
Trois mois après son installation à la tête de la Fédération congolaise de football association -FECOFA-, le comité dirigé par Véron Mosengo est déjà confronté aux premières turbulences de son mandat. Ancien président de la Ligue nationale de football des jeunes -LINAFJ-, Zéphyr Kaninda Mukanya a ausculté les cent premiers jours de l’équipe Mosengo. Pour dresser ce bilan d’étape, l’ancien journaliste sportif a posé des repères, rappelant que le nouveau comité exécutif de la FECOFA était attendu sur sa capacité à «restaurer la stabilité», à «réorganiser la maison» et à donner «une nouvelle impulsion au football RD-congolais».
Tranchant, Kaninda estime que Véron Mosengo et ses colistiers n’ont pas totalement convaincu. Zéphyr Kaninda relève en effet un démarrage en demi-teinte, marqué par des contestations de l’élection devant le Tribunal arbitral du sport -TAS-, le bras de fer avec la Linafoot, des choix administratifs qui suscitent des interrogations ou encore la crise au Daring Club Motema Pembe.
Comme si cela ne suffisait pas, l’organisation du championnat national U17 a été émaillée de plusieurs embûches alors que le championnat féminin n’a pas eu lieu. Autre point noir: la controverse autour de la répartition de la cagnotte de la FIFA après la participation des Léopards à la Coupe du monde 2026. «Entre volonté de reprendre la main, décisions contestées, conflits institutionnels et difficultés opérationnelles», écrit l’auteur, le nouveau comité «a déjà été confronté à plusieurs dossiers qui pourraient peser sur la suite de son mandat».
Pour autant, Kaninda se garde de tirer un verdict définitif. «Le bilan du comité Véron Mosengo ne peut être résumé ni à un succès ni à un échec», souligne-t-il, rappelant qu’il serait «prématuré de tirer une conclusion définitive sur un mandat qui doit encore durer plusieurs années». Dans cette logique, «les prochains mois devront démontrer» si le comité est capable de «transformer les décisions en réformes durables, les annonces en résultats et les ambitions en une véritable amélioration du football congolais». De l’avis de l’ancien dirigeant, «l’heure de vérité» est désormais arrivée pour le comité Mosengo, après un échauffement pas rassurant mais pas alarmant non plus.
WIDAL
FECOFA: les 100 jours du comité Véron Mosengo, entre promesses, contestations et premières turbulences
Cent jours. En politique comme dans la gestion des institutions, cette période constitue traditionnellement le premier rendez-vous avec l’opinion. Elle permet de regarder dans le rétroviseur, d’évaluer les premières décisions, de mesurer les engagements pris et surtout de dégager les premières tendances pour la suite du mandat. À la Fédération congolaise de football association -FECOFA-, les 100 jours du comité dirigé par Véron Mosengo, installé le 20 mai 2026, interviennent dans un contexte particulièrement chargé. Après plusieurs années de turbulences institutionnelles, le nouveau comité était attendu sur sa capacité à restaurer la stabilité, à réorganiser la maison et à donner une nouvelle impulsion au football congolais. Cent jours plus tard, le bilan reste contrasté. Entre volonté de reprendre la main, décisions contestées, conflits institutionnels et difficultés opérationnelles, le nouveau comité a déjà été confronté à plusieurs dossiers qui pourraient peser sur la suite de son mandat.
Une élection toujours sous contestation
À peine installé, le nouveau comité exécutif a dû affronter une première difficulté majeure: la contestation de son élection et celle des textes ayant servi de base à l’éligibilité des différents candidats. Cette contestation ne s’est pas limitée aux déclarations publiques ou aux articles de presse. Elle a franchi les portes du Tribunal arbitral du sport -TAS-, saisi par deux porteurs de listes, Patrice Rainier Mangenda et Jean-Claude Mukanya. Le contentieux électoral demeure ainsi l’une des premières ombres qui accompagnent les débuts du comité Véron Mosengo. Une situation qui rappelle que, malgré l’élection d’un nouveau comité, toutes les blessures de la période précédente ne sont pas encore refermées.
Une direction technique nationale sous tension
Quelques jours seulement après son installation, le comité exécutif a lancé un appel à candidature pour le poste de directeur technique national. Sur le principe, cette initiative pouvait être interprétée comme la volonté de réorganiser la direction technique nationale et de donner un nouvel élan au secteur technique. Mais les conditions de cet appel ont suscité des interrogations. Certaines prérogatives attribuées au futur directeur technique national ont été considérées par certains observateurs comme allant au-delà de ce que prévoient les textes. Plus surprenant encore, le processus a été engagé sans qu’une véritable évaluation publique du travail du directeur technique national alors en fonction ne soit connue. La question n’était donc pas seulement de savoir qui allait occuper le poste, mais également de comprendre les raisons précises ayant conduit à remettre en cause l’organisation existante.
