Politique

Pionniers de l'UDPS contre Genval: les casse-têtes de Tshisekedi

Alors qu’il a pu mettre G7, AR et Dynamique d’accord, le président de l’Union pour la démocratie et le progrès social-UDPS- Etienne Tshisekedi peine à faire l’unanimité au sein de sa propre formation politique
Les forces politiques acquises au changement ont, sur invitation du président de l’Union pour la démocratie et le progrès social -UDPS-, Etienne Tshisekedi, pris part début juin à un conclave de l’opposition au château de Genval à Bruxelles. Absent à ces assises, le regroupement des pionniers de l’UDPS est sorti de sa réserve.
UdpsMardi 28 juin, à la faveur d’une conférence de presse au Centre des handicapés, les pionniers ont rejeté les conclusions issues de cette rencontre, soulignant que «rien de ce qui a été décidé à Genval n’engage l’UDPS». Des casse-têtes pour Tshisekedi qui a réussi l’exploit de mettre d’accord une partie de sa formation politique, le G7, l’Alternance pour la République -AR- et la Dynamique de l’Opposition.
Selon le porte-parole des pionniers, Corneille Mulumba, «le conclave de Genval est une affaire boutiquée entre le groupe de Moïse Katumbi, certaines personnes de l’entourage proche d’Etienne Tshisekedi ainsi que des milieux politiques et industriels belges ayant des ramifications dans le secteur minier de l’ancienne province du Katanga». A l’en croire, «consciemment par appât du gain, ou inconsciemment par ignorance et naïveté, des compatriotes ont pris part à un complot contre leur propre pays».
Si le conclave de Bruxelles refuse le dialogue politique convoqué par le Chef de l’Etat Joseph Kabila, au profit d’un dialogue convoqué selon l’entendement de la résolution 2277 et de l’Accord cadre d’Addis-Abeba, exige la tenue de l’élection présidentielle avant décembre 2016 et l’encadrement du facilitateur Edem Kodjo par des représentants des Nations-Unies, de l’Union européenne, des Etats-Unis et de la Francophonie, les pionniers de l’UDPS, eux, ne s’inscrivent pas dans cette logique. Comme dans leur précédente sortie médiatique il y a quelques semaines, les pionniers réitèrent leur appel à prendre part au dialogue national inclusif. Ils fustigent l’idée de recourir aux puissances étrangères pour décider du destin des RD-Congolais.
Pour eux, le conclave de Bruxelles constitue une nouvelle tentative de maintien du contrôle du destin des RD-Congolais ainsi que de la gestion du pays par des puissances étrangères. Ci-dessous, l’intégralité de la déclaration des pionniers de l’UDPS sur le conclave de Bruxelles.
Olitho KAHUNGUKAHUNGU
Position des Pionniers de l’UDPS par rapport au Conclave de Bruxelles
Mesdammes et Messieurs de la presse,
Il s’est tenu du 8 au 10 mars courant, au Château de Genval, dans la périphérie bruxelloise, un conclave des Forces politiques dites «acquises au changement». En résumé, celui-ci a décidé du rejet du dialogue politique en gestation, la tenue de l’élection présidentielle avant décembre 2016, et l’encadrement du facilitateur Edem Kodjo par des représentants des Nations-Unies, de l’Union Européenne, des Etats-Unis, et de la Francophonie. Il a, en outre, mis sur pied un Comité des sages dont la présidence a été confiée au Président de l’UDPS, Monsieur Etienne Tshisekedi wa Mulumba. De sources bien informées, il nous revient qu’il y a même été convenu que ce dernier deviendrait le Président de la République pour la période de la transition, au cas où les élections ne seraient organisées dans les délais constitutionnels.
