
Aussitôt descendus à la gare ferroviaire de Tianjin en provenance de Pékin, la semaine dernière, des journalistes africains invités par le Centre international de la presse et de la communication de Chine -CIPCC- dans le cadre de son programme 2026, poussent les portes de la célèbre Rue de la culture ancienne de Tianjin. Un endroit où passé, traditions et modernité se frottent avec élégance. Tout commence par des tambours. Un dragon multicolore ondule dans les airs, un lion bondit au rythme des percussions, signe d’accueil chaleureux à la chinoise. De prime abord, cette rue historique de la culture ancienne a des airs de décor de film d’époque. Mais sous ses briques grises, ses toits typiques et ses vieilles enseignes, c’est toute l’histoire de la ville de Tianjin qui se cache. L’une des villes les plus importantes du Nord de la Chine.
Avant même que Tianjin ne devienne officiellement une ville sous la dynastie Ming en 1404, ce coin-là était déjà un carrefour d’échanges. Un marché spontané y existait depuis près de mille ans, racontent les historiens. Avec le temps, la rue est devenue le cœur commercial, culturel et folklorique de la région. Aujourd’hui, cette place est surnommé la «carte de visite» de Tianjin. Rouverte au public en 1985 après une grande rénovation, elle s’étend sur près de 180.000 mètres carrés. Sa rue principale fait 687 mètres de long, du Nord au Sud, traversée par des ruelles pleines de boutiques d’artisans, de monuments anciens et de traditions populaires. En se promenant dans ses allées, on comprend vite pourquoi des millions de touristes y viennent chaque année. En 2025, ils étaient plus de 13 millions.
Premier arrêt devant un superbe bâtiment en bois et briques, construit en 1788. C’est l’ancien théâtre de la ville, une scène à double façade où on jouait l’opéra de Pékin, des spectacles folkloriques et des cérémonies. Même vide, on jurerait entendre encore les chants et les applaudissements qui ont fait vibrer Tianjin pendant plus de deux cents ans. À deux pas, une autre porte s’ouvre sur un monde fascinant, celui de la médecine traditionnelle chinoise. Le Centre moderne de santé Tasly Darentang perpétue l’héritage de la célèbre «vieille boutique Le», fondée il y a près de 500 ans. Dès l’entrée, on tombe sur des centaines de plantes médicinales, des livres anciens, des instruments qui témoignent d’un savoir-faire transmis de génération en génération. Fondée sous la dynastie Qing, Darentang fournissait déjà des remèdes à la Cour impériale en 1723. Aujourd’hui, c’est toujours une référence dans le domaine et elle exporte ses produits dans plus de vingt pays. L’un des objets les plus impressionnants exposés ici, c’est un immense boulier -l’ancêtre de la calculatrice.

Classé patrimoine culturel immatériel, il symbolise l’ingéniosité chinoise et l’importance du service de qualité. Sous nos yeux, le maître artisan Lou Ying fabrique des pilules au miel, véritables apéritifs, selon une technique traditionnelle transmise de génération en génération. Un savoir-faire qui survit dans un monde de technologies. Au centre de la rue, le monument le plus emblématique: le palais Tianhou. Construit en 1326, soit environ 70 ans avant la fondation officielle de Tianjin, ce temple était dédié à la déesse céleste Haihe. Pendant des siècles, marins et pêcheurs venaient y prier la déesse protectrice des mers avant de prendre le large. Deux grands mâts, encore visibles, servaient de repères aux bateaux avec leurs bannières et lanternes. Petite particularité: contrairement à la plupart des temples chinois orientés vers le sud, celui-ci regarde vers l’ouest, en direction de la rivière Haihe. Un clin d’œil à son lien avec la navigation.
Un musée vivant du patrimoine chinois
Tout au long de la balade, on ne peut pas s’empêcher de lever les yeux vers les centaines de peintures décoratives sur les façades. Plus de 300 d’entre elles racontent des épisodes de grands classiques de la littérature chinoise, des récits historiques, des légendes. Ici, chaque mur a une histoire à raconter. Le guide Tian résume la philosophie du lieu en une phrase: «protéger tout en développant, développer tout en protégeant». Une façon de garder l’authenticité du patrimoine tout en l’adaptant aux attentes d’aujourd’hui. On le voit dans les nombreuses boutiques historiques qui bordent la rue.
Chez Wangxingji, on découvre les célèbres éventails artisanaux, réputés pour leur solidité. Un vieux proverbe dit qu’«un éventail Wangxingji vaut un demi-parapluie». Plus loin, la boutique Caïshi perpétue l’art ancestral des balais en plumes, autrefois destinés à la Cour impériale. Fabriqués en 18 étapes entièrement manuelles, ces objets sont aujourd’hui autant des œuvres d’art que des accessoires utiles. Au coin de la ruelle du Grand Lion, un lieu chargé d’histoire intellectuelle. Une statue en bronze rend hommage à Yan Fu, l’un des penseurs les plus influents de la Chine moderne. C’est ici qu’il a vécu à la fin du XIXème siècle et qu’il a traduit plusieurs grands ouvrages occidentaux. Son adaptation de «Évolution et Éthique» a notamment introduit en Chine les concepts de sélection naturelle et de survie du plus apte.
À travers ses écrits, il appelait ses compatriotes à s’inspirer des avancées occidentales pour renforcer la nation chinoise. Notre visite se termine dans l’atelier familial Niren Zhang, un vrai trésor du patrimoine immatériel chinois. Depuis près de deux siècles, cette famille d’artisans façonne des figurines en argile qui représentent des scènes de la vie, des personnages d’opéra, des héros de grands classiques. Le directeur actuel, Zhang Yu, sixième héritier de cette tradition, nous explique que l’argile vient de la banlieue ouest de Tianjin et qu’elle est préparée pendant plusieurs années avant d’être sculptée. Chaque figurine raconte une histoire. Certaines parlent du quotidien des habitants, d’autres explorent les émotions ou les mythes. Cet art populaire attire encore plus de 5.000 visiteurs chaque jour.
En quittant la rue par la grande arche nord où est inscrit «Gushang Yiyuan», ou «lieu de rassemblement des arts traditionnels», on a l’impression d’avoir parcouru bien plus qu’une simple attraction touristique. Visiblement, la Rue de la culture ancienne de Tianjin est un livre ouvert sur l’histoire de la Chine. Chaque bâtiment, chaque artisan, chaque objet raconte la capacité d’un peuple à préserver son héritage tout en embrassant la modernité. Et pour les hôtes du CIPCC, cette visite a été une vraie immersion dans l’âme culturelle chinoise. Elle montre comment une ville née du fleuve Haihe et tournée vers la mer a su garder ses racines tout en devenant l’une des métropoles les plus dynamiques du pays. À Tianjin, le passé n’est pas enfermé dans les musées. Il marche encore dans les rues.
Olitho KAHUNGU, de retour de Tianjin