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RDC: Fatwa lancée contre Bahati

Modeste Bahati Lukwebo est dans de sales draps. Le 2ème vice-président du Sénat se retrouve sur une chaise éjectable, moins de 24 heures après sa conférence de presse du 4 mars où il s’est opposé à toute démarche de modification de la Constitution. Jeudi 5 mars, le sénateur Dany Kabongo a lancé une démarche parlementaire pour évincer Bahati du bureau du Sénat.

Alors que le leader de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés -AFDC-A- a rappelé que le mandat du président de la République, Félix Tshisekedi, est constitutionnellement limité et court jusqu’en 2028, l’Union sacrée de la Nation crie déjà au sacrilège. Un crime de «lèse-majesté» qui a créé une véritable tempête au sein de la majorité au pouvoir.

Dany Kabongo et Déo Bizibu au front

Initiateur de la motion, Dany Kabongo estime que les propos de Bahati Lukwebo ne sont «pas du tout corrects» et traduisent un «manque de respect» envers la «Haute autorité politique» de l’Union sacrée de la Nation. Selon lui, le sénateur aurait dû se référer au chef de l’État avant de faire une déclaration publique sur un sujet aussi sensible. Pour Kabongo, présenter la situation politique comme «un problème d’hommes» ne correspond pas à l’esprit de la coalition au pouvoir.

Comme lui, Déo Bizibu, conseiller du président et secrétaire général adjoint de l’UDPS ne comprend pas non plus la position de Bahati et met en doute sa cohérence. Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux, il rappelle que le président Félix Tshisekedi s’était déjà exprimé en faveur d’une relecture de la Constitution lors de plusieurs déplacements à travers le pays, notamment à Kisangani, Mbuji-Mayi, Kananga et Lubumbashi.

«Sachant qu’avant la chute des villes de Goma, de Bukavu et d’Uvira, Félix Tshisekedi, à l’occasion de son itinérance à Kisangani, à Mbujimayi, à Kananga, à Lubumbashi (…) s’était prononcé en faveur de la relecture de la constitution, le sénateur Lukwebo peut-il prétendre ignorer l’existence des discussions sur cette question au sommet de l’État et au sein de l’Union sacrée dont il est du reste membre du présidium?», interroge-t-il. Pour Déo Bizibu, la question mérite d’être posée: «Avoir manqué l’occasion depuis plus d’une année d’aborder cette matière et de dire la vérité au chef? Le constat ici est simple: le sénateur Bahati ne partage plus la même vision avec les sociétaires de l’Union sacrée».

Mais plusieurs analystes ne partagent pas cet avis. C’est le cas du journaliste Jacques Kalonji pour qui l’autorité morale de l’AFDC-A «s’extrait du suivisme ambiant pour se repositionner comme une conscience critique au sein de l’Union Sacrée, tout en réaffirmant sa loyauté au Chef de l’État». A l’en croire, la motion en gestation contre lui risque de faire basculer Bahati vers le centre, fragilisant ainsi la cohésion de la majorité.

Du côté de l’opposition, l’on se félicite de cette «position ferme» de Modeste Bahati. «Vous êtes un homme d’État», a félicité Barbara Nzimbi, chargée de communication de Joseph Kabila.

Un climat politique sous tension

La tempête qui s’abat sur Bahati arrive à peine deux semaines après la célébration du vingtième anniversaire de la Constitution du 18 février 2006. Un anniversaire marqué par une autre sortie médiatique, celle du constitutionnaliste Boshab qui a exhorté à aborder la question avec prudence. Ces dernières semaines, les divergences autour de l’avenir de la Loi fondamentale se sont cristallisées, ravivant les lignes de fracture internes au sein de la majorité au pouvoir.

Président du Sénat durant une bonne partie du premier mandat de Félix Tshisekedi, Modeste Bahati a joué un rôle majeur dans la reconfiguration de la majorité après le divorce FCC-CACH. Passé à l’Union sacrée, il siège actuellement au présidium de cette méga plateforme acquise à la cause du président Tshisekedi. Reste désormais à savoir si l’idylle Tshisekedi-Bahati survivra à cette tempête.

WIDAL

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