Société

Kinshasa: la CORAP lance un atelier national pour une transition vers l’agroécologie

Le secrétaire exécutif de la Coalition des organisations de la Société civile pour le suivi des réformes et de l’action publique -CORAP-, Emmanuel Musuyu, a ouvert, mardi 14 avril à Kinshasa, un atelier national de deux jours consacré à l’agroécologie et à la socio-écologie. L’objectif est de proposer des solutions durables face à l’insécurité alimentaire chronique qui frappe certaines provinces de la RD-Congo. Réunis dans la capitale, des experts de la Société civile et des acteurs étatiques planchent sur une réforme des pratiques agricoles.

Pour la CORAP, malgré ses vastes terres arables, la RD-Congo ne parvient pas à nourrir sa population et reste prisonnière des importations. Dans son allocution d’ouverture, Emmanuel Musuyu a fustigé l’inefficacité des politiques actuelles. «Nous avons des problèmes de pauvreté persistante au niveau rural, d’indépendance aux exportations agricoles et de dégradation progressive des écosystèmes», a-t-il déclaré. Selon lui, cette situation est la conséquence directe de la promotion de pratiques agricoles qui ne tiennent pas et qui ignorent les enjeux environnementaux.

Foi à ses dires, cet atelier vise à poser les bases d’une transition vers l’agroécologie et la socio-écologie, ajoutant que ces approches privilégient des techniques respectueuses de l’environnement tout en renforçant l’autonomie de petits producteurs locaux. «Il s’agit, pour les participants, de définir une feuille de route permettant d’allier productivité et préservation des ressources naturelles», a-t-il laissé entendre. Face aux limites d’un système actuel jugé trop restrictif, Emmanuel Musuyu a désigné l’agroécologie et la socio-écologie comme les piliers d’une transformation nécessaire.

Ces approches, qu’il qualifie d’alternatives, stratégiques et porteuses d’avenir, visent à rompre avec les logiques de développement peu inclusives qui peinent à intégrer les besoins réels des populations locales. «Nous avons vu dans plusieurs pays, notamment en Amérique latine et en Indonésie, comment les communautés locales parviennent à dynamiser leur économie grâce à ces modèles», a-t-il précisé.

Pour lui, le défi n’est pas uniquement technique. Il s’agit d’une vision globale qui place les savoirs ancestraux et les pratiques communautaires au centre du développement. Toutefois, Emmanuel Musuyu a regretté que ces méthodes restent encore marginalisées dans le paysage institutionnel RD-congolais. «Nous estimons que ces approches sont encore insuffisamment structurées, peu documentées et faiblement intégrées dans les politiques publiques», a-t-il déploré, pointant du doigt un déficit flagrant de coordination et de vision stratégique au niveau national.

En sa qualité de secrétaire exécutif de la CORAP, Emmanuel Musuyu a souligné l’urgence de définir un agenda commun national autour de l’agroécologie et de la socio-écologie. À ses yeux, cet événement constitue une étape décisive dans la coordination des efforts nationaux. Il a fait savoir que l’objectif de ce forum est d’harmoniser les interventions des acteurs de la Société civile et du gouvernement pour transformer durablement les systèmes alimentaires RD-congolais. Ce rassemblement a également servi de cadre au lancement officiel d’une étude d’envergure intitulée «État des lieux de l’agroécologie et la socio-écologie en RD-Congo».

Conçue par la CORAP, cette recherche poursuit trois missions essentielles, à savoir: identification et valorisation des pratiques locales déjà existantes sur le terrain; analyse des dynamiques et contraintes qui freinent actuellement le déploiement de ces méthodes écologiques et, enfin, propositions d’orientations stratégiques pour fournir au gouvernement et aux partenaires des outils concrets de transition. Ces assises qui se clôtureront ce mercredi, interviennent dans un climat de réflexion nationale sur la souveraineté alimentaire. Les recommandations issues de ces deux jours de travaux devraient être soumises aux autorités pour influencer les futures politiques publiques du pays en matière d’agriculture durable.

Hénoc AKANO

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