Politique

Mandats présidentiels, la bombe Nkosazana

Nkosazana
La présidente de la Commission de l’UA relève que la discontinuité des mandats présidentiels n’est pas particulière au continent, puisqu’en Allemagne Fédérale, pays démocratique s’il en est, le mandat du chancelier n’est pas limitatif. Il peut se représenter autant de fois que le peuple allemand le permet
La célèbre émission de la Radio France Internationale -RFI- animée par Christophe Boisbouvier, «Invité Afrique», a reçu mardi 7 octobre dans la matinée -avec rediffusion au Journal Afrique de 13 h 30’ locales-, Mme NkosazanaDlaminiZuma, la Sudafricaine qui préside aux destinées de l’Union Africaine. Au menu des entretiens, Ebola, bien sûr, l’épidémie qui ravage le contient. Mais aussi le débat qui, manifestement, préoccupe davantage l’Occident et ses clercs sur le continent, que l’Africain moyen lui-même: la durée et le nombre de mandats des Chefs d’Etat africains. Sur la fièvre hémorragique à virus Ebola, Mme Zuma a expliqué les efforts déployés  pour venir en aide aux pays de l’Afrique de l’Ouest frappés par l’épidémie. Tout en relevant le fait qu’en matière de santé et d’épidémie, c’est l’Organisation Mondiale de la Santé qui est la première concernée et non pas l’Union Africaine.
C’est sur la question de la limitation des mandats des Chefs d’Etat du continent, dont au moins 4 -Burkina Faso, Rwanda, RD Congo, CongoBrazzaville- ne peuvent plus être renouvelés selon les constitutions de leurs pays, que la Sud-Africaine a surprisen lâchant une bombe, développant un argumentaire aux antipodes des cris de sirène essentiellement occidentaux que l’on entend jour et nuit.
La présidente de la Commission de l’UA relève que la discontinuité des mandats présidentiels n’est pas particulière au continent, puisqu’en Allemagne Fédérale, pays démocratique s’il en est, le mandat du chancelier n’est pas limitatif. Il peut se représenter autant de fois que le peuple allemand le permet. Lorsqu’en RD Congo, le représentant du pays d’Angela Merkel se prononce contre la modification constitutionnelle à des fins de prolongation du nombre de mandats présidentiels, on peut logiquement se demander sur quel principe son excellence se base pour proférer son magistère.
Mais il y a plus que cet exemple allemand en matière de limitation de mandats présidentiels dans les propos de Nkosazana D. Zuma, qui tranchent nettement par rapport aux points de vue unilatéraux émis ci et là ces derniers mois. La présidente de la Commission de l’UA, qui se félicite des progrès accomplis par l’Angola de Dos Santos en matière socio-économique, trouve juste que le peuple angolais renouvelle sa confiance autant de fois qu’il veut à en Chef de l’Etat. Une manière ou une autre d’expliquer que la stabilité des institutions d’un pays -celle de l’institution président de la République en l’occurrence- est déterminante quant à son développement.
En tout état de cause, en RD Congo, il peut paraître prématuré de se braquer sur le débat autour de la modification ou non de la constitution, à en juger par la position de Mme Nkosazana relativement à son propre mandat à la tête de la Commission de l’UA: on ne traverse le pont que le jour où on arrive dessus. Pas deux ans avant d’y arriver. Ci-dessous, extraits de l’interview.    
 
«Je ne traverse le pont que le jour où j’arrive dessus. Je ne le traverse pas deux ans avant d’y arriver», lance la présidente de l’UA sur RFI
 
Dans au moins quatre pays africains – le Burkina Faso, le Congo-Brazzaville, le Congo-Kinshasa, le Rwanda -, la Constitution interdit aujourd’hui au président sortant de se représenter. Est-ce que vous êtes d’accord avec cette disposition ? Est-ce que vous pensez, comme le président Barack Obama, que les chefs d’Etat doivent partir après quinze ou vingt ans de pouvoir?
Fondamentalement, les Constitutions sont conçues par les pays et par leurs peuples. Les Constitutions sont là pour être respectées. Si la Constitution doit être modifiée, cela doit se faire sur la base d’un consensus.
Oui mais sur le fond, est-ce que vous pensez qu’au bout de 20 ans, un chef d’Etat doit partir ou non?
Il y a une loi fondamentale qui montre la voie et c’est la Constitution. En Allemagne par exemple, [celle-ci] ne fixe aucune limitation au nombre de mandats du chancelier. C’est le peuple qui décide. Je ne crois pas que la Constitution allemande soit méprisable parce que le chancelier peut faire trois ou quatre mandats. Le jour où les Allemands ne seront plus d’accord avec ces dispositions, ils la changeront.
Dans votre discours devant l’OCDE, vous avez cité l’Angola en exemple. Voulez-vous dire qu’un président comme José Eduardo Dos Santos, qui a obtenu certains résultats économiques, peut rester au pouvoir aussi longtemps qu’il le veut?
Vous avez sorti ma réponse de son contexte. En Afrique australe, on compte cinq élections cette année. Le président du Malawi a déjà changé, celui d’Afrique du Sud a été réélu, mais c’est son dernier mandat et il ne pourra pas se représenter. Au Mozambique, le président arrive au bout de son second mandat et les gens vont élire quelqu’un d’autre. En Namibie c’est pareil, au Botswana, le président va pouvoir se représenter.
Si j’ai cité l’Angola, c’est parce que ce pays a respecté les règles de sa Constitution. Certes le président est au pouvoir depuis longtemps, mais il y a eu la guerre qu’il a fini par gagner. Puis il a été élu démocratiquement. Et maintenant vous pouvez voir l’amélioration du niveau de vie. Je suis allée en Angola. Désormais beaucoup de gens ont un logement avec l’eau et l’électricité. Peut-être le président angolais est-il resté trop longtemps au pouvoir, mais aujourd’hui vous en voyez les bénéfices. Et c’est sans doute la raison pour laquelle les Angolais votent pour lui.
Vous êtes à la moitié de votre mandat à la tête de l’Union africaine. Dans deux ans, en 2016, est-ce que vous serez candidate à un second mandat de présidente de la Commission de l’Union africaine ou bien est-ce que vous préférerez rentrer chez vous en Afrique du Sud?
Je ne traverse le pont que le jour où j’arrive dessus. Je ne le traverse pas deux ans avant d’y arriver.
 
 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fermer
Fermer