Mesdames et Messieurs de la presse,
Les pionniers de l’UDPS vous ont conviés ce jour pour communiquer à l’opinion leur position sur le Conclave de Bruxelles. Celle-ci peut se résumer en ceci : Rien de ce qui a été décidé à Genval n’engage l’UDPS. En effet, personne ne peut engager ce patrimoine commun sur une pente aussi glissante, sans une plus large implication des cadres du Parti; d’autant plus qu’il s’agit des décisions qui vont impacter la vie de la nation pour une ou plusieurs dizaines d’années. En effet, l’UDPS est un patrimoine de tous ses sociétaires, et non un bien privé. Le conclave de Genval est une affaire boutiquée entre le groupe de Moïse Katumbi, certaines personnes de l’entourage proche du Président du Parti, ainsi que des milieux politiques et industriels belges ayant des ramifications dans le secteur minier de l’ancien Katanga ; l’objectif final étant d’installer à la tête de notre pays l’ancien gouverneur du Katanga et jeune frère de Katebe Katoto, homme d’affaire bien introduit dans le cercle des opérateurs économiques et politiques belges. Tout était joué avant même que les conclavistes ne posent leurs pieds sur le sol belge ; le reste n’étant que du théâtre.
Sur le fond
Mesdames et Messieurs de la presse,
Une pauvreté entretenue, et une désorganisation organisée ; voilà ce qu’est notre réalité. En effet, la RDC regorge d’énormes potentialités naturelles, suffisantes pour prendre en charge l’Afrique toute entière. Elle peut compter sur des ressources humaines de très haut niveau et qui brillent dans beaucoup d’universités étrangères. Pour comprendre pourquoi nous constituons malgré tout à patauger et à croupir dans la misère, il nous faut décortiquer quelque peu le jeu très subtil de grandes puissances hégémoniques. Celles-ci s’invitent systématiquement chaque fois que nous sommes sur le point de modifier nos textes fondamentaux et nos lois importantes, de prendre de grandes décisions qui impactent notre avenir, telle celle de désigner les dirigeants de notre pays. Ceci leur donne la possibilité d’orienter et de contrôler toutes nos initiatives et tous nos projets. Elles déploient de grands moyens et recourent à toutes sortes d’artifices pour nous empêcher de prendre les décisions qui nous font progresser et de mettre en chantier des projets susceptibles de développer notre pays.
Le conclave de Bruxelles
Le Conclave de Bruxelles se situe dans cette perspective : une nouvelle tentative de maintien du contrôle de notre destin et de la gestion de notre pays par des puissances étrangères. Consciemment, par appât du gain, ou inconsciemment, par ignorance et naïveté, des compatriotes prennent ainsi part à un complot contre leur propre pays. Fondamentalement, il s’agit, pour ceux qui entendent maintenir leur hégémonie sur notre pays, de nous imposer un Président de la République de leur choix, le mandat de Joseph Kabila étant arrivé à son terme.
La stratégie du chaos
Le plan concocté consiste, d’une part, à impliquer l’UDPS et obtenir la bénédiction de son populaire et charismatique Président, afin de pouvoir gagner la confiance et l’adhésion d’une frange importante de la population congolaise; quitte à acheter les consciences, particulièrement dans l’entourage familial de ce dernier. Il s’agit, d’une part, d’asphyxier l’économie congolaise et d’affamer la population en vue de provoquer le soulèvement des masses populaires et créer le chaos. Les masses ainsi affamées exigeraient le départ immédiat de Joseph Kabila. Elles descendraient dans la rue et l’actuel chef de l’Etat serait poussé à la porte de sortie, au besoin avec le concours de la Monusco. Et le nouveau pouvoir serait aussitôt reconnu par la Communauté internationale. On parlerait alors d’un changement en douceur, sans effusion de sang. Et notre peuple aura été floué une nouvelle fois à cause de la naïveté et de l’aveuglement de sa classe politique. Cette stratégie du chaos est incompatible avec un quelconque dialogue politique. C’est ce qui explique que les membres de l’UDPS, de même que toutes les personnes qui ont été conviées à prendre part au Conclave de Genval avaient été triées sur le volet en fonction, pour les premiers, de leur degré de soumission aux personnes qui avaient négocié avec le groupe de Moise Katumbi et les Belges, et, pour les seconds, leur opposition radicale au dialogue politique liée elle-même à leur engagement aux côtés de M. Katumbi.
Mesdames et Messieurs de la presse,
Pour les pionniers de l’UDPS, «les conjurés du Château de Genval», par ignorance, naïveté, cupidité, ou par appétit du pouvoir, ont desservi les intérêts du Congo et du peuple congolais.
