
Le Conseil national de suivi de l’Accord et du processus électoral -CNSA- a qualifié mardi de «barbarie inouïe» les violences survenues le 12 juin aux abords du Palais du peuple à Kinshasa, et mis en garde contre une dérive vers un «non-État» marqué par l’émergence de milices.Réuni pendant plus de six heures le 16 juin en session ordinaire à l’Immeuble du Cinquantenaire sous la présidence de Joseph Olenghankoy Mukundji, le CNSA s’est penché sur «les événements malheureux du 12 juin 2026».
Un sit-in attaqué, des leaders visés
Selon le CNSA, la coalition d’opposition C64 avait organisé un sit-in pacifique pour «exprimer son rejet de la loi sur le référendum, dite “loi Ngondakoy”». Les militants, qui se dirigeaient «pacifiquement vers le lieu de sit-in», ont été «attaqués violemment par un groupe d’individus, dont certains se réclamaient membres de Forces du Progrès suivant les images visionnées en plénière». Le Conseil dénonce «la complicité de certains éléments de la Police nationale congolaise» qui auraient empêché les manifestants d’atteindre le site prévu. Il fait état de «mort d’hommes, des blessés graves», ainsi que de «la destruction des sièges de certaines formations politiques de l’opposition, le pillage et la destruction des biens meubles, du matériel roulant, matériels de bureau et autres». «Depuis le rétablissement de la démocratie en 1990, c’est la première fois que des leaders politiques de l’opposition sont battus et tirés à balle réelle lors des manifestations pacifiques», souligne le communiqué.
Mise en garde contre les milices
Le CNSA «regrette que la lutte de la non-violence prônée par feu Étienne Tshisekedi wa Mulumba au sein de l’UDPS se transforme peu à peu en une organisation des milices», en violation de l’article 190 de la Constitution. Il alerte: «Que des milices Ninjas, Cobras et Cocoyes ne surviennent en RDC, car notre démographie et notre superficie risquent de rendre la situation compliquée et de loin plus dangereuse».
Appel au Président et à la communauté internationale
Le CNSA demande au président Félix Tshisekedi, «garant du respect de la Constitution» au titre de l’article 69, de ne pas promulguer la loi sur le référendum, jugée «inconstitutionnelle» et facteur de troubles. Il «en appelle à la communauté internationale : les Nations Unies, l’Union Européenne et l’Union Africaine à retourner leur regard vers la RDC, sans attendre que la situation ne s’empire et ne devienne incontrôlable». Il exhorte le peuple «à ne pas se laisser entraîner dans la violence au risque de faire reculer davantage le pays».
Le Dialogue national inclusif comme issue
Le CNSA se réjouit de la récente rencontre entre James Swan, représentant spécial des Nations Unies en RDC, et le président angolais Joao Lourenço «pour la recherche des solutions à la crise». Il rappelle que «le Dialogue national inclusif reste la seule option susceptible de mettre fin aux atroces souffrances de nos compatriotes vivant dans les zones en conflits», appelant autorités congolaises et communauté internationale à soutenir ce processus, «car en dépit de la signature de tous les accords, la guerre continue de faire rage à l’Est». La plénière a demandé au président du CNSA de «communiquer régulièrement sur la situation du pays par voie de médias conformément aux recommandations de la loi organique».
Natine K.