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Transport aérien : la RD-Congo toujours plantée dans l’humiliante zone rouge

En 2014, les experts de l’Association internationale du transport aérien -IATA- ont publié un rapport accablant. En RD-Congo, ce sont les commerçants qui font l’aviation. Cette vérité est toujours de brûlante actualité. Hier pionnière de l’aviation civile en Afrique subsaharienne avec l’exploitation tous azimuts de son instrument désigné Air Congo, Air Zaïre, Lignes aériennes congolaises dans le strict respect des normes rigoureuses dans le transport aérien des personnes, des biens et de la poste, la RD-Congo a été ravalée depuis quelques années dans le peloton des pays réputés à très haut risque en matière de sécurité et de sûreté. La plupart des dirigeants qui se sont succédé à la tête du ministère des Transports et Communications se sont contentés des actions «tape à l’œil» avec peu de résultat plutôt que de s’occuper sérieusement de ce cancer au stade des métastases et prendre des mesures drastiques en vue de sortir la RD-Congo de cette humiliante zone rouge.
Ceci n’est un secret pour personne, les compagnies aériennes de droit rd-congolais sont toutes interdites de vol et survol de l’espace aérien de l’Union européenne et des Etats-Unis d’Amérique. Contrairement à une opinion généralement répandue, la descente aux enfers de la RD-Congo n’est pas le fait des insuffisances des exploitants aériens de droit congolais. Elle plonge plutôt ses racines dans les énormes difficultés qu’éprouve l’Autorité de l’aviation civile/RD-Congo -AAC- à faire respecter les directives pertinentes et impératives des instances aéronautiques internationales telles que l’Organisation de l’aviation civile internationale -OACI-, l’Association internationale des transporteurs aériens -IATA-, etc.
Disons-le sans ambages, l’AAC a du plomb dans l’aile. Lorsque les experts de l’IATA sont venus dans la capitale en vue de procéder à la certification des compagnies aériennes congolaises, ils ont été sidérés par le tableau sombre, présenté par les dirigeants de l’administration aéronautique RD-congolaise, qui se trouve aux antipodes des ambitions de la grande RD-Congo dans ce domaine de haute technologie. De même, les inspecteurs de l’OACI ont évalué, l’an dernier, à moins de 30% les performances de la RDC par rapport aux standards internationaux mandatoires.
Présence d’éminences grises avec la parfaite maîtrise des techniques du transport aérien
Cet établissement public, AAC/RD-Congo, à caractère administratif et technique a la redoutable mission d’amener les transporteurs aériens placés sous sa gestion à se conformer aux normes édictées dans la profession, dont l’OACI. D’où l’impérieuse nécessité pour l’AAC de disposer d’éminences grises maîtrisant parfaitement les techniques du transport aérien international en vue d’édicter et faire respecter les normes rigoureuses en la matière, notamment la maintenance des aéronefs et de leurs équipements, l’inspection de l’exploitation, les autorisations d’exploitation, les services de transport aérien commercial, etc.
L’actuelle direction de l’AAC a du pain sur la planche. Elle se bat certes de toutes ses forces pour inverser la courbe, en dépit de la carence des moyens pouvant sous-tendre son action. Il est à noter que dans un passé aux cendres encore chaudes, les fonds inscrits au budget de l’Etat pour le fonctionnement de cette structure ont souvent été affectés à d’autres besoins du ministère des Transports et Voies de Communication. Nos fins limiers ont découvert que les fonds ayant servi à l’achat des 200 premiers bus «Esprit de vie» ont été ponctionnés dans le budget de l’AAC, sans contrepartie, avec l’instruction formelle de l’observance du motus bouche cousue.
Par ailleurs, la vague est venue de loin. A la suite de l’accident d’aviation de l’Antonov 32B immatriculé RA-26222 survenu le 8 janvier 1996 à l’aérodrome de Ndolo -marché Type K- et qui a coûté la vie à plus de 400 personnes versées dans les oubliettes de l’histoire, le gouvernement de transition de la RD-Congo a pris une double mesure préventive consistant en l’immobilisation de tous les aéronefs cargo et mixte et au contrôle technique de tous les aéronefs exploitant sur son territoire. Deux commissions ont été mises sur pied chargées du contrôle technique des avions, du contrôle administratif des compagnies et du personnel navigant technique.
Des recommandations pertinentes à la DAC
Des recommandations pertinentes ont été formulées à l’endroit de la Direction de l’aviation civile -DAC- qui a été instruite de se pourvoir dans les plus brefs délais en ressources humaines et matérielles lui permettant d’exécuter pleinement son rôle normatif, notamment:
a. D’étoffer son outil de travail, à savoir la règlementation technique détaillée;
b. De se munir des éléments de référence pouvant lui permettre d’effectuer son travail avec efficacité;
c. De se conformer scrupuleusement aux normes des constructeurs quand il s’agit d’extension des times between overhaul -TBO- des aéronefs, des ensembles majeurs, des équipements ainsi que du suivi technique des aéronefs;
d. D’effectuer en âme et conscience son travail normatif quand il s’agit de:
– Suivi rigoureux de la gestion technique des aéronefs -inspections de routine, tolérances non cumulables, suivi des travaux techniques, etc.
