
C’est un spectacle devenu familier à Kinshasa. Chaque tombée de la nuit, la plupart des postes de police se transforment en parkings payants. Faute de disposer d’espaces pour garer leurs véhicules dans leurs habitations, les Kinois confient la garde de leurs voitures aux policiers, moyennant quelques billets de banque. Au petit matin, ces véhicules doivent avoir disparu. Entre le manque de places de stationnement, la peur des vols et les difficultés financières évoquées par certains policiers, la pratique s’installe malgré les interdictions de la hiérarchie. Alors chef de la Police de Kinshasa, le Général Sylvano Kasongo avait interdit la pratique, avec effet «immédiat».
Cette mesure de juillet 2022 peine toujours à faire l’unanimité, malgré le rappel à l’ordre de son successeur, exactement quatre ans après. En juillet 2026, le patron de la Police nationale ville de Kinshasa, le Général Israël Kantu, a, en effet, demandé «à toute personne ayant un véhicule consigné dans un poste de Police de venir le récupérer», rappelant qu’un poste de Police «n’est ni un garage ni un parking». Selon lui, ce commerce nocturne mettait en mal les opérations de patrouille. Pourtant, trois mois plus tard, rien n’a changé sur le terrain.
Dans la commune de Ngaliema, un policier rencontré dans un poste de Police non loin de l’arrêt Pompage explique la motivation derrière cette pratique. «Cet argent nous aide beaucoup. Quand les salaires tardent à tomber, ces petits frais de gardiennage nous permettent de payer le transport pour rentrer chez nous ou de quoi manger pendant la garde, voire rapporter quelque chose à la maison», raconte-t-il. À Kinshasa, les tarifs pour consigner son véhicule à la Police dépendent de plusieurs facteurs. «Le minimum est 3.000 francs congolais», raconte un autre policier. Mais selon l’endroit et le type de véhicule, la facture peut vite grimper. Aussi, ces parkings de fortune ont des horaires bien précis. Ils ouvrent entre 19 et 20 heures et clôturent avant 7 heures. «Dépassé cette heure, le propriétaire ne s’en prend qu’à lui-même», révèle le policier du quartier Pompage.
Dans une ville qui ne dispose pas de parkings publics, les postes de Police sont devenus l’alternative de choix qui allie sécurité et moindre coût. Faustin est un des «clients fidèles» du poste de Pompage. Abordé peu après avoir garé son véhicule, il dévoile ses motivations. «Dans le quartier, il n’y a aucun parking public. Et laisser sa voiture dehors la nuit, c’est trop risqué avec l’insécurité», raconte-t-il. Jean, un autre abonné des lieux, lui, a été contraint de recourir à la Police après avoir été victime d’un vol. «Une fois, j’ai laissé ma voiture devant chez moi. Le lendemain matin, on m’avait tout volé: batterie, calculateur et même rétroviseurs! J’étais tellement énervé… Depuis ce jour-là, je donne un peu d’argent aux policiers et je dors tranquille», explique-t-il.
D’autres personnes, comme Mamie, une commerçante, évoquent plutôt des considérations sécuritaires. «Quand je reviens du marché tard le soir avec du stock dans le coffre, garer ici -devant le poste de Police, NDLR- m’évite de me faire braquer devant ma propre porte», explique-t-elle. Dans ce déficit de parkings à Kinshasa, le boom démographique n’est pas innocent. La tendance aux morcellements dans la ville a raréfié la présence des espaces dans ces «morceaux de parcelles». Dans la commune de Ngiri-Ngiri, Jonathan est locataire dans une «demi-parcelle» sans parking. Pour sécuriser son véhicule, il est obligé de parcourir près d’un kilomètre pour atteindre le poste de Police le plus proche.
«Je perds du carburant mais aussi les frais de garde. La faute incombe à la fois aux bailleurs qui construisent des maisons sans prévoir de parking mais aussi, dans une certaine mesure, aux autorités qui laissent faire. Pourtant, la voiture est un moyen de transport indispensable au quotidien», soupire-t-il. Dans plusieurs postes de Police de Kinshasa, le service de garde des véhicules est organisé avec la remise des jetons à exhiber avant de retirer son engin, sous peine de payer des amendes. Si ce système fait les affaires des propriétaires de véhicules et policiers, la réalité est toute autre pour les autres usagers de la route. «Ces voitures nous gênent vraiment! Elles prennent toute la route et créent des embouteillages, parfois même des accidents», déplore une passante. Gloire, un élève qui étudie non loin du poste de Police, révèle même que certains véhicules restent garés jusqu’à 8 ou 9 heures.
Djenny LUSAKUENO








