
Le diamant a longtemps quitté Mbuji-Mayi par tonnes, sans jamais revenir en routes. Jeudi, sur le rond-point Tshiombela reconquis, John Banza Lunda a mis fin à cette malédiction. Le ministre des Infrastructures a exhibé le «nouveau filon de Bakwanga»: 88 km d’asphalte posés dans la capitale du Kasaï-Oriental depuis l’avènement de Félix Tshisekedi. Pour la première fois, la richesse reste. Depuis l’État indépendant du Congo de Léopold II, en passant par le Congo belge, les régimes Mobutu, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila, jusqu’à l’arrivée de Félix Tshisekedi en 2019, la ville a produit des carats par millions sans voir sa voirie sortir de la latérite. L’avenue de l’Indépendance elle-même n’était qu’un nom. L’histoire change désormais.
Guidé sur les chantiers par le gouverneur du Kasaï Oriental, le ministre John Banza Lunda a salué «la fin du drame, de la terreur et de la précarité» sur l’ancien site d’érosion Mbala wa Tshitolo. Là où la terre s’ouvrait pour avaler maisons et vies, le bitume file droit, bordé de lampadaires. Les mototaxis passent sans soulever de nuages rouges. Les enfants, incrédules, posent la main sur le goudron encore chaud.
Le partage du chantier
Selon le bilan de l’Office des Voiries et Drainage -OVD-, le travail a été réparti comme un butin de guerre contre la boue. Safrimex a livré 35,5 km de voirie urbaine et 3,7 km de travaux anti-érosifs titanesques. Tshilejelu signe 25 km. Jhonny Matala Company -JMC- boucle 14 km dont 8,43 km d’assainissement souterrain, vital pour tenir les pluies. Le Gouvernement provincial ajoute son kilomètre symbolique. À cheval sur Bipemba et Diulu, le site Monseigneur Nkongolo a aussi été stabilisé. Les gabions tiennent la terre. Les caniveaux, enfin, canalisent. Dans les quartiers, les femmes parlent d’un miracle: «on peut sortir en pagne blanc après 17h».
L’angoisse des kilomètres manquants
Mais la célébration est en sursis. L’OVD l’a rappelé, chiffres à l’appui: 38,5 km de voirie urbaine attendent encore un financement. Des axes entiers de la ville restent dans la poussière, coupés du «filon». Plus grave, l’ennemi n’a pas déposé les armes. Les têtes d’érosion qui prolongent le ravin de Tshiombela menacent toujours sur plus de 2,5 km. Une brèche, et le goudron neuf devient un souvenir. À Nyongolo, la bataille continue sous un soleil de plomb.

Torse nu, casque jaune, les ouvriers s’attaquent à 13 têtes d’érosion sur 44.280 m². Ils coulent du béton, posent 4.358 mètres de collecteurs pour sauver une chaussée à double bande qui serpente vers l’aéroport. Chaque mètre gagné est une victoire. Sur la Boucle Tshisumpa, l’ambiance s’est tendue. Face aux nids-de-poule persistants, le ministre a fustigé la «lenteur» de JMC. Le patron, en boubou trempé de sueur, renvoie aux retards de paiement de l’État. «Nous allons décanter rapidement la situation financière», a tranché John Banza Lunda, le ton sec.
Le coffre est à Kinshasa
C’est pourquoi le ministre n’a pas traîné. Sitôt la tournée et les réunions bouclées, sitôt les dernières poignées de main aux hôtes, il a mis le cap sur Kinshasa. Il est attendu ce vendredi en Conseil des ministres. Dans sa sacoche, rapports techniques et non seulement photos du nouveau trésor de Mbuji-Mayi en bandoulière, mais aussi celles de tous les points sensibles du tracé déjà parcouru depuis le début de sa caravane infrastructurelle: entre Kamwesha et Kananga, puis entre Kananga et Mbuji-Mayi. Les images des ravins de Mayeshe et du pont usé de Mwanza Ngoma et des sites apparentés sont là aussi. Le message est clair.
L’enjeu ne se laisse pas deviner: obtenir les crédits pour les 38,5 km en jachère et éviter que les 88 km déjà posés ne soient repris par les ravins. Puis arracher des financements spécifiques pour Mwanza Ngoma, symbole de ces terres qui dévorent des pans entiers de la RN1.
Mbuji-Mayi a goûté au bitume. Les écoliers et les agents de la MIBA rentrent propres. Les ambulances ne s’embourbent plus. Reste à savoir si Kinshasa laissera le festin se poursuivre, ou si la ville aux diamants retombera dans la poussière de son histoire.

