
Une table ronde organisée par Caritas Congo a réuni, jeudi 1er octobre 2026 à Kinshasa, les représentants de différentes confessions religieuses autour de la situation épidémiologique du pays, des défis de la riposte contre Ebola et des moyens de renforcer l’engagement communautaire. Cette table ronde entend faire des communautés religieuses des partenaires davantage engagés dans la prévention, la sensibilisation et la lutte contre la désinformation. Conscient du fait que la persistance de l’épidémie est également liée à la circulation de fausses informations, à la résistance de certaines communautés, à la stigmatisation ainsi qu’aux difficultés d’accès à certaines zones en raison de l’insécurité, Monseigneur Donatien Nshole a insisté sur la nécessité d’une réponse collective.
Dans son mot marquant l’ouverture des travaux, le Secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- s’est exprimé en ces termes: «cette maladie demeure une préoccupation majeure de santé publique. Face à une telle menace, la réponse ne peut pas reposer uniquement sur les structures sanitaires et les professionnels de santé. Elle doit être globale, communautaire, coordonnée et participative». Le prélat catholique a souligné que les défis restent nombreux malgré les efforts déployés par le ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, ainsi que ses partenaires. Parmi ces défis, Monseigneur Donatien Nshole a cité «la résistance communautaire» et «l’insuffisance de l’encadrement psychosocial des personnes atteintes et des familles affectées». Il a estimé que les confessions religieuses disposent d’un atout majeur: leur présence au cœur des communautés.
«Les confessions religieuses occupent une place particulière dans la société RD-congolaise. Elles sont présentes au cœur des communautés et bénéficient d’une crédibilité et d’une proximité importantes avec les populations. Églises, écoles conventionnées, établissements de santé confessionnels, œuvres sociales et réseaux communautaires constituent autant de canaux permettant de toucher une large partie de la population», a-t-il fait savoir dans son discours.
Par ailleurs, au-delà de la transmission des messages de prévention, le Chapelain a appelé les leaders religieux à contribuer à la lutte contre les rumeurs et la désinformation qui compliquent parfois la réponse à Ebola. «Nous pouvons, pour ainsi dire, transmettre des informations fiables, encourager les comportements favorables à la prévention et combattre les rumeurs et la désinformation, mais également lutter contre la stigmatisation des personnes affectées et de leurs familles. Notre engagement commun doit être clair: prévenir la maladie à virus Ebola, protéger les populations, sauver des vies et préserver la dignité de chaque personne», a déclaré Monseigneur Donatien Nshole.
A l’en croire, l’expérience de précédentes épidémies démontre que l’efficacité d’une réponse sanitaire dépend également de sa capacité à prendre en compte les réalités sociales, culturelles et religieuses des communautés. «Les messages de prévention doivent donc être compris et acceptés par les populations. D’où l’importance d’une collaboration renforcée entre les autorités sanitaires, les confessions religieuses, les organisations communautaires, les partenaires techniques et financiers ainsi que les médias», a-t-il insisté.
De son avis, la table ronde ne doit pas se limiter à un simple échange d’informations sur l’évolution de l’épidémie, toutes les confessions religieuses doivent dépasser leurs différences pour privilégier l’action commune. Selon lui, cette démarche doit également permettre de clarifier les responsabilités et de définir des actions concrètes. «La table ronde doit notamment aboutir à des orientations stratégiques, à l’identification des défis rencontrés par les confessions religieuses dans leur participation à la riposte, ainsi qu’à l’élaboration d’une feuille de route commune précisant les actions, les responsabilités, les échéances et les mécanismes de suivi», a-t-il indiqué.
Et de conclure: «notre objectif aujourd’hui n’est pas simplement de parler d’Ebola. Nous devons surtout réfléchir à ce que nous pouvons faire ensemble pour prévenir la maladie, protéger les communautés et sauver des vies. Il est vrai que nous avons des doctrines et des pratiques religieuses différentes, mais il est aussi vrai que nous sommes tous créés à l’image de Dieu, et la charité n’a pas de couleur religieuse».
Pour sa part, l’abbé Edouard Makimba, Secrétaire exécutif de Caritas Congo, a rappelé l’engagement de Caritas Congo dans la riposte contre Ebola et salué la présence de différentes confessions religieuses. Selon lui, la diversité des participants constitue en elle-même un signal en faveur d’une mobilisation collective. «Caritas Congo étant elle-même sur le front contre Ebola voit dans votre présence un soutien à son travail, à celui du gouvernement et aux organisations de la société civile qui sont au chevet de la population meurtrie. La diversité des confessions religieuses que vous représentez est déjà un message fort que là où l’humanité est en péril, l’unité s’impose afin de sauver ce qui nous unit tous et toutes, c’est-à-dire la vie», a-t-il déclaré.
Au terme des travaux, les participants devront définir des actions communes et spécifiques à court, moyen et long terme. Un appel conjoint est également attendu à l’endroit de la population RD-congolaise, du gouvernement, des partenaires techniques et financiers, de différentes communautés religieuses et de toutes les personnes de bonne volonté. L’objectif est de faire des communautés non pas de simples bénéficiaires de la riposte, mais des acteurs à part entière de la lutte contre Ebola.
En tenant compte de la situation géographique des zones affectées et de la situation sécuritaire du pays, d’une part, et de l’impératif de limiter la propagation de l’épidémie, d’autre part, la table ronde se poursuivra dans d’autres zones. Après Kinshasa, les prochaines étapes sont prévues à Bunia, pour les leaders des confessions religieuses de l’Ituri, et à Beni, pour les leaders des confessions religieuses de Beni et Butembo. Déclarée le 15 mai 2026, cette 17ème épidémie d’Ebola constitue une nouvelle épreuve pour le système de santé et pour les communautés des zones affectées. Dans ce contexte, les responsables religieux entendent mettre à profit leur proximité avec les populations pour contribuer à la riposte.