L’UDPS ne peut cautionner un plan aussi nuisible pour notre parti, notre pays et les générations futures. Il est contraire aux objectifs fondamentaux, aux valeurs, et aux idéaux que nous défendons depuis la création de notre parti en 1982.
Nous considérons donc que le président de l’UDPS a été abusé et que, malgré lui, il a posé un acte contraire aux intérêts de l’UDPS et du peuple congolais en s’embarquant dans ce complot.
En effet, dans son option fondamentale de la non violence, l’UDPS ne peut accéder au pouvoir que par la voie électorale. Et, dans les conditions actuelles, cela passe obligatoirement par le dialogue et par un compromis politique sur les modalités de gestion du pays pendant l’incontournable période de transition. En effet, tout en considérant comme établie la culpabilité du pouvoir en place dans l’impasse actuelle, et sa responsabilité, le laps de temps qui nous reste ne permet plus d’organiser des élections convenables. C’est une question de réalisme, de pragmatisme, et de sens des responsabilités.
4. Etienne Tshisekedi, Président de la transition
Le Président de l’UDPS ne peut pas devenir un Président de la République au rabais ou par pitié, une marionnette dont on se servirait pour gagner le soutien de l’UDPS et tromper la confiance du peuple congolais en vue d’installer un homme de paille qui faciliterait le pillage de nos minerais. Notre parti ne peut pas cautionner un projet aussi machiavélique. Nous n’avons rien contre la personne de Moise Katumbi, Mesdames et Messieurs de la presse. Mais nous savons que quiconque serait installé au pouvoir dans notre pays par l’étranger, n’aura des comptes à rendre qu’à l’étranger ; pas au peuple congolais. Et cela nous ne pouvons l’admettre.
5. Etienne Tshisekedi, Président du comité des Sages.
Les Pionniers de l’UDPS ne peuvent pas accepter de voir leur compagnon de lutte induit à ce point en erreur par son entourage proche, par cupidité et par ambition. Au soi-disant Comité des Sages, en effet, le Président de l’ UDPS est flanqué notamment de Kyungu wa Kumuanza, Kitenge Yesu, Mwando Nsimba, Katebe Katoto, chargés de contrôler tous ses mouvements et déclarations. D’autre part, quel Congolais peut reconnaitre en ces membres influents du Comité des Sages la qualité de «forces acquises au changement»? Peut-il s’agir d’un changement de politique, de vision, et de gouvernance? Nous ne pouvons laisser Etienne Tshisekedi présider une structure où il est contraint d’endosser des décisions prises par d’autres, où on cherche à lui faire porter le chapeau pour tout le mal que l’on cherche à faire porter à notre pays et à notre peuple.
Mesdames et Messieurs de la presse,
L’UDPS a mené son combat des dizaines d’années durant, un noble et héroïque combat. Les Pionniers n’accepteront jamais de voir ainsi solder le fruit de leurs sacrifices pour des intérêts privés. Non, l’UDPS n’est pas à vendre. Des milliers de jeunes gens ont payé de leur vie pour la cause défendue par l’UDPS. Tous avaient espéré de voir leurs conditions de vie s’améliorer; avec comme porte-étendard leur héros, Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Vendre l’UDPS, ce serait admettre qu’ils n’ont jamais été considérés autrement que comme de la simple chair à canon, et les cadres de l’UDPS, des simples employés. Et cela non plus nous ne pouvons le concevoir.
