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RDC : Jean Berckmans Nkongolo préconise la création d’une cellule de validation des décisions judiciaires

Jean Berckmans Nkongolo est analyste politique et libre penseur. Il est également président du Conseil d’administration du Grand Kasaï Fondation et Directeur de cabinet le baron de Christian Tshisekedi. Dans une interview accordée à quelques médias nationaux dont «AfricaNews», il a passé au peigne fin l’actualité brûlante en RD-Congo. Qu’il s’agisse de la corruption, impunité, bousculade aux portillons du gouvernement et du bureau définitif de l’Assemblée nationale en passant par la guerre d’agression imposée à la RD-Congo ainsi que la convocation du Cardinal Fridolin Ambongo pour chuter sur la polémique autour de la révision de la Constitution du 18 février 2006. Entretien.

La corruption est devenue comme un sport national en RD-Congo et tout le monde la pratique. Que faire pour endiguer ce fléau?

C’est vrai. Comme le disait le Chef de l’Etat Félix-Antoine Tshisekedi, la corruption a atteint des proportions inimaginables dans notre pays. Les compatriotes qui sont censés rendre service à la nation sont tous des charmeurs, des flatteurs. Quand vous les approchez, ils vous disent aisément que nous sommes là pour accompagner le Président de la République. Nous sommes là pour accomplir la vision du Chef de l’Etat. Tout le monde se dit très bon. Or, foncièrement ce sont des hypocrites, égoïstes et méchants. Ils vendent chaque signature. J’avais préconisé la création d’une cellule de validation des décisions judiciaires. C’est une façon de nous passer un peu du formalisme juridique. Vous êtes décideurs, prenez l’argent de qui vous voulez, mais la décision ne passe pas si elle n’est pas validée par la commission de censure. Pour le mode de fonctionnement de cette commission, je préconise qu’on recourt aux magistrats retraités et on procède par un tirage au sort. Ce ne sera pas une commission permanente, ceux qui y travaillent, doivent être sélectionnés. C’est seulement quand on est sélectionné qu’on prend connaissance de la documentation telle qu’élaborée par la commission permanente et vous nous dites si c’est bien ou mal jugé. Dès lors les corrupteurs et corruptibles ainsi que les corrompus seront mis en difficultés car, le tout sera orienté vers le remboursement de la somme indue.

On déplore la corruption qui détruit le pays et, entretemps, les auteurs et les complices de cette corruption ne sont pas inquiétés. A l’allure où vont les choses, ce fléau sera-t-il vraiment éradiqué dans notre pays? 

Je dois avouer ici que la corruption et le clientélisme a atteint toutes les couches de la population. Pour être nommé pasteur d’une église à tel endroit, vous devez donner le pourboire aux hommes de Dieu qui ont la décision. Pour être affecté curé dans une paroisse juteuse, vous devez corrompre la hiérarchie de l’église. Ça c’est au niveau de ceux qui sont censés prêcher la morale et orienter les choses dans le sens de la méritocratie. Alors in fine, il faut retourner la force à la loi. Qui se charge d’appliquer la loi? Pourquoi parle-t-on beaucoup plus de l’Inspection générale des finances -IGF- pendant qu’il y a également l’Inspection générale des mines -IGM-, l’Inspection judiciaire et plusieurs autres inspections. On en parle pas parce que ça fait le lit des corrupteurs et des corruptibles. Si on renforce la rigueur en donnant beaucoup plus de pouvoir à toutes ces inspections comme c’est le cas avec notre compatriote l’Inspecteur général, chef de service, Jules Alingete, je crois que cela va révolutionner beaucoup de choses.  Ceux qui se bousculent aujourd’hui le savent. Le cas le plus flagrant c’est l’élection des sénateurs et des gouverneurs de province.  On y va à coup de billets de banque. C’est le mieux offrant qui est élu, pas parce qu’il mérite mais parce qu’il a donné plus. Cette pratique c’est à tous les niveaux de la vie.

Mais le Chef de l’Etat a mis en place une agence de prévention et de lutte contre la corruption, pourquoi la corruption a-t-elle la peau dure en RD-Congo?

C’est tout simplement parce que cette agence est dirigée par des gens qui ne connaissent aucune réalité du pays. Le clientélisme tue la machine dans notre pays. On nomme des gens parce qu’ils sont le cœur à l’œuvre et font preuve de maturité. Ils comprennent le mécanisme pour décourager la corruption.  C’est comme une police, ça ne devait pas être un corps des fonctionnaires, budgétivore et improductif. Ces gens qui sont là attendent le salaire quoi qu’il advienne. Il faut rectifier le tir. 

Que proposez-vous concrètement pour endiguer la corruption en RD-Congo?

Je propose qu’on retourne la force à la loi en mettant en place des mécanismes de contrôle; d’audit et de suivi. Quand le cas est signalé à l’APLC, qui doit d’ailleurs être représentée dans toutes les structures de la vie nationale, et que celui qui se présente à plus de billets, il comporte de la même manière que les hommes de l’église et les membres de la justice et consorts. Il faut une cellule de validation des décisions que je viens d’évoquer tout à l’heure.

Vous êtes fidèle catholique, que direz-vous au Cardinal Fridolin Ambongo si vous êtes en face de lui par rapport à la guerre dans l’Est de la RD-Congo et ses prises de position?

J’ai beaucoup du respect envers l’Archevêque métropolitain de Kinshasa, et je n’ai aucun respect pour Mr Fridolin Ambongo. Quand il exercice comme prince de l’église, Cardinal prêchant la bonne nouvelle en disant la messe… Je le respecte et je dis amen. Mais quand il joint son agenda politique et se comporte en opposant, je ne le crois pas. Une parenthèse, c’est Mr Ambongo qui a contesté la candidature de Denis Kadima au motif qu’il est de la même tribu que le Chef de l’Etat. C’est triste.

Quand Ambongo dit que le peuple souffre, a-t-il menti?

Comment voulez-vous que le peuple ne souffre pas quand toutes les écoles donnent un pourcentage des frais payés à Ambongo. Quand on a décrété la gratuité au niveau primaire, il s’en est pris au régime. Il n’est pas limité à dire que le peuple souffre, il a aussi dit que le gouvernement a donné des armes aux compatriotes Wazalendu les qualifiant de rebelles.

Il y a une polémique au sujet de la révision de la Constitution et le Chef de l’Etat avait évoqué cette question avec les compatriotes de la Diaspora lors de son récent séjour en Belgique. Quelle est votre réaction?

La Constitution actuelle est le fruit d’un compromis entre les belligérants. Elle doit être déchirée au profit d’une nouvelle Constitution qui va être adaptée aux réalités actuelles du pays.

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