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PHC, la cinglante riposte des travailleurs face aux « détracteurs »

L’intersyndicale de la société Plantations et Huileries du Congo -PHC SA- a pris publiquement position pour défendre leur entreprise, victime d’une «campagne de désinformation». Samedi 25 avril à Kinshasa, toutes les organisations syndicales représentant les 11 000 employés de PHC ont pris la parole, au cours d’un point de presse, pour dénoncer ces «attaques répétées, mensongères et profondément malveillantes».

La pomme de discorde est le processus ayant conduit au retrait volontaire de l’État RD-congolais de l’actionnariat, faisant de PHC une entreprise entièrement privée. Depuis le 7 avril, Kalaa Mpinga, un ancien administrateur de PHC, a saisi l’Assemblée nationale pour contester la régularité de ce désengagement. Des accusations qui ne passent pas auprès des agents qui voient une démarche visant à salir l’entreprise.

«Pendant que des efforts sont déployés dans tous les sens pour redresser la société PHC afin de créer plus de richesses au bénéfice de tous, il s’illustre actuellement par des prises de position controversées alors qu’il a déjà perdu toute confiance auprès des actionnaires majoritaires après avoir tenté d’introduire, dans un procès-verbal, des éléments qui n’avaient jamais été discutés», dénonce un agent. Même son de cloche du côté du ministre Busa, également cité comme auteur du forfait. «La procédure a été respectée, tout est clean», affirme un de ses proches.

En réalité, le processus de désengagement de l’État au sein de PHC a pris corps depuis 2021. Au gouvernement, l’on rappelle d’ailleurs que c’est au Conseil d’administration et à l’Assemblée générale que reviennent le pouvoir de céder les parts, et non à un ministre.

«La sortie de l’État RD-congolais du capital est le résultat d’un choix souverain et volontaire», rappellent pour leur part le collectif d’agents, convaincus que les accusations portées par Kalaa Mpinga «ne tiennent pas compte de la réalité du processus engagé plusieurs mois auparavant».

Selon des documents internes, l’entreprise faisait face à une situation financière critique, avec une dette estimée à plus de 80 millions de dollars, créant «un déséquilibre financier structurel nécessitant une intervention des actionnaires». Une réalité qui a motivé une recapitalisation, en 2025, dans le but d’éviter la stagnation des activités. Cette démarche a également permis d’activer d’autres leviers et d’initier des projets structurants et porteurs pour le secteur agro-industriel.

Risque de fragilisation de l’entreprise

Sollicité, l’État RD-congolais, actionnaire minoritaire détenant 23,83 % du capital, s’est montré disposé dans un premier temps à accompagner l’opération, sous certaines conditions. Mais sa position a rapidement évolué. Dans une correspondance officielle, l’État a reconnu la nécessité de la recapitalisation tout en déclarant explicitement «ne pas être en mesure de rembourser la dette» et «ne disposer d’aucun crédit disponible pour appuyer PHC SA».

«C’est ce qui a justifié la décision de désengagement volontaire», explique un avocat à Africanews au parfum du dossier. C’est finalement le 27 juin 2025 que le Conseil d’administration de PHC a pris acte «de l’incapacité de l’État à participer», avant de valider «à l’unanimité» le principe de sa sortie. Le même jour, une Assemblée générale extraordinaire est convoquée. L’État y est représenté. Réaffirmant «son incapacité à suivre l’augmentation de capital», il a alors accepté «le principe de sortie» adopté par les actionnaires. Pour concrétiser le retrait, le cabinet DACO a mené un audit deux mois plus tard pour évaluer la participation de l’État.

Au-delà des aspects juridiques, les travailleurs mettent en avant les enjeux sociaux. L’intersyndicale alerte sur les conséquences potentielles d’une fragilisation de l’entreprise, évoquant un risque pour plus de 11 000 emplois directs et pour des milliers de familles dépendantes de ses activités. «PHC n’est pas une entreprise ordinaire. C’est un pilier socio-économique régional», ont-ils rappelé.

Présente dans le pays depuis plus de cent ans, PHC s’est en effet forgé une réputation de premier employeur privé en RD-Congo. «Nous sommes les seuls à avoir employé le prophète Simon Kimbangu. Il était pointeur à PHC», lance, souriant, un agent. Pour ce dernier, «s’attaquer à PHC, c’est menacer la stabilité sociale, économique et sécuritaire de plusieurs provinces».

Malgré les contestations portées par Kalaa Mpinga, la chronologie des faits, les documents internes ainsi que les positions de l’entreprise et de ses travailleurs renseignent que le retrait de l’État RD-congolais du capital de PHC s’inscrit dans un processus structuré, motivé par des contraintes financières établies et validé par les organes compétents. Une séquence que ses défenseurs présentent comme juridiquement encadrée, et qui continue néanmoins d’alimenter un débat désormais autant politique que juridique.

WIDAL

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