Politique

Lettre ouverte de Moïse Moni Della à Edem Kodjo

Parti politique de Moïse Moni Della, Conservateurs de la nature et démocrates -CONADE- adhère à la position du Rassemblement de l’Opposition relative à la récusation de la qualité d’Edem Kodjo comme facilitateur du dialogue politique en RD-Congo. Sa prise de position se justifie par le souvenir de la mauvaise gestion de Kodjo dans la crise entre le Maroc et le Sahara occidental sous sa présidence à l’Union africaine -UA- qui a coûté le retrait du Maroc de l’organisation. «En outre, dans votre parcours de facilitateur dans plusieurs pays africains, vous avez toujours démontré votre incapacité à décrisper les crises politiques. Nous citerons le cas du Burundi où vous n’avez pas réussi à mettre au tour d’une table les deux camps protagonistes. Ce qui nous pousse à vous demander de tirer toutes les conséquences qui en découlent et vous prie d’avoir l’élégance de vous retirer pour la bonne et simple raison que votre attitude est, à notre avis, dépourvue de neutralité tant souhaité par l’ensemble de la classe politique», argumente Moni Della. Et d’ajouter: «la Majorité présidentielle veut utiliser le dialogue comme un boulevard pour le glissement qui va nous amener tout droit vers l’autoroute du référendum pour prendre ensuite un TGV -Train à grande vitesse- pour le changement de la Constitution et enfin l’avion qui amènera Monsieur Kabila de voler vers une destination d’une présidence à vie». Moni Della estime toutefois que le dialogue est une occasion d’enlever les épines, les écueils sur la route qui mène vers les élections libres, crédibles, démocratiques et transparentes dans le délai constitutionnel. Ci-dessous, la lettre ouverte de Moni Della à Edem Kodjo.
 
 
 
 
Excellence Monsieur le facilitateur,
Par la présente, nous venons vous faire part de l’adhésion de notre parti politique, «Conservateurs de la nature et démocrates» -CONADE-, à la position du Rassemblement de l’Opposition relative à la récusation de votre qualité de facilitateur du dialogue politique en RD-Congo.
 
Comme vous le savez bien, l’initiative du dialogue tire sa source aux deux événements malheureux qui ont perturbé la quiétude de tout un peuple, du nord au sud, de l’Est à l’Ouest jusqu’à provoquer mort d’hommes dans notre pays, à savoir: la rébellion du M23 à l’Est de la République et le hold-up électoral orchestré par le pouvoir en place qui a privé la victoire au Président Tshisekedi et par ricochet à tous ceux qui aspirent au changement en RD-Congo.
 
La Communauté internationale, par l’entremise des Accords d’Addis-Abeba ainsi que les Résolutions 2098-2277 du Conseil de sécurité des Nations-Unies appelant au dialogue et au respect du délai constitutionnel, s’est accordée pour une convocation du dialogue politique dont l’objectif principal est de créer la cohésion nationale susceptible de juguler la crise de légitimité à répétition en RD-Congo et de permettre à notre peuple d’accéder à un régime stable avec un leadership fort.
 
Excellence Monsieur le facilitateur,
Etant donné les difficultés que la majorité factice et mécanique fait face pour atteindre son objectif de se pérenniser au pouvoir au mépris de la Constitution, Monsieur Kabila concocte une énième stratégie qui consisterait à utiliser le dialogue comme un moyen visant à prolonger son mandat.
Notre pays se trouve dès lors confronté à un problème de la perception, de la conception et de la finalité du «Dialogue» qui, d’une part tire sa source dans les Accords d’Addis-Abeba et les résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies et d’autre part, de l’ordonnance de Monsieur Kabila.
 
A cet effet, la Majorité présidentielle veut utiliser ce cadre qu’est le dialogue comme «un boulevard pour le glissement qui va nous amener tout droit vers l’autoroute du référendum pour prendre ensuite un TGV -Train à grande vitesse- pour le changement de la Constitution et enfin l’avion qui amènera Monsieur Kabila de voler vers une destination d’une présidence à vie». Mais pour nous CONADE et dans une certaine mesure l’Alternance pour la République «AR» et le Rassemblement de l’Opposition, le dialogue est une occasion d’enlever les épines, les écueils sur la route qui mène vers les élections libres, crédibles, démocratiques et transparentes dans le délai constitutionnel.
 
Notre parti CONADE, fidèle à la position du Rassemblement, n’est pas prêt à accepter toutes manœuvres dilatoires d’où qu’elles viennent afin de mettre en moule la lutte menée par notre peuple de voir le passage civilisé au pouvoir entre le Président sortant et entrant en RD-Congo.
 
