Société

Alexis Batala: pour une gestion transparente de l'Eglise…

Alexis Batala Nsimba
Alexis Batala Nsimba
Ça fait débat. Plusieurs failles et mésententes s’observent au sein des Eglises en RD-Congo. L’on y voit un mode de gestion opaque, une passation de direction à la manière de dynastie ou royaume. Certains fidèles décrient ce dysfonctionnement, quelque fois à l’origine de divisions au sein des Eglises. A ce sujet, «AfricaNews» a cherché à consulter certains éminents serviteurs de Dieu en vue d’un éclairage sur la manière dont la chose divine devait normalement être gérée.
Dans une interview exclusive accordée dernièrement, en son bureau de l’église, dans la commune de Kalamu, le Révérend-pasteur RD-congolais Alexis Batala N’simba révèle que l’Eglise est une institution divine et elle appartient à Jésus-Christ. Pasteur à l’Eglise intercommunautaire Prince de paix -EIPP-, Alexis Batala a rappelé que cet établissement divin renferme deux entités, à savoir: spirituelle et administrative. Entant que théologien, ce dernier a indiqué, lui également, avoir constaté plusieurs failles sur les comportements de certains gestionnaires des églises RD-congolaises qui sont à l’origine des divisions des serviteurs et de l’exode des membres. Entretien.     
Pasteur, comment définissez-vous l’Eglise?
C’est une bonne question. Entant qu’une institution divine, l’Eglise est un ensemble d’individus qui ont reçu Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur personnel, qui partage la même parole et qui communient en rendant un culte à Dieu dans un environnement donné. Par contre, administrativement, est une association des gens qui se sont convenus d’être ensemble et qui ont certainement des droits et devoirs partageant un but très commun.
Vous êtes licencié en Théologie et pasteur depuis 14 ans. On pense que vous avez déjà une belle expérience en la matière. Comment l’Eglise en générale devrait-elle être gérée?
Il n’existe pas de méthode universelle pour la gestion d’une Eglise. Il y en a donc plusieurs. Si on peut se pencher aux principes bibliques, je pense qu’ils peuvent nous aider à relever quelques unes, comme la vérité, l’honnêteté et la transparence surtout en ce qui concerne la finance. Vous savez, il y a des pasteurs malhonnêtes qui arrivent jusqu’à gérer même l’argent de la paroisse comme des fonds privés, allant jusqu’à les utiliser selon leurs humeurs. Pire encore, par manque de confiance à l’égard de leurs collaborateurs, ces types des pasteurs  confient de fois la gestion des finances de la paroisse à leurs femmes ou enfants pour qu’ils soient juge et partie. C’est pourquoi, l’Apôtre Paul dit: examinez-vous vous-même pour voir si vous êtes toujours sur la voie de Dieu.
Il faut noter que l’Eglise en soi a deux entités: entité spirituelle et administrative. Spirituellement, lorsque l’Eglise est gérée par Dieu parce qu’elle est formellement sa propriété sans exception. Et administrativement, quand l’Eglise est gérée par des serviteurs de Dieu. C’est pourquoi nous avons un personnel à l’Eglise, dont le secrétaire, financier, pasteur responsable, assistant et tant d’autres. Donc en vertu du premier livre de Corinthiens 12:4-23, laissez-moi-vous informer que la gestion de l’Eglise doit se baser sur des principes bibliques du fait qu’elle appartient à Jésus-Christ. Comme on a d’imperfection, elle ne doit pas administrativement être gérée par une seule personne plutôt par plusieurs pour se soutenir les uns les autres.
L’église peut-elle être administrée à la dynastie ou à la descendance préétablie?
D’emblée, non. Il y a des cas très particuliers qui peuvent impliquer ce mode de gestion. Et nous vivons cela même ici dans notre pays. En fait, c’est d’abord comme je l’ai toujours dit une institution divine. Je ne peux être d’accord avec ça que si l’enfant ou l’épouse du pasteur a reçu une vocation de la part du Seigneur. Ce n’est pas une loi préétablie. Si un pasteur meurt et son fils lui succède, on ne peut pas directement qualifier cet acte d’une dynastie.
Si le fils a reçu un appel de Dieu, là je pense qu’il est normal. Mais, un autre cas est que si ce fils reçoit une vocation, est-ce qu’il doit nécessairement remplacer son père? Est-ce que son père n’avait-il pas des collaborateurs? Je pense que s’il a un appel quelconque, je ne suis pas contre ce phénomène mais il peut aussi servir Dieu ailleurs ou encore bâtir une autre église. Donc, le danger se trouve dans la mesure où le pasteur de son vivant prépare charnellement son fils pour prendre relève après sa mort. Là,  ce n’est plus la Bible.             
