Société

Après la démolition du marché Camp Lufungula, les vendeurs face à l’incertitude

Privés de leur principal espace de travail, les commerçants du petit marché Camp Lufungula réclament un site provisoire pour poursuivre leurs activités et dénoncent les tracasseries policières. Trois semaines après la destruction de leurs installations, l’inquiétude reste vive.

À Kinshasa, dans la commune de Lingwala, la démolition du marché Camp Lufungula continue de bouleverser la vie de nombreux commerçants. Dépossédés de leurs étals, de leurs marchandises et de leur principale source de revenus, ces derniers peinent à retrouver leurs repères. Présentée comme une mesure visant à lutter contre l’insalubrité et à assainir les lieux, cette opération a laissé derrière elle des décombres, mais aussi des familles confrontées à une grande précarité. Occupé depuis plus de 60 ans et fréquenté par plusieurs générations de vendeurs et d’acheteurs, le marché était un lieu bien connu des habitants de la capitale. Selon les motifs avancés pour justifier sa démolition, l’insalubrité, la prostitution et les vols récurrents figuraient parmi les problèmes auxquels il fallait remédier. L’opération aurait concerné un espace allant de l’avenue Itaga jusqu’à l’avenue du Rail. Mais ses conditions d’exécution suscitent de nombreuses interrogations parmi les commerçants touchés.

Une démolition sans préavis suffisant

Les vendeurs affirment avoir été pris de court par cette opération. Selon leurs témoignages, la démolition a commencé en soirée, entre 18 h et 19 h, peu après une annonce faite par un journaliste. Une trentaine de minutes seulement se seraient écoulées avant l’arrivée des engins de démolition. Pris au dépourvu, certains commerçants n’auraient même pas eu le temps de récupérer leurs biens. Tables, étals, marchandises et autres équipements ont été détruits, entraînant des pertes importantes pour des personnes dont les revenus dépendaient essentiellement de cette activité.

Les vendeurs expliquent que les autorités leur avaient initialement demandé de libérer une bande de huit mètres le long de la route. Sur le terrain, affirment-ils, la démolition aurait finalement atteint une profondeur d’environ 30 mètres. «Nous avons perdu nos tables, nos marchandises et notre matériel. Comment allons-nous faire maintenant? C’est le même endroit qui nous permettait de gagner notre vie et de subvenir aux besoins de nos familles», témoigne Jérémie Bokotshi, un vendeur rencontré sur place. Trois semaines après les faits, les conséquences de cette opération continuent de peser sur les personnes affectées. Pour beaucoup, la question n’est plus seulement celle de la disparition du marché, mais aussi celle des moyens de reprendre une activité économique.

Quel avenir pour les commerçants?

«Que va-t-il advenir de nous? Où allons-nous vendre?». Ces interrogations résument les préoccupations des commerçants, qui attendent des réponses des autorités. Si l’assainissement du site et la modernisation du marché peuvent répondre à des préoccupations d’intérêt public, les vendeurs déplorent toutefois l’absence de mesures d’accompagnement. Ils estiment que les conditions de la démolition ont fragilisé leurs activités et rompu la confiance avec les autorités. À ce stade, selon les témoignages recueillis, les commerçants attendent toujours des explications officielles et des indications claires sur leur avenir. Ils souhaitent notamment savoir si un nouvel espace commercial est prévu et dans quelles conditions ils pourront reprendre leurs activités. Pour ces commerçants, cesser de travailler n’est pas une option.

Avec des familles à nourrir et des charges quotidiennes à assumer, plusieurs tentent de poursuivre leurs activités à même le sol, à proximité des décombres. Cette solution de fortune les expose cependant à de nouvelles difficultés. Selon leurs témoignages, des policiers interviennent régulièrement pour les chasser, confisquer leurs marchandises ou leur réclamer de l’argent. Certains vendeurs affirment également avoir subi des violences physiques lorsqu’ils tentaient de résister. Ces accusations qui nécessiteraient une réaction des services de police concernés, accentuent le sentiment d’insécurité des commerçants. Pour ces derniers, la recherche d’un revenu quotidien est devenue une épreuve supplémentaire, dans un contexte déjà marqué par la perte de leurs installations.

Un site provisoire pour relancer les activités

Les commerçants assurent ne pas s’opposer à la modernisation de Kinshasa ni à la construction d’un nouveau marché. Leur principale revendication porte sur la mise à disposition d’un espace provisoire où ils pourraient exercer leurs activités dans des conditions acceptables, en attendant l’aboutissement des éventuels travaux. Ils demandent également aux autorités de mettre fin aux tracasseries policières et de garantir la sécurité de ceux qui tentent de gagner honnêtement leur vie.

Au-delà de la démolition, le dossier Marché Camp Lufungula pose ainsi la question de l’accompagnement social des petits commerçants lors des opérations d’assainissement urbain. Entre la nécessité d’améliorer le cadre de vie et l’urgence de préserver les moyens de subsistance des familles, les vendeurs attendent désormais des mesures concrètes. Leur souhait est simple: pouvoir reprendre leurs activités, retrouver un minimum de stabilité et continuer à faire vivre leurs familles.

Jehovanie SOKI

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