Ligue 1 et Ligue 2: le premier bras de fer institutionnel
Le démarrage des championnats nationaux de Ligue 1 et de Ligue 2 pour la saison 2026-2027 a également été marqué par l’intervention du comité exécutif de la FECOFA. L’arrêt du processus de lancement des compétitions a alimenté les interrogations, avant qu’un autre dossier ne vienne accentuer la tension: le retrait de certaines prérogatives à la Ligue nationale de football -Linafoot. La FECOFA s’est appuyée, dans cette démarche, sur une lecture des textes qui continue de faire débat. Pour les observateurs du football congolais, une question fondamentale se pose désormais: jusqu’où peut aller la Fédération dans l’exercice de ses prérogatives à l’égard d’une ligue nationale? Ce dossier révèle surtout la nécessité de clarifier durablement les rapports entre la FECOFA et la Linafoot. Une fédération forte ne signifie pas nécessairement une fédération qui concentre toutes les responsabilités. Elle doit aussi être capable de définir clairement les compétences de chacune de ses structures.
Une secrétaire générale qui suscite des interrogations
Parmi les décisions les plus marquantes des premiers jours du nouveau comité figure la nomination de Laetitia Muderwa au poste de secrétaire générale. Le choix a suscité des réactions dans l’opinion sportive. Le départ de Liliane Tshimpumpu, dont les conditions ont été diversement appréciées, a notamment alimenté les commentaires. Mais au-delà de la personne, c’est surtout le profil de la nouvelle secrétaire générale qui a suscité des interrogations. Certains observateurs se demandent si son expérience, sa connaissance des textes et sa maîtrise des mécanismes du football congolais correspondent aux exigences d’un poste aussi stratégique.Cette interrogation ne pourra toutefois être définitivement tranchée qu’à l’épreuve des résultats et de la gestion quotidienne de l’institution. La nouvelle secrétaire générale dispose désormais d’une responsabilité considérable: contribuer à transformer une administration longtemps fragilisée en une véritable machine administrative au service du football congolais.
Motema Pembe, une crise qui dépasse le terrain
Les 100 premiers jours du comité Véron Mosengo ont également été marqués par son implication dans la crise qui secoue le Daring Club Motema Pembe. Un dossier sensible qui illustre, une fois de plus, les difficultés de gouvernance du football congolais. Dans un environnement où les décisions fédérales peuvent avoir des conséquences directes sur la vie des clubs, chaque intervention de la FECOFA est naturellement scrutée avec attention. À cela s’ajoute le feuilleton autour de la montée et de la descente, ainsi que les différentes versions des listes des clubs appelés à participer aux compétitions nationales.
Ces changements successifs n’ont pas contribué à donner une image de stabilité au démarrage de la nouvelle saison.
Vidié Tshimanga, la voix discordante
Le président des Aigles du Congo, Vidié Tshimanga, dit VTT, s’est lui aussi invité dans le débat. À travers plusieurs prises de position publiques, le dirigeant a vivement critiqué certaines orientations du nouveau comité exécutif. Ses déclarations ont contribué à rendre visibles des tensions qui existaient déjà dans les couloirs du football congolais.
Dans une institution qui sortait de plusieurs années de turbulences, cette confrontation publique constitue un signal que le comité Véron Mosengo devra prendre au sérieux. La gouvernance d’une fédération ne se mesure pas uniquement à sa capacité à prendre des décisions. Elle se mesure également à sa capacité à construire un consensus autour de ces décisions.
Le championnat U17, symbole des difficultés opérationnelles
S’il fallait retenir un dossier particulièrement révélateur des difficultés rencontrées durant ces premiers mois, le championnat national des moins de 17 ans occuperait certainement une place importante. Lancé avec une importante communication au stade Tata Raphaël, le championnat devait constituer l’un des symboles du renouveau du football des jeunes. Mais derrière le lancement officiel, la réalité du terrain s’est révélée beaucoup plus difficile. Des arbitres ont dénoncé des problèmes de paiement. Certains auraient également été laissés sans encadrement adéquat sur les lieux des compétitions. Plus préoccupant encore, la compétition n’est pas allée jusqu’à son terme, faute de financement. Cette situation pose une question essentielle: peut-on véritablement parler de développement du football des jeunes lorsqu’une compétition nationale n’est pas en mesure d’être organisée jusqu’à son terme?