Est-ce un pasteur célibataire peut-il gérer une Eglise?
Oui. Mais, il peut toujours lui manquer certaines compétences. Vu la lourde charge qu’il aura à l’Eglise, il serait forcément mieux de se marier.
L’Eglise renferme toutes les catégories confondues des personnes, dont les couples mariés. Comment peut-il les prêcher et avec quelle expérience?
D’abord, il faut savoir qu’un prédicateur incarne le mythe de l’homme parfait. Il peut le faire, s’il a réellement reçu la vocation de Dieu comme fut le cas pour Paul. Dieu ne peut que toute fois lui octroyer cette capacité de les enseigner, car la Bible dit: «il fait grâce à qu’il veut». Le Seigneur peut utiliser n’importe qui et peut doter à n’importe qui quelques aptitudes. Mais aussi, il peut donner l’occasion à ceux qui ont cette expérience de s’exprimer pour accompagner l’œuvre de l’Eternel. Notamment, ceux qui sont déjà mariés peuvent l’accompagner dans la vision. En cas de bénédiction de mariage, il peut faire appel à d’autres collègues. Ce n’est pas aussi un pêché.     
Partant des réalités que nous vivons aujourd’hui dans des différentes Eglises RD-congolaises, particulièrement à Kinshasa, certains serviteurs de Dieu, notamment les pasteurs se font des maitres des églises, constituant un obstacle pour les fidèles et collaborateurs. L’Eglise est-elle une communauté ou propriété privée d’un individu?
 L’Eglise n’est pas une affaire privée. Elle appartient à Jésus-Christ. C’est lui qui l’institue aux hommes que nous sommes. Et il importe de savoir que chaque dirigeant d’une paroisse a des comptes à rendre. Je suis sans ignorer qu’il y en a qui disent: j’ai beaucoup souffert seul pour cette Eglise. Mais il oublie qu’il a souffert pour Jésus qui l’a appelé. Pour s’en approprier, certains étouffent leurs collaborateurs même ceux qui ont des vocations visibles. Et, c’est ce qui crée les guerres de leadership. L’Eglise est un corps.
La Bible déclare dans 1 Corinthien 12, 18-20: «Dieu a placé chacun des membres comme il a voulu. L’un, œil, l’autre, oreille et ainsi de suite. Si tout était oreille, où serait l’odorat et autres?». Donc, à l’Eglise, nous avons besoin de tout le monde dans le champ du Seigneur, on a tous un seul maitre et propriétaire de l’Eglise qui est Jésus-Christ car nous sommes les membres du corps. Par contre, il y a aussi des collaborateurs qui sont très pressés à passer à la prédication avant la formation, seulement parce qu’ils ont une vocation. Si nous lisons dans la Bible, on verra que les disciples avaient fait trois ans avec Jésus avant de devenir apôtres. Tout ce temps, c’était pour la formation.
Voulez-vous dire que c’est tout ce qui occasionne des divisions au sein des Eglises?
Division, c’est trop fort. Il faut savoir que la division n’est pas de Dieu. Moi, je souhaiterai que vous parliez de la séparation qui est un entendement biblique. Dieu peut aussi occasionner une séparation en cas d’incompatibilité entre deux hommes. C’est normal que les gens à l’Eglise se séparent, par exemple en cas de la non-transparence en matière financière, parce que si vous lisez dans le livre de  Genèse  13:8-9, c’est Dieu qui les avait séparés. Je crois qu’il n’est pas bon de se diviser car une Eglise qui est née d’une division, crée automatiquement la division.
Pasteur, vous parlez de principes bibliques. Existe-t-il quelques principes authentiques pour mieux gérer une Eglise?
En fait, l’Eglise doit être gérée dans la vérité, rien que la vérité. Aussi, tout ce qui est moralement bon et qui ne viole pas la loi de la Bible, fait partie de ces principes authentiques dont on parle.
Quelles sont les failles que vous pouvez relever dans l’Eglise aujourd’hui?  
Bon, entant que théologien, il y en a plusieurs. Je ne peux pas tout énumérer aujourd’hui. Il y a notamment le manque de formation des prédicateurs. Ce n’est pas dit que parce qu’on a reçu un appel de Dieu, on doit automatiquement devenir prédicateur. Deuxièmement, le non-respect de la déontologie pastorale se vit beaucoup dans nos églises. A cela s’ajoutent le manque de bonnes moralités dans le chef des pasteurs, la dictature et les cultes des personnalités. C’est-à-dire, l’autoglorification des hommes; en place et lieu de dire que Jésus a fait, certains pasteurs se permettent de dire: «j’ai fait». Par exemple: j’ai délivré, alors que c’est Jésus qui délivre.
Propos recueillis par René KANZUKU

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