À peine propulsé à Goma à la tête du Front pour la refondation de la Nation -FRN-, présenté par ses fondateurs comme le nouveau nom de l’Alliance Fleuve Congo -AFC/M23-, mouvement armé actif dans l’est de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila enregistre ses premiers soutiens affichés hors des zones sous contrôle de la rébellion. Trois figures, aux parcours distincts, ont annoncé publiquement leur soutien au nouveau mouvement, dirigé selon ses promoteurs par l’ancien président, selon des communiqués consultés par AfricaNews. Le premier à se manifester est le professeur Tharcisse Loseke. Figure au parcours singulier avec l’UDPS, il avait, au plus fort de la crise entre Étienne Tshisekedi et le maréchal Mobutu, refusé comme médecin de déclarer fou l’opposant historique.
Un geste qu’Étienne Tshisekedi n’oubliera jamais, selon ses proches, et qui lui vaudra d’être nommé ministre dans son gouvernement sous le même Mobutu. Loseke a ensuite servi comme vice-ministre sous Joseph Kabila. Il milite depuis au sein du FCC et de la plateforme Sauvons la RDC. Il vit aujourd’hui en exil. Dans un message publié mardi sur X et authentifié par les médias, il salue ce qu’il qualifie d’«initiative salvatrice» et affirme que «plus rien ne sera comme avant» pour un pays qu’il dit, selon ses termes, soumis aux «humeurs et caprices d’un dictateur».
Pour lui, le FRN viendrait contredire ce qu’il décrit comme le «narratif mensonger» de Kinshasa, et se muerait en un «véritable mouvement de libération», selon son expression. Deuxième ralliement annoncé, également depuis l’exil: le Dr Félix Kabange Numbi Mukwampa. L’homme a été ministre de la Santé sous Joseph Kabila et député national sous Félix Tshisekedi. Dans une déclaration manuscrite intitulée «MA DÉCISION», datée du 13 octobre, il affirme rejoindre le FRN.
«Arrivé à la croisée des chemins, un homme politique doit décider, puis assumer. La RDC paie aujourd’hui les choix faits hier, et l’avenir de nos enfants se joue sur ceux que nous faisons maintenant. S’abstenir serait la pire des décisions», écrit-il, citant Franklin Roosevelt, Thomas Sankara et Nelson Mandela. «Le Président Joseph Kabila Kabange a créé le Front pour la Refondation de la Nation -FRN- pour mettre fin à la dictature», affirme-t-il. «Moi, Félix Kabange Numbi Mukwampa, j’ai choisi d’accompagner le Président Joseph Kabila et je soutiens le FRN. J’ai pris cette décision seul, après l’avoir longuement mûrie», poursuit le texte.
Le médecin conclut par une métaphore: «Je connais l’apoptose, cette mort programmée par laquelle une cellule se détruit elle-même. Je refuse d’être complice de celle de la RDC. J’assume ce choix», écrit-il. Troisième soutien affiché: Franck Diongo, coordonnateur général du Mouvement révolutionnaire du Congo -MRC. Dans une déclaration reprise par la presse, l’opposant adresse ses félicitations à Joseph Kabila, saluant une détermination que «ni l’exil ni les persécutions n’ont brisée», selon ses mots.
Il invoque l’article 64 de la Constitution, qui dispose que tout Congolais a le droit de faire échec à un pouvoir exercé en violation de la Constitution, pour critiquer la gestion du régime de Félix Tshisekedi. Il qualifie, toujours selon ses termes, le procès et les poursuites visant l’ancien président de «montage politique» destiné à détourner l’attention de la crise sécuritaire dans l’Est.
Ces annonces interviennent alors que Kinshasa considère l’AFC/M23 comme un mouvement terroriste soutenu par le Rwanda, ce que Kigali dément, et que le gouvernement a prévenu que toute participation à cette rébellion exposerait à des poursuites. A rebours, plusieurs autres figures kabilistes à Kinshasa, dont Marie-Ange Mushobekwa, Théophile Mbemba, Patrick Nkanga ou India Omari, ont annoncé se désolidariser pour, disent-elles, rester dans le champ républicain.
YA KAKESA