Excellence Monsieur le facilitateur,
 
Notre Parti, se demande si le Président Joseph Kabila qui ne respecte pas la Constitution, respectera-t-il les accords qui seront issus de ce dialogue? A cet effet, l’Union africaine doit cesser d’être assimilée au syndicat des dictateurs africains qui arrivent au pouvoir d’une manière anti-démocratique et qui n’ont aucune considération à l’endroit de leur peuple. Ils utilisent l’UA pour se soutenir en se cramponnant au pouvoir.
 
Cependant, tout en restant prudent et vigilant, le CONADE réitère la position du Rassemblement à travers ses préalables de sa participation au dialogue qui tournent autour de la libération des détenus politiques, l’ouverture des médias de l’opposition fermés, de l’arrêt des poursuites judiciaires à l’endroit de son candidat à la présidence de la République Monsieur Moïse Katumbi.
 
Etant donné que les mesures de décrispation du climat politique exigées par l’Opposition à Monsieur Kabila ne sont pas prises en compte et qu’au contraire celui-ci plonge curieusement dans les dérives totalitaires et arbitraires, le dialogue dans ces conditions demeure hors sujet pour notre parti. Un rappel historique nous renseigne qu’en 1959 avant la tenue de la table ronde de Bruxelles, Patrice Emery Lumumba condamné par les colons belges pour détournement de deniers publics, n’eut pas empêché la classe politique RD-congolaise de l’époque d’exiger à l’unisson sa libération avant de siéger, et cela fut fait.
 
De ce fait, la position de notre parti se justifie également par le fait qu’il se rappelle de votre mauvaise gestion de la crise entre le Maroc et le Sahara occidental sous votre Présidence de l’OUA qui a coûté le retrait du Maroc de l’organisation.
 
En outre, dans votre parcours de facilitateur dans plusieurs pays africains, vous avez toujours démontré votre incapacité à décrisper les crises politiques. Nous citerons le cas du Burundi où vous n’avez pas réussi à mettre au tour d’une table les deux camps protagonistes. Ce qui nous pousse à vous demander de tirer toutes les conséquences qui en découlent et vous prie d’avoir l’élégance de vous retirer pour la bonne et simple raison que votre attitude est, à notre avis, dépourvue de neutralité tant souhaité par l’ensemble de la classe politique.
 
Excellence Monsieur le facilitateur,
 
A la sortie de l’audience que la CENCO vous a accordée, nous étions estomaqués de vous entendre déclarer que «ma démission n’est pas à l’ordre du jour et que j’y suis et j’y reste…». Victor Hugo ne disait-il pas que «les diplomates trahissent tout excepté leurs émotions?». Ces propos énervant prouvent combien vous n’avez plus l’état d’esprit d’un facilitateur. Un proverbe de la tribu Kusu, dans la Province de Maniema, dit que: «celui qui vient pour départager deux personnes qui se battent ne jure pas». Aujourd’hui, vous qui êtes venu débloquer le blocage, vous êtes devenu malheureusement le blocage.
 
En gestion des conflits, le principe nous démontre que dès lors qu’une partie retire sa confiance au médiateur, il n’est pas honorable que celui-ci s’y accroche de peur de donner l’impression d’être corrompu par un camp au conflit. Les partisans et courtisans du Chef de l’Etat pour lesquels vous avez de penchant claironnaient que «Kabila et Tshisekedi représentent 90% des RD-Congolais». Et de votre part, vous avez déclaré sans détours et sans ambages que sans Tshisekedi, le dialogue ne peut pas se tenir. Alors comment comptez-vous convoquer le dialogue sans ce poids lourd et ses alliés politiques réunis dans la mégastructure très représentative appelée «Rassemblement… » qui vous récuse?
 
La RD-Congo n’est pas la République du Congo où le dialogue de Sibiti a permis au Président Sassou alors fin mandat, d’organiser un référendum afin de se maintenir au pouvoir. Si le schéma du dialogue de Sibiti est le choix du peuple frère du Congo Brazza, nous le respectons et nous nous réservons de faire des commentaires ou d’émettre un jugement de valeur, comme nous l’avons écrit dans notre lettre ouverte du 21 juillet 2016 adressée au Président Sassou.
 
Quant à nous peuple de la RD-Congo, nous n’accepterons en aucun cas le troisième faux pénalty comme l’avait imagé Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga.
 
Excellence Monsieur le facilitateur,
 
Ici, il ne s’agit pas d’un problème des sciences, d’expérience, de compétence ou des valeurs que notre parti vous reconnaisse mais plutôt d’un problème de confiance sans laquelle il vous serait impossible d’imposer votre médiation. Il serait souhaitable d’en tenir compte et vous éviterait de porter le chapeau des dégâts collatéraux qui découleraient de l’explosion de cette crise.
 
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Facilitateur, l’expression de nos sentiments distingués.
 
Fait à Kinshasa, le 18/août/2016
Pour CONADE
Moïse MONI DELLA IDI
Président national

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