
Une déclaration, une vidéo virale et une déflagration politique. Le pasteur Pascal Mukuna affirme avoir été, en 2018, «approché par des acteurs internationaux» pour succéder à Joseph Kabila, avant de décliner l’offre. Il assure que la proposition, faite devant des témoins dont la députée nationale honoraire Wivine Moleka, s’accompagnait d’une requête pour le moins insolite: choisir 50 membres de sa famille qui devaient partir en Occident le lendemain, aux frais de ses hôtes.
«Ces acteurs internationaux étaient venus à Bandal en voitures. La réunion avait duré deux heures. Ils m’ont demandé de leur donner les noms des 50 membres de ma famille, femme et enfants inclus, pour qu’ils partent en Occident le lendemain à leurs frais. Ils m’ont dit que si je donnais mon aval, Bandalungwa serait encerclée par les forces de sécurité pour assurer ma protection. C’était devant témoins, notamment maman Moleka. Mais j’ai décliné l’offre», a déclaré Mukuna devant les caméras.
Boum: la députée honoraire Wivine Moleka nie en bloc. Dans un message publié le 12 février sur X, elle balaie la version de Mukuna: «Je suis sûre qu’il se trompe de témoin. Moi je le connais dans le cadre de l’équipe Renaissance et rien d’autre. Et pour devenir président, c’est le peuple congolais et personne d’autre qui choisit. Son cas relève de l’amnésie». Le démenti a enflammé les réseaux et transformé l’affaire en polémique nationale.
Aucun élément probant n’a été produit publiquement pour étayer la narration de Mukuna: ni photo de la fameuse réunion, ni vidéo, ni document, ni témoin indépendant. Les acteurs politiques contactés pour ce dossier n’avaient, au moment de la publication, ni confirmé ni enrichi la version du pasteur. Le contraste entre l’affirmation spectaculaire et l’absence de preuves nourrit le scepticisme.
Pour monter la tension d’un cran, un autre pasteur, détracteur connu de Mukuna, enfonce le clou sous couvert d’anonymat: «Mukuna se prend au sérieux. Ni évêque catholique, ni évêque protestant, ni leader kimbanguiste, ni député national, ni sénateur, ni ministre de la République, ni candidat à la présidentielle de 2018 mais seulement représentant légal d’une petite église de réveil dont le siège se trouve à Bandalungwa et fondateur d’un club de football dont l’étoile a vite pâli, comment peut-il se prétendre destiné à un rôle national tout en sachant que ses allégations seraient démenties?»
Le rappel historique est immédiat. 2018: départ de Kabila, élection surprise de Félix Tshisekedi -une période fertile en soupçons d’ingérences étrangères et en théories de coulisses. Dans ce climat, la moindre affirmation sur une prétendue «offre» faite par des acteurs internationaux attise la défiance et polarise l’opinion. Au centre du débat: trois questions simples mais déterminantes. Les allégations de Mukuna sont-elles véridiques? Qui étaient réellement les témoins? Le pasteur ne révèle-t-il pas, volontairement ou non, l’existence d’un plan de déstabilisation des institutions peu avant 2018? Moleka assure n’avoir jamais assisté à une telle discussion. De son côté, Mukuna n’a pas, depuis sa dernière sortie controversée, produit d’éléments supplémentaires ni communiqué la liste des autres témoins évoqués.

La controverse interroge aussi la responsabilité des figures publiques. Diffuser des assertions lourdes sans preuve peut fragiliser la confiance entre acteurs politiques et enflammer inutilement l’espace public. Certains appellent à une enquête indépendante; d’autres exigent simplement que Mukuna apporte les preuves de ses dires ou retire ses allégations.
Appel à clarification
Plusieurs voix réclament une mise au point publique: que Pascal Mukuna livre documents ou noms de témoins, ou qu’il reconnaisse s’être trompé. Du côté des internautes et de certains responsables, on attend aussi que Wivine Moleka, si elle le juge nécessaire, formule un démenti officiel pour clore la polémique.
Natine K.

