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RDC: Taxes étouffantes, la population à bout!

En République Démocratique du Congo, une large majorité de la population subit aujourd’hui une pression fiscale considérée comme excessive et délétère pour l’économie, conclut un sondage réalisé du 20 au 22 janvier 2026 par l’institut «Les Points» auprès de 1 000 personnes âgées de 18 ans et plus, réparties entre Kinshasa et 23 autres villes à forte densité démographique. Parmi les personnes interrogées, 76% déclarent vivre dans une situation «très précaire».

La multiplication des taxes et prélèvements, pointée comme principal facteur d’appauvrissement, est perçue comme affectant l’ensemble de la chaîne économique -de la production à la vente au détail, en passant par le transport et la distribution. Dans un pays fortement dépendant des importations et sensible aux fluctuations du dollar américain, les répondants soulignent que chaque variation monétaire se répercute immédiatement sur les prix.

«Harcèlement fiscal et moral» quotidien

Le sondage met en lumière des pratiques de perception jugées opaques et parfois illégales: au-delà des organismes fiscaux nationaux, les régies provinciales, les entités territoriales décentralisées et parfois des agents non autorisés sont accusés de multiplier prélèvements et redevances. L’institut cite notamment des administrations telles que la DGDA, la DGI, la DGRAD ainsi que certaines régies provinciales et établissements publics, accusés d’initiatives dispersées qui alimentent la hausse des prix.

De nombreux ménages parlent d’un «harcèlement fiscal et moral quotidien», matérialisé par des tickets et jetons à payer sans transparence sur l’affectation des sommes collectées. Pour les opérateurs économiques interrogés, cette asphyxie fiscale «étouffe l’initiative privée, décourage les investissements nationaux et étrangers, freine la création d’emplois et installe un climat des affaires hostile».

Des conséquences sociales lourdes

Les effets sont directs et massifs: plus de 82 % des sondés affirment avoir vu leur pouvoir d’achat diminuer au cours des six derniers mois. Par ailleurs, 85% constatent une hausse marquée des prix des denrées de première nécessité, des produits pharmaceutiques, des matériaux de construction et des frais de transport -et ce malgré une baisse du prix du carburant à la pompe, contradiction qui alimente l’idée que la charge fiscale cumulée neutralise les ajustements économiques.

Au-delà de la consommation quotidienne, les enquêtés relèvent une aggravation de la pauvreté, une précarisation de la sécurité alimentaire, une montée de la criminalité urbaine et un creusement des inégalités. Dans une économie largement informelle, la multiplication des prélèvements fragilise le tissu entrepreneurial et enferme selon eux de nombreuses familles dans une spirale de sous‑pauvreté.

Des réformes attendues, mais peu de résultats tangibles

Malgré les annonces faites en 2025 sur la révision de la fiscalité et la suppression de certaines taxes, le sondage révèle un fort sentiment d’inaction: 84 % des personnes interrogées estiment qu’aucune mesure concrète n’a été mise en œuvre.

S’appuyant sur le droit de pétition, 87 % dénoncent l’inefficacité gouvernementale face aux pratiques fiscales abusives et exigent des réformes urgentes: simplification du système fiscal, audit national transparent des taxes, moratoire sur les prélèvements affectant les produits de grande consommation, meilleure transparence dans l’utilisation des fonds publics, révision du Code des douanes et adoption d’un Code général des impôts, ainsi qu’une lutte effective contre les perceptions illégales et l’ouverture d’un dialogue national sur le climat des affaires.

Avertissement final

Pour l’institut «Les Points», sans réformes structurelles et rapides, la République Démocratique du Congo risque un affaiblissement durable de son tissu économique et social, avec des conséquences lourdes sur l’emploi, l’investissement et la cohésion sociale.

WIDAL

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