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Routes de desserte agricole: Firmin Kiala exige la science avant le béton

 À force de vouloir aller vite, la République Démocratique du Congo refait les mêmes routes tous les deux ans. Firmin Kiala Ki-N’soki veut casser le cycle. Consultant international et point focal de l’étude nationale sur la qualité et la durabilité des routes de desserte agricole réhabilitées, l’expert a livré son diagnostic sans détour, les 6 et 7 mai 2026, au Cercle Elais de Kinshasa. Le cadre: l’atelier de synthèse du rapport provisoire de cette enquête d’envergure. Le message: stop à l’approximation, place à la science.

«Il faut y aller progressivement»

En marge des travaux, Firmin Kiala a planté le décor. Oui, des milliers de kilomètres ont été réhabilités à travers le pays. Oui, des efforts ont été faits. Mais le bilan, lui, reste fragile.  Car le problème n’est pas de gratter la latérite. Le problème, c’est ce qu’on met en dessous. Et surtout, ce qu’on ne sait pas encore.  D’où son alerte: «Il faut y aller progressivement».

Traduction: la République Démocratique du Congo n’a pas le luxe d’importer des recettes de stabilisation sans les passer au filtre de son sol. Basalte du Kivu, sable du Kasaï, argile de l’Équateur: chaque zone géotechnique a ses lois. Les ignorer, c’est condamner la route à mourir jeune.

Une année sur le terrain, 26 provinces sous la loupe

Pour étayer son propos, l’expert ne parle pas dans le vide. L’étude qu’il pilote a mobilisé des équipes de terrain pendant près d’une année. Objectif: radiographier les routes réhabilitées, traquer les failles, capitaliser les réussites. Le périmètre est inédit.

L’échantillon couvre les 26 provinces, réparties en sept zones géotechniques distinctes. Autrement dit, la RD-Congo des routes a été auscultée, province par province, mètre par mètre. Le constat est clair: sans données, pas de durabilité. Sans diagnostic local, pas de chaussée qui tient. 

Sortir des chemins battus, viser dix ans sans nids-de-poule

Pour Firmin Kiala, l’heure n’est plus au rafistolage. Il faut une rupture. Une approche «globale et holistique», dit-il, qui aligne trois impératifs.  D’abord, des chaussées capables d’évacuer les produits agricoles en toutes saisons vers les centres de consommation. Ensuite, des choix techniques calibrés sur le trafic réel attendu, pas sur des hypothèses de bureau. Enfin, un arsenal de protection: barrières de pluies, lutte antiérosive, drainage maîtrisé.  Car le scandale, pour cet expert chevronné, c’est le désinvestissement déguisé. Revenir sur le même axe deux ans après les travaux, c’est jeter l’argent du contribuable dans les ravins. 

Avec une plateforme bien traitée et un drainage efficace, il l’assure: une route de desserte peut tenir au moins dix ans avant de montrer les premiers signes de fatigue. Dix ans, pas dix-huit mois. 

Le pari du GeNis: entretenir par niveaux de services

Au-delà de la construction, Kiala pousse une autre révolution: l’entretien. Et pas n’importe lequel. Il suggère de promouvoir, tant que faire se peut, le système GeNis. L’idée? Contractualiser l’entretien par niveaux de services. On ne paie plus des kilomètres de terrassement. On paie une route praticable, toute l’année, selon des standards mesurables.  Une manière de responsabiliser. Une manière, surtout, d’en finir avec les chantiers éternels.

La sagesse au service du béton

Derrière la rigueur, il y a l’homme. Firmin Kiala Ki-N’soki, expert international, revendique une ligne: «la sagesse et l’expérience au service de la Nation». Sa méthode tient en une phrase: pas de stabilisation sans étude préalable. Pas de généralisation sans recul scientifique. Pas de durabilité sans compétence locale renforcée.  En clair, la route vers l’autosuffisance alimentaire passe d’abord par des routes qui tiennent. Et pour qu’elles tiennent, il faut cesser de confondre vitesse et précipitation. La balle est désormais dans le camp des décideurs.

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