Société

Beatrice Makaya Samba: «Les femmes peuvent bien évoluer dans tous les domaines de la vie»

Elle ne garde pas sa langue en poche. Elle croit dur comme fer que la
femme est, en tant que sociétaire de l’homme, en mesure de
l’accompagner dans tous les domaines de la vie. C’est évident.
Journaliste indépendante, experte dans les questions de la presse
féminine, du genre, consultante et membre dans différents mouvements
associatifs des médias, enseignante de formation et de profession à
l’ISP Gombe, Beatrice Makaya Samba pense que les femmes RD-congolaises
peuvent évoluer et évoluent déjà dans tous les domaines de la vie. Il
n’ya pas un secteur réservé aux femmes et aux hommes. L’homme et la
femme se complètent. Détentrice d’un diplôme en Pédagogie appliquée de
l’Institut pédagogique nationale -UPN-, Option  Géographie et Sciences
naturelles, Makaya se confie à «AfricaNews» en ce mois de mars dédié à
la femme à travers le monde. Entretien.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?
Je suis chef des travaux et journaliste. Je suis détentrice d’une
licence en Géographie et Sciences naturelles à l’actuelle Université
pédagogique nationale. J’exerce en tant que chef des travaux à
l’Institut supérieur pédagogique/Gombe au département de Géographie,
Gestion de l’environnement. En tant que journaliste, je suis
indépendante et experte dans les questions de la presse féminine, du
genre. Je suis très active dans la presse écrite ainsi que dans les
mouvements associatifs des femmes des médias, notamment l’Association
des journalistes dans la presse féminine -AJPF-, premier mouvement des
femmes des medias au Zaïre.
Souvent, je suis invitée par l’Union
congolaise des femmes des medias -UCOFEM- pour offrir mes services en
tant que consultante et experte en questions du genre. Je milite
également au sein de Genderlinks, une association des médias et de la
Société civile de la SADC représentée en RD-Congo par l’UCOFEM.
Pensez-vous que la proportion de la femme a réellement augmenté dans
la prise des postes de direction en RD-Congo depuis la promulgation de
la Constitution en 2006?
Les progrès sont timides. Je prends le cas précis des institutions de
l’État: la Présidence de la République, le Senat, l’Assemblée
nationale et le pouvoir judiciaire. Je n’ai pas les statistiques
exactes, mais nous savons tous qu’aucun de ces institutions ne
respectent le quota de 30% attribué aux femmes. Aujourd’hui, nous
parlons de 50-50. Notre Constitution est parmi les rares au monde a
consacré la parité depuis 2006. Dans cette parité, nous avons préféré
y aller par pallier en commençant par 30% et nous ne les avons pas
encore atteints. Ma déception est qu’au niveau du gouvernement et de
l’Assemblée nationale, au lieu que les statistiques augmentent à
chaque mandature, l’effectif des femmes ne fait que diminuer.
Au gouvernement, je ne peux pas être clémente, parce que ce sont des
postes de nomination. Il y a manque de volonté de la part des
présidents des partis politiques qui délèguent les candidats
ministrables et de ceux qui nomment. Par contre, au Parlement, c’est
une compétition par voie électorale. Les présidents des partis
politiques devaient faire confiance aux femmes en les désignant parmi
les ministrables. Les femmes, quant à elles, devaient créer des partis
politiques ou militer dans des partis politiques aux instances de
directoire. Ce, pour rendre réel la parité consacrée par la
Constitution.

Est-ce que les femmes ne peuvent qu’évoluer en politique?

