
À 50 ans de carrière, Godard Motemona Gibolum Yakembi prend la tête du Fonds Minier pour les Générations Futures. De Bana Kin au FOMIN, l’ancien Vice-ministre des Mines hérite d’un défi d’État: faire de la richesse du sous-sol l’école, l’hôpital et la route de demain. Il n’a pas attendu cette nomination pour parler d’avenir. Dans les quartiers de Kinshasa, Godard Motemona a construit des forages, livré des bancs, érigé des monuments. Aujourd’hui, l’ordonnance présidentielle le propulse vers un autre chantier. Plus vaste, plus silencieux, plus décisif: le FOMIN.
Le Fonds Minier pour les Générations Futures dont il prend les commandes ce vendredi n’est pas un ministère qui fait la Une. C’est le coffre-fort. Celui qui prélève une part des revenus du cuivre, du cobalt, de l’or, pour qu’ils ne meurent pas dans les dépenses d’aujourd’hui. Mission: les transformer en investissements structurants, en santé, en éducation, pour ceux qui naîtront dans 30 ans. Dans un pays où la tentation de tout consommer est forte, le FOMIN est le garde-temps de la République Démocratique du Congo.
L’homme qui a appris l’État avant de le servir
Vice-ministre des Mines. Vice-gouverneur de Kinshasa. ministre provincial de l’Intérieur, puis des Transports et Voies de Communication. À chaque fonction, Motemona a laissé plus qu’un titre : une méthode. Celle de l’homme qui connaît les textes mais préfère le terrain. Il ne découvre pas la République Démocratique du Congo. Il l’a traversée. Dans les conseils de gouvernement comme dans les embouteillages de la capitale. Cette double culture, administrative et humaine, lui sert aujourd’hui alors qu’il hérite de la mission la plus capitale : transformer la rente minière en héritage durable.
Le président des Bana Kin
Kinshasa le reconnaît avant même de connaître sa nouvelle fonction. Président de l’Asbl Bana Kin, premier élu à la tête de ce syndicat qui défend la voix des Kinois, il a pris l’habitude de descendre avant qu’on ne l’appelle.
Dans le district du Mont-Amba, on se souvient des bancs distribués aux écoles, des forages inaugurés sous la pluie, des toilettes publiques construites là où personne ne regardait. À Kingabwa et Mombele, ses grottes mariales sont devenues des repères. Le monument Papa Wemba, celui de Papa Mombele, portent sa signature: bâtir pour que la mémoire ne meure pas. C’est ce même réflexe qu’il emmène au FOMIN. Un réflexe d’homme proche. Qui sait que derrière chaque franc minier, il y a une classe sans banc, un hôpital sans eau, une route qui s’arrête.
Le pari de la transmission
L’arrivée de Motemona intervient à un moment charnière. La gestion transparente des revenus miniers est devenue l’un des principaux défis de la nation. Entre les cours volatils du cuivre et du cobalt, la pression sociale immédiate et l’exigence de préparer l’avenir, le FOMIN doit tenir l’équilibre. En portant Motemona Gibolum à sa tête, les autorités ont choisi l’expérience. Un dirigeant qui connaît le secteur minier, qui maîtrise la gestion publique, et qui a fait de l’intérêt général sa boussole. Président du parti En Marche pour le Progrès, il aborde cette fonction sans illusion: l’argent des mines ne sert à rien s’il ne devient pas école, hôpital, usine. Devant lui, l’enjeu est immense.
Faire du FOMIN plus qu’un fonds : un instrument de préparation du futur. Prouver que les richesses du sous-sol peuvent devenir des opportunités pour les générations à naître. Motemona n’a rien à prouver sur son engagement. Il a tout à bâtir sur sa promesse. Celle d’un homme d’État qui, après avoir servi les vivants, se met désormais au service de ceux qui ne sont pas encore nés. Au FOMIN, le trésor minier a trouvé son gardien. Et le pays, peut-être, son pari le plus durable.
Natine K.