– Revalidation des CDN -certificat de navigabilité- et LSR -licence station radio;
– Approbation des programmes de maintenance, de minimum equipment list -MEL- en fonction des conditions d’exploitation des aéronefs et de chaque compagnie;
– Suivi de l’application rigoureuse des airworthiness directives -AD’s-;
e. De veiller au suivi des différentes recommandations formulées dans les procès-verbaux de chaque avion;
f. D’encadrer les compagnies aériennes pour leur permettre d’assurer continuellement une gestion technique convenable de leurs aéronefs;
g. D’appliquer beaucoup de rigueur dans l’examen des dossiers techniques des aéronefs avant toute importation et d’exiger que la documentation technique soit en anglais ou en français;
h. De définir avec la Régie des voies aériennes -RVA- des mécanismes lui permettant de suivre la mise en application des décisions relatives à la navigabilité des aéronefs ainsi que leur exploitation -respect de chargement des aéronefs, contrôle des autonomies avant le vol, etc.;
i. De prendre en compte le profil d’experts aéronautiques tel que sanctionné par l’Arrêté ministériel en ce qui concerne la nomination des experts aéronautiques;
j. La mise à jour dans le bref délai de la nomenclature des aéronefs immatriculés en RD-Congo et ainsi que ceux en leasing.
Deux catégories distinctes d’experts en navigabilité
La plupart de ces recommandations demeurent d’actualité. Elles sont à la portée des dirigeants et experts en navigabilité RD-congolais pour autant que l’AAC puisse disposer des moyens de sa politique ainsi que de l’appui institutionnel. S’agissant des ressources humaines, deux catégories distinctes d’experts en navigabilité sont présentement opérationnelles à l’AAC.
La première catégorie est constituée d’experts aéronautiques indépendants ne faisant pas partie de l’AAC. Ceux-ci viennent de l’industrie, c-à-d des compagnies aériennes et détiennent les qualifications, l’expertise et un bagage consistant en la matière. La seconde catégorie renferme les experts faisant partie des agents de l’AAC. La grande faiblesse pour ces jeunes engagés depuis l’époque de la DAC réside en ce qu’ils n’ont jamais travaillé dans une unité de maintenance quelconque.
Ils n’ont acquis ni l’expérience, ni la formation professionnelle indispensables pour pouvoir émettre des avis crédibles sur l’état de navigabilité des aéronefs. Il serait hasardeux de les commettre à des fonctions d’expertise technique des aéronefs dont ils ne possèdent point les qualifications requises. La solution à ce problème passe par la mise en application des textes légaux définissant les profils d’experts aéronautiques en navigabilité -cfr Arrêté ministériel n°409/CAB/MIN/TC/0010/95 du 20 mars 1995.
Renforcement permanent des capacités des experts aéronautiques
Ceci implique également le renforcement permanent des capacités des experts aéronautiques qui doivent être up to date -mise à jour- et au diapason des évolutions de la technologie aéronautique dans le monde à travers les séances de remise à niveau, les conférences et séminaires techniques organisées par les structures internationales appropriées.
Le moment est venu de battre le rappel des troupes. L’histoire du transport aérien en RD-Congo renseigne la présence incontournable et l’apport significatif de la première compagnie aérienne nationale Air Congo, Air Zaïre, Lignes aériennes congolaises dans la défense de l’image de marque du pays sur le plan international depuis son accession à l’indépendance et cela, pendant plusieurs décennies.
Tant que l’instrument désigné de la RD-Congo a évolué dans de grands groupes de renom et respectueux des normes en coopération technique avec Sabena, Swissair, KLM, SAS, UTA… le «Léopard volant» s’est hissé à un niveau très élevé en matière de sécurité et de sûreté jusqu’à totaliser plus d’un demi-siècle sans avoir opéré un vol commercial ponctué par un quelconque accident ayant provoqué la moindre perte en vie humaine. Au magasin technique de LAC à l’aéroport de Ndjili sont encore visibles les pièces de rechange et d’autres grands ensembles des avions exploités par ces majors.
LAC, vivier naturel des compagnies privées et étrangères
Ces performances remarquables ont toujours masqué les balbutiements de l’ancienne Direction de l’aéronautique civile demeurée à la traîne. Cette confiance et ce respect des experts Rd-congolais du transporteur aérien national ont été forgés par une discipline de fer en matière de respect des directives édictées par les constructeurs d’aéronefs, les autorités de l’aviation civile des pays d’origine de ces avions et celles des pays desservis dans l’exploitation des lignes internationales, la formation rigoureuse, la certification du personnel navigant technique, du personnel technique au sol et des exploitations terrestres, etc.
Certifiés par les constructeurs Boeing, Mc Donnell Douglas, Fokker, les techniciens de la première compagnie aérienne nationale continuent d’intervenir avec beaucoup de maîtrise sur les avions de la concurrence en RD-Congo lorsqu’ils sont l’objet de pannes. C’est dans ce vivier que, pour se faire du muscle, les compagnies aériennes privées de droit RD-congolais ainsi que les compagnies étrangères desservant la RD-Congo ne cessent de débaucher des compétences avérées formées pourtant à grands frais.
Ces oiseaux rares existent. L’AAC, comme partout ailleurs, a besoin d’une compagnie nationale normalisée qui puisse lui servir d’instrument-modèle en vue de faire appliquer sa politique. Par le passé, la première compagnie aérienne nationale a toujours volé à la rescousse de l’Autorité de l’aviation civile en mettant à sa disposition de grands techniciens aux compétences avérées. Aujourd’hui encore, les Lignes aériennes congolaises remplissent toutes les conditions requises pour réussir ce pari. Sa réhabilitation, sa modernisation et sa relance sont à portée de main. Il suffit d’un management responsable, crédible et avisé et d’une volonté politique clairement affichée. Les recommandations pertinentes du Sénat, de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale et du constructeur Boeing en font foi.
Tino MABADA

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