Société

Professeur Thierry Tangou Tabou: « la gestion de l’environnement est la clé du développement»

Professeur associé à la Faculté des Sciences, département des sciences de l’environnement à l’Université de Kinshasa et chargé de recherche au Département de physique des sols et hydrologie au Commissariat général à l’Energie atomique/Centre d’études nucléaires de Kinshasa -CGEA/CREN-K-, Thierry Tangou Tabou axe essentiellement ses recherches sur l’épuration des eaux usées et la gestion intégrée des ressources en eau. Dans une interview accordée à AfricaNews, le professeur explique l’apport de la prise en compte des aspects environnementaux pour le développement économique de la RD-Congo. «L’environnement sain nous éloigne des maladies, des paysages désagréables; il attire les touristes, améliore les conditions de vie de la population et celles de l’économie nationale». Interview.
Qu’est-ce qui est à l’origine de la pollution environnementale et comment la combattre à Kinshasa?
Il y a plusieurs causes. D’abord, quand nous parlons de la pollution de l’environnement, nous, scientifiques, faisons allusion à la pollution de l’air, de l’eau et du sol. L’air est pollué par les entreprises du fait que le pouvoir public ne leur impose pas des normes strictes de contrôle à observer, en utilisant les technologies propres. Comprenez que via leur cheminée, sont dégagés des fumées et autres éléments nuisibles pour les êtres humains, les espèces animales et végétales. Dans ces fumées, il y a plus des polluants qui dégradent la qualité de l’air. En dehors de ça, je pense aussi qu’il y a tellement des déchets à Kinshasa qui rendent la ville insalubre. Du coup, le moindre mouvement du vent emporte des particules volatiles qui détruisent le système respiratoire et provoquent plusieurs maladies.
Le nombre d’industries pollueuses a pourtant sensiblement baissé…
La ville de Kinshasa est plus menacée par des déchets, des industries et les transports. Nous sommes dans un pays où il n’y a pas de rigueur en termes de contrôle technique. Aussi, les Kinois doivent éviter d’envoyer les eaux des toilettes dans les cours d’eau car elles sont responsables de la prolifération des germes pathogènes qui occasionnent des maladies hydriques telles que le choléra, la poliomyélite, la typhoïde, la malaria, la dysenterie. Dans certains quartiers, les eaux des toilettes coulent directement vers un cours d’eau constituant une importante source de pollution. Un minimum de traitement de ces eaux s’impose avant leur rejet dans le milieu marin en vue de préserver l’environnement. En dehors des ménages, il y a aussi les industriels.
Des industriels exposent la vie des populations sans être inquiétés
En RD-Congo, beaucoup d’entre eux ne disposent pas de stations de traitement des déchets liquides qu’ils produisent et qui sont directement déversés vers les cours d’eau. Au quartier Kingabwa, dans la commune de Limete, des collecteurs sont connectés aux industries sans aucune disposition pour la protection de l’environnement. Ces rejets industriels polluent les eaux des rivières et du fleuve. Beaucoup d’activités agricoles sont développées dans la ville. Certains maraîchers emploient des engrais chimiques qui dégradent fortement les eaux.
Ceci est une évidence que la ville de Kinshasa éprouve beaucoup du mal à gérer ses déchets?
Nous constatons aujourd’hui qu’on a un paysage désagréable à Kinshasa. La question même de l’esthétique n’est plus de notre goût. Partout, nous jetons n’importe quoi, surtout les plastiques qui ne se dégradent pas facilement. La conséquence est que le sol retient de moins en moins d’eau. Le taux d’infiltration d’eau dans le sol est réduit. Lorsqu’il pleut, l’eau rencontre des obstacles et ne parvient pas à s’infiltrer dans le sol. Par conséquent, il y a un ruissellement important. Ce qui conduit à des inondations, des érosions. Donc la problématique de la gestion des déchets est à prendre au sérieux. Les montagnes de déchets peuvent contaminer les eaux souterraines. Les liquides toxiques appauvrissent le sol. En outre, il y a beaucoup de mauvaises pratiques agricoles qui dégradent le sol de Kinshasa. Des gens cultivent sur des terrains topographiques accidentés, exposant ainsi le sol à l’érosion la moindre pluie.
La population donne l’impression de s’en accommoder?
A ce jour, la population est exposée. Vous devez savoir que les odeurs nauséabondes sont provoquées par les gaz qui se dégagent de ces déchets. Quand nous parlons de biogaz, ce sont les gaz issus des processus biologiques. Ça peut se dégager dans des eaux, dans les déchets organiques. Parmi ces gaz, nous avons notamment le gaz carbonique, le gaz méthane, le gaz ammoniaque. Certains sont des gaz à effet de serre, qui contribuent au réchauffement climatique de la planète. Ces gaz sont en réalité des molécules chimiques pouvant avoir d’une manière ou d’une autre des effets négatifs sur la santé des riverains. C’est vraiment une question à ne pas négliger.
Le tableau semble être sombre. Comment éviter toutes ces pollutions?
Avant toutes choses, nous devons légiférer sur cette question. Si les lois existent, je dirai alors qu’elles ne sont pas bien appliquées ni suivies. S’il n’y a pas de normes, il est difficile de lutter contre la pollution. Les normes ont les mérites de discipliner les individus et les industriels pollueurs. Il y a aussi l’éducation relative à l’environnement -ERE. Les autorités doivent voir ce qui se passe ailleurs dans le monde en termes de protection environnementale et s’investir dans la sensibilisation des populations à travers la vulgarisation des lois et des normes. En dehors des lois, l’État doit agir en construisant les stations de traitement des eaux usées.
On rapporte que la bonne gestion des facteurs environnementaux favoriserait le développement économique d’une nation?
L’environnement propre inspire beaucoup de choses. D’abord la préservation de la santé publique et la protection des écosystèmes. Lorsque les eaux sont protégées de la pollution, on sauve également les poissons, etc. Il est clair que la bonne gestion des aspects environnementaux contribue à la sécurité alimentaire. Il en est de même de l’agriculture, lorsque le sol est à l’abri de polluants tels que les pesticides et d’autres engrais chimiques. Si le sol est protégé, les nappes phréatiques le seront aussi. Ainsi, la sécurité hydrique est garantie. Un environnement sain nous protège contre les maladies, mais aussi contribue à l’essor du tourisme qui peut favoriser la création des emplois et améliorer les conditions de vie de la population. Bref, la gestion intelligente des enjeux environnementaux contribue au développement d’une nation.
Propos recueillis par
Frezia KABAMBA

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