Le développement ne peut pas se limiter aux cérémonies de lancement, aux annonces ou aux discours. Il suppose des compétitions régulières, des moyens financiers sécurisés et un véritable mécanisme de suivi.
Une administration fédérale sous pression
Autre dossier qui mérite une attention particulière: le climat au sein de l’administration de la FECOFA. Les agents de la Fédération ont été reçus par le nouveau comité exécutif. Cette rencontre aurait également été marquée par des mises en garde concernant la fuite d’informations ainsi que par des préoccupations liées au climat interne de travail. À cela s’ajoute une situation sociale préoccupante: des agents de la Fédération seraient confrontés à deux mois d’arriérés de salaires. Si cette situation se confirmait, elle constituerait un sérieux signal d’alerte. Car une fédération ne peut prétendre se transformer durablement sans une administration stable, motivée et correctement prise en charge. La réforme d’une institution commence aussi par ses ressources humaines.
Le football féminin absent du rendez-vous
Autre interrogation majeure de ces 100 premiers jours: le football féminin. À cette période de l’année, le championnat national féminin est généralement au cœur de l’agenda fédéral. Or, un silence préoccupant accompagne l’absence de cette compétition cette saison, alors même qu’elle constitue une étape importante pour la participation des clubs congolais aux compétitions interclubs féminines de la zone UNIFFAC. Cette absence est difficile à dissocier de la question plus générale du développement du football féminin en RDC.
À l’heure où le football féminin africain connaît une progression importante, l’organisation régulière des compétitions nationales doit constituer une priorité. Le développement du football féminin ne peut être réduit à la participation occasionnelle des Léopards à une compétition internationale. Il doit commencer par la base: des championnats réguliers, des clubs structurés et un calendrier maîtrisé.
Controverse autour de la cagnotte de la FIFA
Autre temps fort de ces 100 premiers jours: la répartition de la cagnotte remportée par les Léopards de la République démocratique du Congo à la Coupe du monde 2026.Le comité Véron Mosengo a publié la répartition d’une enveloppe de 17 millions de dollars américains, en attribuant près des trois quarts de cette somme à la réhabilitation du Centre technique Kurara Mpova.
Cette répartition a été diversement critiquée dans l’opinion sportive. Une partie importante de celle-ci estime qu’une décision aussi importante aurait dû faire l’objet d’un débat au sein de l’assemblée générale de la FECOFA, notamment au regard de l’importance de cette enveloppe et de ses implications pour l’ensemble du football congolais. Au-delà du montant et de sa répartition, cette controverse pose une question de gouvernance: qui doit décider de l’utilisation des ressources exceptionnelles dont bénéficie la Fédération?
Le débat autour de la cagnotte FIFA dépasse donc la simple question financière. Il renvoie directement à la transparence, à la participation des organes fédéraux et à la manière dont le nouveau comité entend exercer son pouvoir.
Cent jours: quel premier bilan?
Au terme de ces 100 premiers jours, le bilan du comité Véron Mosengo ne peut être résumé ni à un succès ni à un échec. Il serait prématuré de tirer une conclusion définitive sur un mandat qui doit encore durer plusieurs années. Mais cette première période permet déjà de dégager plusieurs tendances. Le comité a clairement affiché sa volonté de reprendre la main sur plusieurs dossiers et de réorganiser le fonctionnement de la Fédération. Mais cette volonté s’est accompagnée de nombreuses controverses: contentieux électoral devant le TAS, tensions avec la Linafoot, choix administratifs contestés, crise autour de certains clubs, difficultés dans l’organisation des compétitions de jeunes, interrogations autour du football féminin, malaise au sein de l’administration et controverse autour de la répartition des ressources de la FIFA.
Le véritable défi commence donc maintenant.
Les 100 premiers jours ont permis au comité Véron Mosengo de prendre ses marques. Les prochains mois devront démontrer s’il est capable de transformer les décisions en réformes durables, les annonces en résultats et les ambitions en une véritable amélioration du football congolais.
Car après les 100 jours vient l’heure de vérité.
Une Fédération ne se juge pas uniquement à la manière dont elle commence son mandat, mais à la capacité de ses dirigeants à construire, dans la durée, une institution stable, crédible et véritablement au service du football congolais.
Zéphyr KANINDA MUKANYA


