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RDC: la Société civile alerte Tshisekedi sur les «dangers» qui pèsent sur les acteurs anti-corruption

L’alerte est solennelle. Dix organisations de la société civile ont adressé mardi un mémorandum au président Félix Tshisekedi pour dénoncer les pressions qui visent ceux qui luttent contre la corruption en République Démocratique du Congo. Au centre de leur préoccupation: le cas de Jules Alingete, l’ancien patron de l’Inspection générale des finances. Déposé le 14 juillet 2026 à l’initiative du Panel des Experts de la Société Civile, le document dresse d’emblée un constat sévère. «Ceux qui accompagnent et ceux qui ont marqué le pays dans cette voie se retrouvent aujourd’hui exposés et sans défense», écrivent les signataires, représentants d’ONG de droits de l’homme et de bonne gouvernance.

Selon eux, «l’absence de mécanismes de protection juridique et physique tangibles» laisse les lanceurs d’alerte, inspecteurs et magistrats «à la merci des réseaux de prédation». D’où, ajoutent-ils, un «climat de terreur» et «une vulnérabilité alarmante».Pour illustrer leurs craintes, les organisations citent précisément le dossier de l’ex-chef de service de l’IGF. Elles reviennent ainsi sur la séquence confuse de fin juin, marquée par deux communiqués contradictoires de la justice annonçant puis levant une interdiction de sortie du territoire visant Jules Alingete et quatre dirigeants de la Rawbank.

À leurs yeux, ce traitement constitue «un signal décourageant pour tous les fonctionnaires et agents de l’État qui se sacrifient pour barrer la route à la prédation financière». Pire encore, estiment-elles, ces mesures, finalement levées faute de preuve, donnent «l’impression d’un abandon des acteurs intègres au profit de ceux qui auraient été inquiétés pour des détournements de deniers publics».

Au-delà de ce cas emblématique, la copie élargit la focale et met en garde contre les retombées internationales. Alors même que Kinshasa déploie des efforts pour sortir de la «liste grise» du Groupe d’action financière -GAFI-, «la persécution des figures de proue de la lutte anti-corruption envoie un message contradictoire». En conséquence, soulignent les signataires, elle «fragilise la crédibilité de nos institutions financières et judiciaires aux yeux des partenaires techniques et financiers». Elles rappellent à ce titre les remous déjà provoqués auprès de certaines banques du pays.

Face à ce tableau, la société civile formule des attentes claires à l’endroit du chef de l’État. En tant que «garant du bon fonctionnement des institutions», il lui est demandé d’instaurer une protection institutionnelle renforcée, avec des mesures concrètes pour «toute personne engagée dans ou ayant marqué la lutte contre la prédation financière», à commencer par «M. Jules Alingete ainsi que d’autres lanceurs d’alerte, Inspecteurs, magistrats».

Par ailleurs, en sa qualité de «Magistrat suprême», le président est appelé à veiller à l’indépendance et à la transparence de la justice, afin que les procédures visant les acteurs anti-corruption ne soient pas «instrumentalisées comme des règlements de comptes». «Convaincus de Votre engagement sans faille», concluent les organisations, elles espèrent que l’attention accordée à ce courrier sera «un signal fort». L’objectif: éviter «tout découragement généralisé» au sein de l’administration comme dans l’opinion publique. Dans un pays où la corruption reste le principal défi de gouvernance, cette interpellation place désormais le pouvoir devant ses responsabilités: protéger ceux qui osent contrôler.

Tino Mabada

Doyen de la rédaction, Tino Mabada en est également le couteau suisse. Attaché à la rigueur journalistique, il suit avec une attention particulière les enjeux liés à la gouvernance, à la justice et à la vie publique. À travers ses reportages et ses analyses, il s'attache à fournir une information claire, contextualisée et fiable, contribuant ainsi à la mission d'AfricaNews : offrir une information crédible, vérifiée et sans filtre.

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