
À Brazzaville, la nouvelle architecture financière de la BAD veut transformer l’épargne dormante du continent en autoroutes, hôpitaux et usines. Fini la dépendance.
Le décor planté, le message est tombé net en marge des Assemblées annuelles de la BAD. Face aux bailleurs, aux ministres et aux caisses des dépôts réunies, l’Afrique a choisi de changer de braquet. Avec la NAFAD, Nouvelle Architecture financière africaine pour le développement, le continent ne quémande plus : il réveille ses propres caisses. L’enjeu est vertigineux. 4 000 milliards de dollars d’épargne gérés par les fonds de pension, assurances et fonds souverains dorment sur le continent pendant que son déficit annuel de financement frôle les 400 milliards.
Pourtant l’idée n’est pas neuve, elle devient enfin opérationnelle. Portée par le président de la BAD Dr Sidi Ould Tah, la NAFAD a été adoptée le 9 avril via le «Consensus d’Abidjan» puis validée par les chefs d’État à Addis-Abeba en février. Son principe est simple et brutal: arrêter de financer la transformation de l’Afrique avec la dette extérieure quand l’épargne intérieure suffit. «Je salue l’initiative de la Banque africaine de développement pour sa NAFAD, qui vise à renforcer les mécanismes de financement du développement africain», a lancé Assoumane Mourjatou, directrice générale du Fonds de dépôt du Niger, lors de la session parallèle du Forum africain des fonds de dépôt. Mieux mobiliser les ressources domestiques, impliquer les investisseurs institutionnels, casser l’émiettement qui paralyse les institutions financières africaines.
Car c’est là que le bât blesse depuis des décennies. Les caisses des dépôts sont les seules à pouvoir transformer une «épargne dormante en capital productif», selon Angélique Nzang Nzoghe Buka Bouka, directrice générale adjointe de la CDC du Gabon. Leur force: investir «où personne d’autre ne va, comme les collectivités territoriales», renchérit Mehdi Bouriss de CDG Capital Maroc. Même la diaspora entre dans la partie. La CDC Tunisie planche sur les réseaux postaux pour capter ces milliards qui fuient chaque année. Autant de leviers pour bâtir sans mendier. À condition, ont martelé les dirigeants, de protéger ces institutions des risques et des ingérences politiques qui les étouffent.
La salle de Brazzaville n’était donc pas qu’une réunion de plus. Modérée par Adama Mariko de l’AFD, la session a aussi servi d’école pour les pays qui n’ont pas encore de fonds de dépôt. Le signal est clair: l’argent est là, sous nos yeux. 4 000 milliards. Reste à l’Afrique le courage de l’investir chez elle. Si la NAFAD tient ses promesses, Brazzaville marquera le moment où le continent a cessé de tendre la main pour financer son destin.