Mesdames et Messieurs de la presse,
Les Pionniers de l’UDPS recommandent, d’autre part, au gouvernement belge, hôte et facilitateur du Conclave de Genval, de cesser de ramener systématiquement contre les intérêts du Congo et du peuple congolais. En près de 40 ans de combat politique, en effet, les Pionniers de l’UDPS ont vu et vécu beaucoup de choses. Ils sont les témoins de toutes sortes de manipulations dont les acteurs politiques congolais ont été l’objet, et le peuple congolais victime. Les pionniers de l’UDPS disent au gouvernement belge ce qui suit: La RDC n’est pas qu’un espace vierge regorgeant des minerais de toutes sortes, des forets et des animaux; mais un territoire ou habitent des hommes et des femmes qui ont eux aussi, comme les Belges chez eux, le droit de vivre en paix, et de jouir de ce dont la Nature a doté leur pays. Ils rappellent au gouvernement belge que la RDC est un pays à construire, aux dimensions de l’Europe occidentale. C’est comme si on demandait à la Belgique de construire des routes, des ponts, des chemins de fer, des écoles, des hôpitaux, et des canaux, non seulement pour elle-même, mais pour toute la France, la Grande Bretagne, l’Allemagne, L’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Suisse, le Grand-Duché de Luxembourg, le Portugal, le Danemark, la Suède, la Norvège, etc. Ils invitent donc le gouvernement belge à voir plus grand, au lieu de prétexter les soi-disant intérêts belges, qui ne sont, en réalité, que des intérêts privés, pour mettre les peaux de banane sur la route de l’émergence de la RDC. Les Pionniers de l’UDPS sont, en effet, convaincus que, des entrepreneurs belges, venant investir dans le gigantesque chantier congolais, dans une RDC stable et bien gouvernée contribueraient à résorber le chômage en Belgique et le peuple congolais y trouverait également son compte de diverses manières. Un ancien Premier Ministre Belge, Monsieur Jean Gol, avait déclaré un jour que le Zaïre était le seul pays au monde où la Belgique était considérée comme un grand pays. Les Pionniers de l’UDPS conseillent aux gouvernants belges de méditer cette réflexion, dans l’intérêt supérieur de nos deux peuples.
6. Aux membres de l’UDPS,
Les Pionniers disent qu’une nouvelle page de l’histoire de notre pays est en train de s’écrire en ce moment. Celle-ci doit s’écrire avec nous, et pas contre nous. Et, puisque, nous devons admettre avec réalisme que notre leader charismatique n’a plus sa bonne santé d’antan et que son âge ne lui permet plus de guerroyer comme auparavant, nous avons l’obligation de nous prendre en charge. Celui-ci avait été retenu en Belgique pour des raisons de santé, et il est à présent soustrait à notre vigilance. Le parti n’a plus aucun moyen de contrôle sur ce qu’il fait, ou ce qu’on lui fait faire. Néanmoins, nous ne pouvons accepter qu’il entre dans l’histoire par la lucarne; mais par la grande porte. Nous n’avons pas à attendre de lui qu’il choisisse entre sa famille biologique et sa famille politique. Nous devons assumer nos responsabilités de sociétaires de l’UDPS. Nous devons nous réorganiser pour pouvoir affronter les grands défis qui nous attendent : avoir des chefs  de secteurs, des administrateurs de territoire, des bourgmestres, des députés provinciaux, des gouverneurs, des sénateurs, des députés nationaux, et un Président de la République issu de nos rangs afin d’apporter à notre peuple les changements qu’il est en droit d’attendre de nous après toutes ces années de lutte.
Mesdames et Messieurs de la presse,
Lorsqu’un père de famille a atteint l’âge de 84 ans, et qu’il est d’une santé fragile, il est du devoir de ses enfants, que nous sommes, de l’aider à ne pas commettre des erreurs fatales en signant n’importe quel document ou de mettre le feu au patrimoine familial. Ne pas accomplir ce devoir constitue une trahison. C’est ce que font les Pionniers de l’UDPS. Les Pionniers de l’UDPS invitent les uns et les autres, tous ceux qui se sont constitués en ailes de l’UPDS, à nous remettre ensemble. Faisons preuve d’humilité et de patriotisme compte tenu des dangers que court notre pays et les menaces sur notre souveraineté. Il ne sert à rien de se cramponner dans des sectes rabougris, juste pour être appelés «Président». Faisons preuve d’humilité pour le salut de la nation. Reconstruisons ensemble cette machine politique qui a fait vaciller la dictature et fonçons tout droit vers la conquête des institutions de la République, par la voie des urnes. Les Pionniers de l’UDPS invitent la classe politique sociale congolaise à se serrer les coudes pour constituer ensemble un bouclier contre les agressions de toutes formes dont notre pays est la cible. Quand la maison brûle, il ne peut pas y avoir ni majorité, ni opposition, ni société civile. Il ne devrait plus y avoir que des Congolais qui se mobilisent pour éteindre le feu et protéger le patrimoine commun.
Pour les pionniers
Corneille Mulumba
Rosaire Beya

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