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Saihanba: le miracle vert d’un désert transformé en forêt

La chine regorge la plus vaste forêt artificielle du monde. Elle s’appelle la «ferme forestière mécanisée de Saihanba», située au sud du désert de Hunshandake, à la rencontre du plateau de Mongolie-Intérieure et des reliefs du Grand Khingan et du massif de Yinshan dans la province du Hebei. Il suffit d’une simple visite pour constater l’ampleur de l’exploit. Selon nos guides forestiers, là où s’étend aujourd’hui une forêt dense aux millions d’arbres, il n’existait, il y a un peu plus de soixante ans, qu’un paysage désertique, balayé par les vents et les tempêtes de sable. «Cette métamorphose spectaculaire n’est pas le fruit du hasard. Elle est l’œuvre de trois générations de forestiers qui ont, au prix d’efforts inlassables, redonné vie à une terre que beaucoup considéraient comme perdue», ont-ils expliqué.

Et de poursuivre: «Saihanba fut jadis le célèbre domaine de chasse impérial Mulan Weichang sous la dynastie Qing. Au fil des décennies, les défrichements excessifs, les guerres et les incendies ont détruit la forêt originelle, laissant place à une vaste étendue aride. À la fondation de la République populaire de Chine, cette région était devenue l’une des principales sources des tempêtes de sable qui frappaient régulièrement Pékin, Tianjin et les provinces voisines».

Face à cette menace écologique grandissante, les autorités chinoises ont décidé, en 1962, de créer la ferme forestière mécanisée de Saihanba, avec un objectif visiblement irréalisable: reconstituer une forêt dans une région où les conditions climatiques sont parmi les plus rigoureuses du pays. Dans un environnement hostile situé à plus de 1.000 mètres d’altitude, où la température moyenne annuelle avoisine -1,3°C. Aussi, l’hiver s’étire pendant près de sept mois et la période sans gel dépasse à peine deux mois. L’histoire de Saihanba est avant tout celle de femmes et d’hommes qui ont refusé de céder face à l’adversité. Selon l’histoire racontée, les premiers forestiers arrivés au début des années 1960 ont affronté le froid glacial, les vents violents, l’isolement et des moyens techniques limités.

Les premières plantations ont souvent été décimées par le climat. Beaucoup auraient renoncé. Eux, ont choisi d’apprendre de chaque échec. Au fil des années, les équipes ont perfectionné leurs techniques de reboisement, sélectionnant les essences les mieux adaptées aux conditions locales, notamment le mélèze, le pin sylvestre, l’épicéa et le bouleau blanc. Les savoir-faire acquis par les pionniers ont ensuite été transmis à leurs enfants, puis à leurs petits-enfants, faisant de Saihanba une œuvre collective portée par trois générations de bâtisseurs de la nature. Grâce à cette persévérance, la terre stérile s’est progressivement couverte d’arbres jusqu’à devenir la plus vaste forêt artificielle du monde. A ce jour, Saihanba s’étend sur près de 93.300 hectares. Le taux de couverture forestière, qui n’était plus que de 11,4%, atteint désormais 82%, tandis que le volume de bois sur pied dépasse 10,3 millions de mètres cubes, contre seulement 330.000 mètres cubes au lancement du projet.

Un rempart écologique pour le Nord de la Chine

Cette immense forêt constitue désormais une véritable muraille verte qui freine l’avancée de la désertification et réduit les tempêtes de sable qui menaçaient autrefois la région Pékin-Tianjin-Hebei. Elle protège les sols, améliore le climat local et participe à la sécurité écologique du Nord de la Chine. La restauration de plus de 6.800 hectares de zones humides renforce également les ressources hydriques des bassins des rivières Luan et Liao. Chaque année, ces écosystèmes régulent près de 284 millions de mètres cubes d’eau, contribuant ainsi à l’alimentation en eau de vastes territoires. La renaissance de Saihanba a aussi permis le retour d’une biodiversité remarquable.

Les chercheurs y recensent 625 espèces végétales, 261 espèces de vertébrés terrestres et 32 espèces de poissons, preuve qu’un écosystème disparu peut retrouver toute sa vitalité lorsque les conditions lui sont favorables. En outre, Saihanba est également devenue un modèle de restauration écologique à l’échelle mondiale. Chaque année, cette forêt absorbe environ 860.300 tonnes de dioxyde de carbone et libère près de 598.400 tonnes d’oxygène, jouant un rôle essentiel dans la séquestration du carbone et l’amélioration de la qualité de l’air. Son importance est également économique. Les actifs forestiers sont estimés à 23,12 milliards de yuans, tandis que les services écologiques rendus chaque année -protection des sols, régulation de l’eau, stockage du carbone et préservation de la biodiversité- représentent une valeur évaluée à 15,59 milliards de yuans.

L’exemple de Saihanba est aujourd’hui cité parmi les plus grandes réussites mondiales en matière de restauration des écosystèmes. En 2017, les Nations unies lui ont décerné le prestigieux prix: «Champions de la Terre», la plus haute distinction environnementale de l’organisation. Quatre ans plus tard, le prix «Land for Life» est venu saluer son engagement exceptionnel dans la lutte contre la désertification. En clair, la ferme forestière mécanisée de Saihanba symbolise ce que les Chinois appellent «l’esprit de Saihanba». C’est une alliance entre patience, innovation, détermination et responsabilité envers les générations futures.

Olitho KAHUNGU, de retour de Hebei

Olitho Kahungu

Olitho Kahungu est secrétaire de rédaction chez AfricaNews depuis 2026. Journaliste chevronné et enseignant à l'Université, il est le garant de la qualité éditoriale des contenus publiés, veillant à la cohérence, à la précision et au respect des standards journalistiques qui font la réputation du média. À travers ses reportages, ses analyses et son travail de coordination éditoriale, il contribue à promouvoir une information crédible, vérifiée et sans filtre, fidèle à la mission d'AfricaNews RDC.

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