
La ville portuaire de Tianjin abrite, depuis le jeudi 28 mai, la dixième édition de l’Exposition mondiale de l’intelligence. Pendant quatre jours, jusqu’au 31 mai, plus de 700 entreprises, des dizaines d’universités et des milliers d’experts venus du monde entier se retrouvent au Centre national des congrès et des expositions de Tianjin. Placée sous le thème: «Donner les moyens à des milliers d’industries», cette édition 2026 propose un espace d’exposition général ainsi que six espaces thématiques consacrés aux technologies clés de l’intelligence artificielle, à l’intelligence incarnée, aux véhicules connectés intelligents, à l’économie du vol à basse altitude et à l’aérospatiale commerciale, à la fabrication intelligente ainsi qu’à la vie intelligente. Avec 130 000 mètres carrés d’exposition répartis sur dix halls, l’événement confirme l’ambition de la Chine de devenir un acteur central de l’économie mondiale de l’intelligence artificielle.
Dans son discours marquant l’ouverture officielle de cette grand-messe technologique, Wan Gang, président de l’Association chinoise pour la science et la technologie, a dressé un tableau ambitieux de l’avenir de l’intelligence artificielle. Selon lui, l’IA n’est plus limitée à la simple compréhension du langage ou à l’analyse des données. Elle entre désormais dans une nouvelle phase où les systèmes intelligents apprennent à s’adapter à des environnements complexes, à coopérer entre eux et à interagir directement avec le monde physique. «L’intelligence artificielle a dépassé la perception du seul espace numérique pour s’orienter vers la cognition du monde physique et l’apprentissage humain», a-t-il déclaré devant chercheurs, industriels et responsables politiques. Pour illustrer cette mutation, Wan Gang a évoqué les progrès réalisés dans la conduite autonome en Chine.
«Désormais, les véhicules intelligents peuvent interagir avec les infrastructures routières et recevoir en temps réel des informations sur les feux de circulation, l’état du trafic ou les conditions d’accès aux routes», a-t-il soutenu. Il a surtout insisté sur l’émergence d’une «intelligence collective», dans laquelle humains, machines et réseaux intelligents collaborent dans des environnements ouverts. Une évolution qui, selon lui, transformera profondément les transports, les réseaux électriques, l’industrie, la médecine et même l’organisation sociale. Parmi les attractions les plus remarquées du salon figurent les robots humanoïdes capables de guider les visiteurs, de répondre à des questions ou d’assurer certaines tâches de sécurité. Wan Gang a notamment évoqué les expérimentations menées à Shanghai avec des robots policiers chargés d’orienter les citoyens et de réguler la circulation.
«Les passants montrent une acceptation croissante de ces robots», a-t-il souligné, estimant que l’IA opérationnelle sort désormais des laboratoires pour intégrer les usines, les centres logistiques, les hôpitaux et les espaces publics. Les démonstrations technologiques exposées à Tianjin donnent un aperçu concret de cette transition: bras robotiques ultra-précis, drones de livraison, véhicules sans conducteur, plateformes médicales intelligentes ou encore systèmes éducatifs personnalisés capables d’adapter automatiquement les contenus pédagogiques au niveau des élèves. L’intelligence artificielle s’impose également comme un outil majeur de la recherche scientifique.

Selon Wan Gang, elle accélère déjà la découverte de nouveaux matériaux, la conception de médicaments et l’analyse de données complexes. Cependant, il a mis en garde contre les défis liés à la sécurité des données, à la manipulation des contenus numériques, à la désinformation et à la perte de contrôle des systèmes autonomes. Selon lui, l’intelligence artificielle pourrait profondément bouleverser le marché du travail en favorisant des formes d’emploi plus flexibles et davantage automatisées. «Une transformation qui nécessitera une adaptation proactive des travailleurs et un vaste effort de formation», a-t-il expliqué. Le scientifique chinois a également appelé à la mise en place de mécanismes de gouvernance capables d’encadrer les usages de l’intelligence artificielle tout en garantissant l’innovation. «L’avenir de l’intelligence artificielle ne dépend pas seulement des algorithmes, mais aussi de la manière dont nous construirons un nouvel équilibre entre technologie et société», a-t-il affirmé.
Pour sa part, le vice-ministre de l’Industrie, des Technologies et de l’Information de la République populaire de Chine, Ke Jixin, a rappelé que l’intelligence artificielle constitue désormais «un pilier stratégique» de la modernisation économique chinoise. Dans son intervention, il a annoncé l’accélération de plusieurs programmes nationaux destinés à intégrer l’intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière, les infrastructures numériques et les services publics. À l’en croire, la Chine a déjà lancé onze zones pilotes nationales dédiées à l’innovation en intelligence artificielle et élaboré plus de 80 normes techniques encadrant ce secteur. Le vice-ministre a également insisté sur la volonté chinoise de promouvoir une coopération internationale ouverte dans le domaine de l’intelligence artificielle, notamment à travers le partage de technologies open source et la création de plateformes de coopération industrielle.
Tianjin, nouvelle vitrine technologique chinoise
Déjà reconnue comme l’un des principaux pôles industriels et technologiques du nord de la Chine, la ville de Tianjin se positionne désormais comme une plateforme mondiale de l’économie intelligente. Cette année, l’exposition accueille plus de 260 groupes d’acheteurs professionnels venus de différents secteurs: santé connectée, agriculture intelligente, transports autonomes, éducation numérique et gouvernance urbaine.
Pour les autorités chinoises, l’événement constitue autant une vitrine technologique qu’un instrument de diplomatie économique. Pékin entend ainsi démontrer sa capacité à transformer rapidement l’innovation scientifique en applications industrielles concrètes. Cette 10ème édition de l’Exposition mondiale de l’intelligence compte deux pays invités d’honneur: la République d’Ouzbékistan et la République du Kazakhstan.
Olitho KAHUNGU, depuis Tianjin
