
Le Réseau Babel international, à travers son programme «Ekosimba Time», a convié, samedi 10 octobre dans la salle de conférence des Affaires Étrangères à Kinshasa, jeunes, étudiants, experts et autres acteurs de la société à un temps de réflexion autour de la «dépression en milieu universitaire», en marge de la Journée mondiale de la santé mentale. Portée par un élan de solidarité et de vérité, la conférence, placée autour du thème «Mes études, ma santé mentale: mes priorités», a permis d’aborder un sujet longtemps relégué au second plan.
Le public venu assister à ces échanges a bénéficié notamment d’un espace sécurisant et sans filtre, nécessaire pour libérer la parole face à la détresse psychologique. Première à intervenir, Elo Walha a choisi de mettre sa propre histoire au service de la guérison des jeunes. Cette femme accomplie et aux multiples casquettes a notamment établi une nette différence entre «aller bien et aller dignement bien». S’appuyant sur les traumatismes lourds qui ont jalonné son parcours, notamment les séquelles de violences familiales dont elle a été témoin dès l’âge de six ans, elle a analysé sans détours le piège de l’écosystème sociétal et culturel de la RD-Congo. De son diagnostic, l’environnement pousse souvent les jeunes victimes à s’enfermer dans le silence par honte, par peur du jugement ou par une culpabilisation injuste renvoyée par l’entourage.
De son côté, Dr Véronica Kayembe, médecin et pasteure, a surfé sur son passé d’étudiante et d’exilée pour démontrer les conséquences parfois lourdes de la détresse psychologique des jeunes. Ayant subi une pression immense, Véronica Kayembe garde des vestiges physiques de ce sombre épisode de sa vie. Heureusement, a-t-elle révélé, son salut est venu grâce au soutien indéfectible d’un «frère bienveillant». Si Véronica Kayembe est sortie de cette impasse grâce notamment à la prière, au repos et à la restructuration, ce n’est toujours pas le cas de nombreux étudiants. «Ne baissez jamais les bras face aux crises. Arrêtez-vous quand c’est nécessaire et visez toujours l’excellence», a-t-elle exhorté.
Fondateur du Réseau Babel international, Alidor Muamba Muyaya a, pour sa part, ouvert le débat avec l’auditoire et initié des échanges sans langue de bois. Avec le concours de Jeff Kirogozi, président de la communauté universitaire, il a évoqué notamment la pression académique et financière. Pour les étudiants, plusieurs facteurs contribuent à la dépression. Sur la liste figurent notamment la peur constante des échecs aux examens, la perspective permanente des examens de rattrapage, la hantise angoissante du chômage après l’obtention du diplôme dans un marché du travail saturé, ainsi que la précarité de la vie.
Face à ces détresses, Alidor Muyaya a rappelé qu’un jeune peut accumuler au fil des semestres une «dette émotionnelle» invisible et profondément destructrice, semblable à une faillite financière personnelle. Pour contrer cette urgence, il a insisté sur la nécessité de créer des espaces d’écoute et de mettre en place des repères concrets sur les campus, afin que les étudiants ne se sentent plus jamais isolés.
Djenny LUSAKUENO






