa volonté de briguer ce poste. Lors de l’émission “Face-à-Face” diffusée sur Top Congo FM le jeudi 9 septembre, il l’a déclaré sans équivoque. L’actuel deuxième vice-président du bureau et ancien président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso N’kodia Pwanga, se positionne également dans cette course, rappelant qu’il a terminé deuxième après Kamerhe lors de l’élection du précédent bureau.
Un autre nom mentionné est Aimé Boji Sangara, ancien ministre d’État au Budget et proche de Vital Kamerhe, qui pourrait être un candidat sérieux si l’idée de confier la présidence de l’Assemblée nationale au Sud-Kivu gagne du terrain. Récemment, Boji a rencontré un groupe de jeunes parlementaires pour discuter des dossiers liés à l’industrie, mais certains y ont décelé des tentatives d’accroître sa propre visibilité et d’établir des connexions. Qui des trois sera le prochain successeur de Kamerhe? La question nécessite une réflexion approfondie et fait partie intégrante de la stratégie politique en vue des élections générales de 2028.
Ces trois candidats affichent leurs ambitions et, tout en étant déterminés, entretiennent des liens politiques. Le premier appartient à l’UDPS/Tshisekedi, parti au pouvoir, le second dirige le CDR et a occupé ce poste à des moments cruciaux de l’histoire politique du pays, tandis que le troisième est un ancien membre de l’UNC, réputé proche de Vital Kamerhe, et provient de la même province que celui-ci. Le président intérimaire de l’Assemblée nationale, Jean-Claude Isaac Tshilumbayi, désormais à l’aise avec l’idée du pouvoir, ne cache plus son désir de succéder à Vital Kamerhe. Il a exposé ses ambitions de manière claire lors de l’émission “Face à Face” sur Top Congo FM, le 9 septembre.
«Je suis convaincu que, logiquement, selon le fonctionnement de l’Union sacrée, ce serait approprié que je sois le président, car je fais partie de ce bureau et je représente la majorité selon les principes de notre alliance», a-t-il déclaré à Christian Lusakweno de Top Congo.
Il a également ajouté: «L’UDPS a initialement opté pour la vice-présidence de l’Assemblée, mais nous avons la possibilité de décider d’occuper la présidence, car la logique de l’Union sacrée stipule que le parti ayant le plus de députés doit en prendre la tête. Par conséquent, si nous avions décidé de ne pas occuper la présidence, rien ne nous empêche maintenant de le faire».
Ses propos sont clairs et réfléchis. Le parti présidentiel semble désireux d’affirmer son pouvoir à tous les niveaux, notamment au sein des institutions. «Nous sommes une formation structurée. Nous avons nos modalités de fonctionnement. Et si nous décidons que ce n’est plus la vice-présidence, cela ne dérangera personne. (…) Nous constituons la coalition majeure de l’Union sacrée, et donc, il n’y aura pas de raison d’inquiétude ou de mécontentement de la part de quiconque». Pour lui, sa position au sein de la majorité parlementaire justifie sa candidature. «Le bureau actuel n’est pas en situation d’intérim. Ni la Constitution ni le règlement intérieur n’interdisent à ce bureau de fonctionner pleinement», a-t-il affirmé, précisant également qu’«aucun délai n’est imposé pour l’élection d’un nouveau bureau. Cette organisation dépend d’un calendrier flexible, pouvant être adapté selon les besoins et les ressources disponibles». Sa ligne est claire.
Le député Jean-Claude Isaac Tshilumbayi a été élu Premier Vice-président de l’Assemblée nationale le 22 mai 2024. Sur 405 suffrages valablement exprimés, 368 ont voté pour lui, tandis que 37 bulletins étaient nuls. Il était le candidat soutenu par l’UDPS-Tshisekedi et approuvé par l’Union sacrée de la nation après le retrait du député Augustin Kabuya, secrétaire général de son Parti. À ce poste, il a succédé à André Mbata Betukumesu Mango de l’UDPS lors de la législature précédente. Le Professeur Tshilumbayi, auparavant président de la Commission électorale permanente -CEP- de l’UDPS-Tshisekedi, avait remplacé Jacquemain Shabani Lukoo, nommé au collège des conseillers du Chef de l’État.
L’équilibre linguistique est-il en péril?
Certaines voix s’élèvent pour évoquer les origines de ce juriste réputé et haut responsable de l’UDPS, qui, comme le président de la République, provient du Kasaï. Cela pourrait mettre en péril ses ambitions et perturber l’équilibre géopolitique au sein des institutions. Tandis que lui est du Kasaï Central, le Chef de l’État est originaire du Kasaï Oriental. «Il est impensable d’écarter une personne de la compétition en raison de ses origines linguistiques; cela va à l’encontre de notre Constitution qui proscrit toute forme de discrimination fondée sur le sexe, la langue, la religion ou le statut social», a déclaré un cadre de l’UDPS/Tshisekedi à AfricaNews, sous couvert d’anonymat.
Il a rappelé que dans le passé, de 2006 à la fin de la transition 1+4, Joseph Kabila avait été élu président de la République, tandis que Vital Kamerhe, Secrétaire général du PPRD, avait été nommé président de l’Assemblée sans aucune opposition, malgré leur appartenance au même espace linguistique. Cependant, Kabila est originaire du Katanga, alors que Kamerhe provient du Kivu. Face à Tshilumbayi, l’influence de Mboso et de Boji se propage. L’actuel deuxième vice-président du bureau et ancien président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso N’kodia Pwanga, s’est également manifesté et a déjà commencé à faire bouger le comité des sages de l’Assemblée nationale, signalant qu’il avait terminé deuxième après Kamerhe lors du vote pour élire le précédent bureau. À l’époque, Mboso avait demandé à certains députés venant de l’est de quitter les groupes armés responsables des troubles dans le pays.
Né le 7 août 1942 à Kasongo Lunda, dans l’actuelle province du Kwango, Christophe Mboso possède un parcours politique impressionnant. Outre les ministères qu’il a occupés sous la deuxième République, il a été président du bureau provisoire de l’Assemblée nationale, président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo de 2021 à 2023, et est actuellement le deuxième vice-président de l’Assemblée Nationale, membre de l’Union sacrée de la nation.
Enfin, Aimé Boji Sangara Bamanyirue, né le 8 janvier 1968 à Kabare au Sud-Kivu, a été ministre d’État, ministre du Budget de 2021 à 2025 et ministre de l’Industrie depuis août 2025, étant également proche de Vital Kamerhe. Certains le désignent comme un candidat potentiel pour la présidence de l’Assemblée nationale, mais uniquement si l’idée de laisser ce poste au Sud-Kivu prend corps. Récemment, il a rencontré des jeunes parlementaires pour discuter des enjeux liés à l’industrie, mais beaucoup y voient des manœuvres pour asseoir sa candidature et tisser des réseaux.