Non. La politique est un couronnement d’une action. On est dans la
Société civile, dans le milieu professionnel, dans le syndicat et
après on a une vocation de servir le peuple. Cette vocation amène à
militer au sein d’un parti politique. La femme peut évoluer en
politique. Mais, il n’y a pas que ça. En RD-Congo, la femme peut
évoluer et évolue déjà dans tous les secteurs de la vie. Je suis
l’exemple concret. Je suis dans l’enseignement et dans la presse. La
femme est dans le commerce formel et informel, dans les entreprises,
au portefeuille et autres. Donc, elle est partout. Il n’y a pas un
secteur réservé aux hommes ou aux femmes. Le 8 mars, nous avons vu au
complexe Shark club, dans la commune de la Gombe, comment nos femmes
militaires et les mamans nous ont honorées.
Que-ce qui bloque les femmes pour leur promotion dans des postes de direction?
Depuis des lustres, des études et analyses ont été faites pour
connaitre ce qui bloque la femme. L’UCOFEM, l’Observatoire de la
parité, basé à Bukavu, Genderlinks avec le projet «Baromètre du
genre», le ministère du Genre continuent à mener des études pour
découvrir ce qui empêche la femme RD-congolaise à accéder au poste de
commandement. En conclusion, il y a 3 causes: la première est sociale.
Elle se rapporte à notre environnement, nos coutumes, nos mœurs.
Mettre une femme aux commandes est toujours mal apprécié et celle-ci
devient la cible de toutes les critiques. La deuxième cause est liée à
la compétence et la troisième à la compétition. Les femmes sont
exclues parce que les aléas de la vie, les charges ménagères les
rendent moins performantes que les hommes.
L’image de la femme des médias est aujourd’hui ternie dans les réseaux
sociaux suite aux affaires de sextape. Avec ce comportement la femme
pourra-t-elle arriver à émerger sur le plan professionnel?
Je m’inscris en faux. Si, dans les réseaux sociaux, nous, femmes des
médias, sommes dévalorisées, nous pouvons utiliser les mêmes réseaux
sociaux pour nous valoriser. L’image de la femme des medias sera
améliorée par la femme des medias elle-même. J’invite ainsi les femmes
des médias à militer dans les associations du Genre, à bien travailler
dans leurs rédactions pour soigner leurs images, à promouvoir les
femmes des autres domaines pouvant servir d’exemple à la jeunesse
féminine. La petite minorité qui s’affiche dans les médias avec des
tenues non descentes, des filles immorales fait croire à l’opinion que
c’est ça le monde des médias. Non! La femme des médias est autant
travailleuse qu’une femme médecin, enseignante, juriste, etc. La
profession medias est une profession de valeur et les femmes qui y
travaillent sont des femmes de valeur. Je suis une femme des medias,
ce n’est pas pour autant que je suis une femme de mauvaise moralité.
Je suis mariée et mère de 6 enfants et si je considère tous les
enfants sous ma tutelle, je suis mère de 8 enfants. Je sais concilier
ma profession et mon foyer.
Vous êtes journaliste, enseignante et femme dans différentes
associations. Comment vous faites pour mixer toutes ces casquettes
avec vos responsabilités dans le foyer?

C’est avec beaucoup de sens d’organisation que j’y parviens. Je
remercie mon mari sans le concours de qui je n’arriverai pas à cela.
Je suis à l’aise dans ça, parce que depuis ma jeunesse, j’ai toujours
été une jeune fille active. Déjà, sous la deuxième République, comme
étudiante, j’étais dans des mouvements. J’ai été responsable de la
culture à l’ISP/Gombe. Je suis une femme qui bouge, je n’accepte pas
être passive. Et heureusement, j’ai rencontré un mari qui me comprend,
des enfants qui s’adaptent. J’organise mon temps pour pouvoir répondre
à tous ces devoirs. Mais, la première place, je l’accorde à ma famille
sans laquelle je suis déséquilibrée. Tout ce qui est mouvement de la
Société civile, je le fais à mes heures perdues.

Quelles sont vos ambitions pour l’avenir?

Ma première ambition est de devenir professeur d’université, si pas
professeur des universités. Cela pourra m’ouvrir des horizons énormes
comme femme académique, professeur des universités. Ma deuxième
ambition est de pouvoir élever l’Association des journalistes de la
presse féminine et le Réseau des femmes de l’enseignement supérieur
-REFESU-, deux mouvements associatifs dans lesquels je milite. Mon vœu
est que ces mouvements se transforment en des vastes sociétés
rentables où la femme pourra travailler.
Propos recueillis par Frezia KABAMBA

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